«Union stratégique» pour certains, «alliance contre-nature» pour d’autres, le dernier rapprochement entre Ennahdha, Qalb Tounès et la Coalition Al-Karama intervient comme un nouveau rebondissement au sein de la scène parlementaire et politique tunisienne, alors que le gouvernement semble perdre progressivement son appui politique sur fond d’une affaire de conflit d’intérêts concernant le Chef du gouvernement. Ce rapprochement, même s’il n’a pas été encore officialisé, anticipe-t-il la chute du gouvernement Fakhfakh ? En tout cas, il intervient à la suite d’un vote en commission ayant rejeté la motion du Parti destourien libre (PDL) visant à classer la confrérie des « frères musulmans » comme organisation terroriste.


La scène parlementaire, ses différents rapports de force et ses interminables rebondissements nous donnent un aperçu de la complexité de la vie politique postélectorale. Conflits partisans, manque de confiance et tension continue au sein d’un paysage politique de plus en plus divergent, jusqu’où pourrait résister toute la classe politique qui s’enfonce à grande vitesse dans un blocage sans précédent, alors que les attentes et revendications sociales sont énormes ?

C’est dans ce contexte politique instable qu’une nouvelle alliance contre-nature commençait à surgir au coeur d’une crise de confiance qui s’est installée au sein de la coalition au pouvoir. Est-il question d’une véritable union qui se prépare à prendre les commandes des pouvoirs exécutif et législatif et à mettre fin au gouvernement Elyès Fakhfakh ou s’agit-il d’un simple rapprochement ponctuel sans conséquence ?

«Union stratégique» pour certains, «alliance contre-nature» pour d’autres, le dernier rapprochement entre les trois partis Ennahdha, Qalb Tounès et la coalition Al-Karama intervient comme un nouveau rebondissement au sein de la scène parlementaire et politique tunisienne, alors que le gouvernement semble perdre progressivement son appui politique sur fond d’une affaire de conflit d’intérêts concernant le Chef du gouvernement. Ce rapprochement, même s’il n’a pas été encore officialisé, anticipe-t-il la chute du gouvernement Fakhfakh ?

En tout cas, il intervient à la suite d’un vote en commission ayant rejeté la motion du Parti destourien libre (PDL) visant à classer la confrérie des «frères musulmans», comme organisation terroriste. En effet, estimant qu’il s’agit d’une affaire purement judiciaire à laquelle ne doit pas se mêler le parlement, ces trois partis se sont unis pour faire tomber cette motion et éviter la tenue d’une plénière pour la discuter.

D’ailleurs, la députée du Bloc de la réforme nationale, Nesrine Amari, a qualifié ce qui s’est passé au bureau du Parlement de «scandale», évoquant une violation de l’article 141 du règlement intérieur, étant donné que le bureau n’a pas le droit de discuter d’une motion, quel que soit son contenu, mais son rôle se limite à fixer la date de tenue d’une session plénière. Une alliance dès le départ !

Initiatrice de cette motion, la présidente du bloc parlementaire du PDL, Abir Moussi, a également crié au scandale, affirmant sur son compte Facebook que « Rached Ghannouchi a enterré le règlement intérieur du parlement en lui infligeant le coup de grâce ».

Qualifiant ses députés de « traîtres », Moussi a fustigé le fait que Qalb Tounès ait fait pencher la balance contre la présentation de sa motion à une plénière, ajoutant qu’« officiellement, on peut annoncer que le parlement est sous la mainmise du représentant des Frères musulmans en Tunisie, Rached Ghannouchi Kheriji ».

« Les grands traîtres furent les représentants de Qalb Tounes au sein du bureau de l’ARP qui ont voté avec Ennahdha et Al Karama contre notre projet de motion », a-t-elle dénoncé. Mais outre la régularité ou non de cette procédure ayant conduit au rejet de la motion du PDL, les enseignements qu’on peut tirer sont certainement d’ordre politique. Un rapprochement entre ces trois partis n’est pas insensé et ne sera pas sans conséquence sur la scène politique et parlementaire, il constitue même un rebondissement de taille dans un paysage politique en perpétuelle mouvance, où les équilibres politiques peinent encore à s’installer.

Pour Hatem Mliki, député démissionnaire de Qalb Tounès, il s’agit d’une alliance stratégique qui n’est en aucun cas surprenante, dans la mesure où elle était prévue dès le départ.

« Qalb Tounès a toujours entrepris et formé une union stratégique avec Ennahdha et Al Karama, nous le savions dès le départ et nous sommes partis pour cette raison », a déclaré le nouveau président du Bloc national.

Et de rappeler que ce rapprochement entre Qalb Tounès et Al-Karama s’est fondé sur des intérêts communs visant à amender la loi régissant le domaine de l’audiovisuel, dont bénéficiera en premier lieu le propriétaire de la chaîne illégale Nessma TV, Nabil Karoui. Il faut rappeler dans ce contexte, que le chef du parti Ennahdha avait bénéficié d’un accord de dernière minute conclu avec le parti Qalb Tounès pour assurer son ascension à la présidence de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), une manoeuvre politique qui avait déclenché une vague de dénonciations et de citriques contre ces deux partis qui se sont échangé les accusations lors de la campagne électorale. Khalil JELASSI

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