Les différents gouvernements qui se sont succédé depuis 2011, mais aussi l’actuel, ne se sont jamais réconciliés avec les régions intérieures, notamment le nord-ouest. Ils n’ont jamais compris qu’un nouveau monde est né, que de nouvelles perspectives se dessinent. Ils ne se sont jamais interrogés sur leurs  échecs, ni tenté d’en comprendre les ressorts internes, les leviers, la  spécificité, les interlocuteurs, l’environnement…

Même si le Chef du gouvernement avait présenté ses excuses aux habitants de Tataouine pour les agressions verbales et physiques enregistrées lors de l’intervention sanitaire, affirmant qu’elle n’était pas destinée à réprimer les manifestations sociales, mais plutôt à protéger les institutions de l’Etat et les installations publiques et privées, l’Union régionale du travail de Tataouine et la coordination du sit-in d’El Kamour ont décrété hier une grève générale ouverte dans les différents établissements publics de la région, sauf dans les hôpitaux et les institutions où se déroulent les examens nationaux, ainsi que l’arrêt de la production dans les différents champs pétroliers.

Les problèmes dans les régions défavorisées s’éternisent et se conservent. Ils prennent de plus en plus de nouvelles formes. Le tableau est sombre et décalé. Pareille singularité régionale n’est-elle pas essentiellement la conséquence des défaillances et des manquements qui perdurent et auxquels on ne semble pas pouvoir trouver de solution ? En tout cas, rares sont les gouvernants qui ont prouvé qu’ils ont vraiment du savoir-faire dans ce domaine.

Le constat s’est progressivement cristallisé ces dernières années : lorsque les régions souffrent et que les décisions attirent la désapprobation publique, c’est toute la politique gouvernementale qui est pointée du doigt. Mais au-delà des constats, il faut se demander s’il existe vraiment une vision réelle du problème. Le développement régional ne peut plus continuer à être géré sur fond de polémiques. Loin des solutions de rafistolage qui ont assurément leurs limites, la gestion du dossier devrait reposer sur un niveau d’exigence au quotidien très élevé. L’image de la Tunisie dépend énormément du statut et du rang qu’occupent ses régions intérieures.

Elyès Fakhfakh est catégorique : le gouvernement n’abandonnera pas les conventions sociales régionales. Plus encore : il renouvelle à chaque fois  l’engagement de l’Etat à concrétiser tous les accords que les gouvernements précédents ont conclus, tout particulièrement ceux en rapport direct avec le développement dans les régions.

Toutefois, autant il est permis à l’Etat d’honorer ses engagements, autant il lui est aujourd’hui nécessaire de ne pas ignorer les règles et les exigences, mais aussi et surtout les priorités que devrait imposer la  nouvelle approche de développement régional, notamment dans les zones défavorisées.

Les solutions de rafistolage n’ont plus aujourd’hui aucune raison d’être. Quelles que soient les considérations. Quelles que soient les pressions. Ce que le gouvernement veut accomplir dans les régions, notamment dans le centre-ouest, se veut différent des méthodes déjà essayées par ceux qui l’ont précédé. En tout cas différent de ce qu’on avait pris l’habitude de voir depuis 2011. De nouvelles approches ? Un autre environnement ? Un autre monde ? Sait-on jamais.

Il faut dire que ce qui est demandé à ce niveau tourne autour des inégalités régionales, des indicateurs de développement et des investissements, de la répartition des richesses, de la promotion de l’emploi décent. De la discrimination positive, un principe constitutionnel pas encore concrétisé. Cela tourne aussi autour de l’efficacité, de la rigueur et des choix les plus appropriés. L’idée est bien là : le développement régional auquel aspire le gouvernement devrait être abordé avec une stratégie et une vision complètement différentes. L’on pense à la recomposition des priorités. Tout particulièrement dans les choix stratégiques, tels que les investissements générateurs d’emplois. 

La réhabilitation des régions défavorisées ne peut émerger du miracle de l’instant. Elle doit être l’expression d’une continuité et d’une rupture entre ce qui précède et ce qui devrait se construire.

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