Bien que cette année la surveillance des candidats au baccalauréat soit plus facile, en raison de la limitation du nombre de bachoteurs à douze et de la nouvelle disposition des tables dans les salles séparées par une distance d’un mètre, il semblerait que les mesures dissuasives du ministère de l’Education n’ont pas découragé les tricheurs débordant d’ingéniosité

La crise du Covid-19 a placé le ministère de l’Education face à un enjeu délicat pour cette année scolaire 2019/2020, celui de garantir coûte que coûte la réussite des concours et des examens nationaux dans une conjoncture, le moins qu’on puisse dire, exceptionnelle. Dès la fin du confinement et peut-être même bien avant, le ministère de l’Education s’est lancé dans les préparatifs des concours nationaux, en s’attelant à mettre en place toutes les mesures nécessaires pour l’aménagement des centres d’examen et des centres de dépôt, en plus de la réquisition des enseignants chargés de la surveillance des candidats tout au long de la période du baccalauréat. Ces mesures incluent également l’ensemble des dispositions à respecter afin de veiller à garantir des conditions optimales pour les élèves à besoins spécifiques ainsi que les candidats incarcérés qui passent le baccalauréat en prison. Rien n’a été laissé au hasard par le ministère de l’Education, dès lors qu’il s’agit de pallier tout ce qui serait susceptible d’entacher la crédibilité de l’examen national du baccalauréat.

A la démarche classique mise en œuvre chaque année pour assurer le bon déroulement des épreuves, sont venues s’ajouter, cette année, les nouvelles mesures relatives au respect du protocole sanitaire dans l’ensemble des centres d’examen. Depuis le démarrage des épreuves, trois candidats originaires de Monastir et de Mahdia et suspectés d’être porteurs du virus ont été affectés dans des centres spécialement aménagés dans tous les gouvernorats et ce dans l’objectif de ne priver aucun candidat de son droit de passer l’examen national, à l’exception de ceux pris en flagrant délit de fraude et qui ont été interdits, par conséquent, de repasser l’examen national.

Sept réseaux impliqués dans des tentatives de fuite des sujets du bac ont été démantelés

Mais c’est surtout la lutte contre les tentatives de triche et de fraude qui  figure aujourd’hui  parmi les principaux objectifs du ministère de l’Education. Ce dernier veille, chaque année, à mettre en place, en effet, des dispositifs de surveillance de plus en plus sophistiqués afin d’améliorer la traçabilité du système pour pouvoir confondre efficacement les tricheurs. Cette année, une cellule de veille et d’alerte opérant  en étroite collaboration avec le ministère de l’Intérieur a été mise en place au sein du ministère de l’Education pour assurer le suivi des tentatives de fraudes  jusqu’à la fin des épreuves afin de contrecarrer rapidement les fraudeurs et leurs acolytes et prendre les sanctions nécessaires à leur encontre. Bien que cette année, la surveillance des candidats au baccalauréat soit  plus facile, en raison de la limitation du nombre de bachoteurs à douze et de la nouvelle disposition des tables dans les salles  séparées par une distance d’un mètre, il semblerait que les mesures dissuasives du ministère de l’Education n’ont pas découragé les tricheurs toujours plus inventifs. Alors que l’usage du téléphone portable est strictement interdit à l’intérieur des salles d’examen — les candidats doivent obligatoirement laisser leurs appareils à l’extérieur de la salle d’examen, dans un vestiaire prévu à cet effet —, le sujet de l’épreuve de philosophie a pourtant été mis en ligne sur les réseaux sociaux quelques minutes après avoir été distribué, et ce, le premier jour du démarrage des épreuves du baccalauréat. Idem pour le deuxième jour : cette fois-ci, c’est le sujet de l’épreuve de technologie qui a été, rapidement, diffusé cinq minutes après le démarrage de l’examen pour les candidats de la section sciences techniques. Grâce à l’activation, dès les premières heures, de la cellule de veille du ministère de l’Education, sept réseaux répartis sur tout le territoire et impliqués dans des tentatives de « fuite » de sujets du baccalauréat ont été démantelés. « Les personnes impliquées dans ces réseaux et qui ont été arrêtées  étaient en contact avec des candidats qui leur avaient photographié le sujet de l’épreuve afin que les réponses leur soient transmises par le biais d’un kit oreillette », explique une source autorisée au sein du ministère de l’Education.

Un sms envoyé la veille aux candidats pour leur rappeler l’interdiction d’utiliser le téléphone portable

Par ailleurs, alors  qu’une dizaine de candidats sont suspectés de tentative de fraude depuis le démarrage du baccalauréat et devront faire l’objet d’une enquête, sept tricheurs pris, par contre, en flagrant délit de fraude ont été sommés d’interrompre leur participation à la première épreuve du baccalauréat. L’un d’eux est une candidate de Bouhajla (gouvernorat de Kairouan) chez qui on a découvert un kit oreillette placé dans son oreille et avec lequel elle communiquait avec des personnes se trouvant à proximité du centre d’examen, alors qu’elle passait l’épreuve de philosophie. « Le ministère de l’Education a envoyé, la veille des examens, un sms à tous les candidats afin de leur rappeler qu’il est interdit d’utiliser les téléphones portables, les montres intelligentes et tout équipement ou accessoire électronique et numérique hormis certaines calculatrices autorisées », note une source du ministère de l’Education. Cet avertissement et la sévérité des autres mesures du ministère de l’Education ne semblent pas décourager les candidats frondeurs qui redoublent, chaque année, d’ingéniosité pour passer entre les mailles du système de surveillance des épreuves du baccalauréat.

Il faut dire que cette session 2020 ne présage rien de bon au vu du nombre élevé de tentatives de fraude qui a été enregistré en un intervalle de temps aussi court, alors que seulement deux jours de l’épreuve du baccalauréat se sont déroulés. Faudrait-il imputer ce nombre élevé de tentatives de fraude à l’absence du système de brouillage des signaux des téléphones portables qui a été abandonné depuis 2018 par le ministère de l’Education, faute d’efficacité ?En effet,  malgré le recours à ce système pour brouiller les ondes émises par les  téléphones portables, un candidat avait été pris en flagrant délit de fraude au centre d’examen du lycée Ennasr en 2015.

Alors, afin de limiter les tentatives de triche, le ministère se montrera plus dissuasif en durcissant la loi en 2018 par la publication au Jort d’un arrêté interdisant à tout candidat ayant fraudé la possibilité de repasser l’épreuve du baccalauréat pendant une période de cinq ans. Mais rien n’y fait. Chaque session apporte sa moisson de candidats kamikazes prêts à contourner la loi pour décrocher le fameux sésame.

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Un commentaire

  1. MANCY

    10/07/2020 à 10:36

    Juste pour attirer votre attention que le surveillants ne doivent pas abuser de leur pouvoir pour accuser des élèves qui n’ont aucun lien avec les fraudes et passent leur examen en toute transparence mais qui se trouvent interpellés uniquement par suspicion ou par « peut-être que… ». Soyons sérieux, tous les candidats ne sont pas des fraudeurs. Merci

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