Le taux de chômage parmi les jeunes est très élevé. Ces derniers noient leur ennui dans l’alcool…

La délégation de Hajeb El Ayoun, créée en 1956 et qui se trouve à 70 km de Kairouan, comprend 9 imadas et couvre une superficie de 66.000 ha.. L’infrastructure de santé comprend 9 centres de soins de base et un hôpital qui manque d’équipements, de cadre médical et d’ambulance, sachant que les accidents de la route sont très fréquents, surtout au niveau de la route GP3. Même la nouvelle ambulance acquise il y a plus de 3 ans, n’a jamais fonctionné faute de personnels paramédicaux. D’où les nombreux transferts vers l’hôpital Ibn El Jazzar qui souffre lui aussi de nombreuses défaillances et carences et dont les dettes s’élèvent à 14 millions de dinars

Le taux de chômage est très important dans cette localité où  60% de la population vivent de l’élevage et de l’agriculture. Le désœuvrement touche surtout les jeunes d’autant plus que la zone industrielle est inexploitée et que plusieurs usines dont celle de la laine ont été fermées depuis plusieurs années. D’ailleurs, on compte dans toute la délégation plus de 3.000 diplômés sans emploi. Beaucoup de villageois inoccupés, surtout des zones de Mnassa et d’Essarja, vivent du travail de l’alfa que les femmes prélèvent des montagnes pour la confection de nattes et de couffins. Cela sans oublier le manque d’infrastructure de base, les terrains accidentés, le manque d’eau, la soif, le sol sablonneux, le taux important d’abandon scolaire et de tentatives de suicide ainsi que les conditions d’habitat archaïque. Toutes les conditions ainsi que la régression de tout le processus de développement ont contraint beaucoup de villageois à l’exode. D’autres, souffrant de mal-être, de désœuvrement, de misère et de désespoir, deviennent dépendants de certains produits toxiques et accessibles sur le marché pour échapper à la réalité amère de leur vie.

Cela nous rappelle bien sûr l’intoxication au méthanol de 71 personnes dont 9 sont décédées, trois sont devenues aveugles et les autres, hospitalisées pendant plusieurs semaines, vont en garder des séquelles morales et physiques, toute leur vie…

Les jeunes activistes en colère

Et depuis ce fâcheux incident qui a eu lieu à la fin du mois de mai 2020, tous les petits villages relevant  de Hajeb El Ayoun (imadas) sont en effervescence…

En effet, cela fait 40 jours que des sit-in, des marches pacifiques, des grèves  à répétition et des rassemblements aussi bien au niveau local, régional que national, sont organisés pour dénoncer la politique d’atermoiement et de marginalisation des différents responsables qui font la sourde oreille.

Cela fait 40 jours que des sit-in, des marches pacifiques, des grèves  à répétition et des rassemblements aussi bien au niveau local, régional que national, sont organisés pour dénoncer la politique d’atermoiement et de marginalisation des différents responsables qui continuent à faire la sourde oreille.

Les protestataires ont mis l’accent sur les difficultés que connaît la délégation de Hajeb El Ayoun, notamment sur le plan socio-économique, appelant le gouvernement à mettre en exécution les décisions annoncées par l’ancien chef du gouvernement, Youssef Chahed, au profit de la délégation, et ce, lors de sa visite de trois jours à Kairouan, fin novembre 2017… Ils revendiquent également la reprise des travaux des projets de développement en suspens.

Ayant le soutien de l’Ugtt, de plusieurs associations et d’ONG, des sans-emploi, des activistes ainsi que des travailleurs intérimaires, menacent de poursuivre leur marche de la colère afin que les responsables à tous les niveaux sortent de leur silence et se penchent sérieusement sur leurs revendications.

Un jeune activiste de la société civile, Nabil Zaïdi, nous confie dans ce contexte : «Dans cette optique de contestation, nous avons entrepris des démarches raisonnables afin d’attirer l’attention des responsables à l’échelle régionale et nationale, en vain. D’ailleurs, deux jeunes volontaires ont sillonné à vélo tous les gouvernorats afin de sensibiliser la population à la gravité de la situation générale de Hajeb El Ayoun. L’un d’eux a même été reçu au palais de Carthage ! En un mot, nous réclamons les attributs d’une vie digne et décente. D’où nos rassemblements quotidiens dans les quartiers névralgiques avec des pancartes, des drapeaux et des slogans dénonçant les inégalités sociales, les disparités régionales et la dégradation des indicateurs socioéconomiques qui placent le gouvernorat de Kairouan à la 22e place au niveau national et où on enregistre 10,5% de pauvreté extrême et un taux très élevé de suicides…».

Son ami Faouzi, 25 ans, renchérit : «lorsqu’on voit à la télévision des politiciens se vanter d’être des milliardaires on se demande pourquoi ces gens-là n’aident pas l’Etat à régler une fois pour toutes les problèmes des catégories  vulnérables tels que les ouvriers de chantiers, à booster l’initiative privée en créant des projets dans les zones défavorisées en facilitant les procédures de financement et en aidant au recrutement des jeunes bénéficiant d’emplois précaires. Ce genre d’initiative pourrait, à mon avis, aider l’Etat à gérer d’importants projets d’infrastructure de base, à présenter des messages d’espoir à la population, à calmer les esprits et à éviter les polémiques. A Hajeb El Ayoun, c’est le grand malaise qui caractérise tous les habitants et, dans cette situation qui n’a que trop duré, aucune forme de militantisme n’est exclue : de la grève régionale à la grève de la faim, en passant par la menace du suicide collectif…».

Charger plus d'articles
Charger plus par Fatma ZAGHOUANI
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire