Les crispations au sein de l’ARP ont été des préludes à une crise politique ouverte sur l’inconnu. Cette crise étouffée entre Ennahdha et La Kasbah a fini par se révéler au grand jour avec les soupçons sur une probable affaire de conflit d’intérêts dans laquelle le Chef du gouvernement serait impliqué. Lors de la dernière réunion extraordinaire du Conseil de la choura, les masques sont tombés. Fakhfakh doit partir car il «nuit à l’image du gouvernement», selon le porte-parole du parti islamiste qui a décidé de s’en remettre au Président de la République en vue de se concerter sur une issue à la crise. Et de déléguer à leur chef, Rached Ghannouchi, le pouvoir de mener des négociations avec le Chef de l’Etat sur les mesures à prendre pour trouver une solution à la crise. En d’autres termes, Ennahdha veut impliquer le Chef de l’Etat dans une démarche anticonstitutionnelle pour démettre Fakhfakh sans avoir à changer toute l’équipe gouvernementale. Chose à laquelle s’achemine Ennahdha tout bonnement si Fakhfakh démissionne ou si ce parti engage une procédure de retrait de confiance à ce dernier puisque dans les deux cas, c’est toute l’équipe gouvernementale qui volera en éclats. Mais il lui reste entre les mains une autre alternative, celle de demander à ses ministres de rendre leur tablier. Sauf que le Chef du gouvernement voit les choses autrement.C’est lui qui va donner un coup de balai aux ministres nahdhaouis. Et même dans ce cas, Fakhfakh pourrait ne pas remplacer les ministres partants, comme l’a fait Youssef Chahed en fin de mandat. La perte dans cette situation serait double et à très haut risque pour le parti qui a gagné les législatives. Pour sa part, Kaïs Saïed a coupé court aux manœuvres d’Ennahdha, en soulignant clairement qu’il n’y a pas d’autres voies possibles pour démettre Fakhfakh que de recourir aux moyens prévus par la Constitution. Mais si cette séquence est riche d’enseignements, elle illustre aussi l’atmosphère de défiance entre les deux protagonistes.

Face à cette situation, où les deux acteurs politiques dépositaires du pouvoir exécutif et législatif, Saïed et Ghannouchi, se regardent en chiens de faïence, la Tunisie avance dorénavant hérissée. Et pour cause, les incriminations retenues de l’un contre l’autre sont nombreuses. Le terrain est miné et celui qui se hasarderait le premier à fouler la zone à risque serait le premier à en payer le prix. Les médiations sont aussi tardives et ont peu de chance de passer dans l’immédiat. Sans toutefois oublier les dommages collatéraux qui découleraient d’un éventuel retrait de confiance à Fakhfakh. Car, de l’avis de tous, le Chef du gouvernement n’est pas prêt à démissionner avant le résultat de l’enquête. Et au cas où le Cheikh camperait sur sa position, Fakhfakh ne tomberait pas seul.

En effet, Ennahdha est déjà en butte à une relative solitude après que quatre coalitions parlementaires ont recueilli 73 signatures à leur demande pour le retrait de confiance au président du Parlement, Rached Ghannouchi. Car dans ce combat à tout-va, la politesse n’est plus de mise. Une situation qui prouve que le maillage traditionnel des coalitions au Parlement n’est plus qu’un souvenir. Et ce n’est plus la tête de Fakhfakh seulement qui est en jeu, celle de Ghannouchi y est aussi !

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