Par Boubaker BENKRAIEM*

Dans quelques mois, notre pays fêtera la première décennie du changement intervenu fin 2010 début 2011. Et l’espoir du peuple de voir certaines attentes, dans  différents domaines, se réaliser était plus que perceptible. Nos braves concitoyens sont, surtout, intéressés par une baisse sensible des prix des produits du couffin de la ménagère. Ceux-ci ont connu de sérieuses augmentations. Et le commun des mortels  est déçu, non seulement du fait que ses conditions de vie ne se sont pas, du tout, améliorées mais encore il constate que  les prix continuent, au contraire, de s’amplifier et de battre des records. D’ailleurs,  la hausse des prix n’est pas un mythe, c’est une réalité admise par tous et on s’en rend compte en faisant ses  courses. La déception est d’autant plus grande que, par le passé, pareilles augmentations recevaient l’aval des autorités qui tentaient, à chaque fois, de les maîtriser un tant soit peu, et cette méthode tenait compte des capacités financières du consommateur. Faut-il être autoritaire ou despote pour imposer des règles communément admises pour avoir une quelconque pitié envers ceux qui  bataillent à longueur de journée pour pouvoir faire vivre leurs familles ?

Depuis la révolution, les Tunisiens sont à la peine avec la hausse des prix et la dégringolade du pouvoir d’achat. Ils croyaient que le pire était derrière eux, mais depuis 2018, ils se sont rendu compte que l’austérité  était de rigueur et qu’elle a touché le citoyen lambda, et surtout la classe moyenne et pauvre.

Il est certain que les pouvoirs publics, voulant s’attaquer aux grands dossiers relatifs à l’assainissement des finances publiques, à la lutte contre le chômage et notamment celui des diplômés du supérieur, souhaiteraient avoir la paix avec ce problème d’importance primordiale, celui touchant au chariot et au couffin de la ménagère, s’agissant d’une question, pour le moins qu’on puisse dire, capitale et prioritaire.

Le problème qui se pose aux Responsables actuels est le même qui s’est posé aux précédents gouvernements, avec plus ou moins de bonheur et de rigueur: le contrôle des spéculateurs, ces notables, souvent invisibles, qui gèrent et dirigent les marchés de gros. Aussi et à titre d’exemple, comment expliquer que l’agriculteur qui a peiné, qui a travaillé ses terres, qui a payé les produits d’entretien et le gasoil pour le groupe électrogène, l’ouvrier agricole qu’il emploie, qui a veillé parfois des nuits entières sur sa production, cède au marché de gros le Kilogramme de poivron au prix de 500 millimes, alors que ce légume est vendu au consommateur entre  un dinar cinq cents millimes et deux dinars? Cette différence de 1D à 1500 millimes qui est partagée entre deux ou trois intermédiaires au plus, ces intermédiaires qui se la coulent douce et qui ne se sont donné aucune peine, n’est–elle pas abusive, décourageante et surtout arrogante ?

Notre pays, grâce à ses  nombreux patriotes sincères, ces serviteurs de l’Etat dévoués et honnêtes, peut trouver les solutions adéquates à toutes les difficultés et à tous les problèmes qui se posent dans tous les domaines et qui se répètent chaque année, chaque saison, et ce, au détriment de ces malheureux citoyens qui ont, beaucoup de difficultés pour joindre les deux bouts. Nous pouvons trouver, parmi les hauts fonctionnaires nouvellement retraités, des cadres valeureux et expérimentés, des volontaires qui, pour peu qu’on leur fasse confiance, peuvent participer à des commissions en vue de faire des propositions relatives à la fixation des prix des denrées essentielles, des fruits et légumes de chaque saison, qu’ils soient primeurs, ou en pleine saison ou en fin de saison. Ainsi, le gouvernement peut fixer, pour chaque période, une fourchette de prix minimale et maximale de tous ces produits et couper l’herbe sous les pieds des spéculateurs qui sont sans pitié, sans compassion et sans indulgence pour leurs compatriotes. Comment concevoir, comment admettre que les intermédiaires, ces «habbatas» insensibles aux difficultés des moins nantis, puissent gagner beaucoup plus que le producteur.

La période transitoire n’a que trop duré et nos concitoyens sont énormément déçus par tout ce qui se passe à l’Assemblée des représentants du peuple et cela est, malheureusement, dommageable pour l’intérêt que peuvent porter nos concitoyens à la politique. Les partis politiques, tous les partis, sans exception, doivent accorder à ce rejet populaire tout l’intérêt qu’il mérite et nos respectables députés doivent se remettre en question pour trouver la démarche à suivre en vue de  résoudre, rapidement, les problèmes qui se posent à l’ARP dont la déférence  mutuelle, le respect et la considération des électeurs, le sérieux des interventions et le rehaussement du niveau des prestations. Sauvegardons cette démonstration de sympathie que nous ont témoignée la plupart des pays suite au changement civilisé intervenu dans notre pays en 2011 et qui, malheureusement, n’a pas été suffisamment capitalisé.

Aussi, la décision politique requiert-elle aujourd’hui non plus seulement des hommes clairvoyants et courageux, mais des équipes formées à l’anticipation des «agendas» publics, capables à la fois de suivre la mise en œuvre de décisions passées, d’harmoniser  l’orientation des débats, de lancer diverses propositions qui permettront de demeurer en phase avec l’opinion. 

L’Assemblée constituante a mis trois bonnes années pour nous préparer l’une des «meilleures», d’après ses auteurs —Constitutions du monde, cette Constitution qui a, rapidement, montré ses limites et ses imperfections, nécessitant de la sorte une sérieuse révision.

De même, est-il demandé aux sages parmi les sages de cette illustre Assemblée d’inviter nos représentants à faire preuve de plus de sérieux, de plus d’abnégation et de plus de sincérité pour servir la patrie avant les partis et désigner, parmi eux un groupe de compétences en vue de préparer un projet de révision de la Loi fondamentale qui est bel et bien justifié.

Que Dieu veille et protège la Tunisie éternelle, l’héritière de Kairouan et de Carthage.

*Ancien sous-chef d’état-major de l’Armée de terre, ancien gouverneur

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