Promis de revenir sur les quelques problèmes qui titillent, ou risquent de titiller, la nouvelle gouvernance culturelle.

Se posent, bien sûr, des questions à propos de la tenue des festivals d’été. Le Corona change obligatoirement la donne. Pas de spectacles étrangers. Carthage et autres «internationaux» se rabattent sur la formule des «nuits». Le résultat ? Nous verrons bien.

Rien de définitif, non plus, au sujet du statut de l’artiste et des métiers artistiques. La consultation traîne, elle aussi. Et la décision, encore hésitante, ne fera jamais rien sans l’accord entier des «pros».

Mais nous nous attarderons, ici, sur le retour, au printemps 2021, du festival de la chanson tunisienne. Là, croyons-nous, et contrairement à ce que beaucoup pensent, les choses ne se présenteront pas avec autant de facilité.

Il y a d’abord un historique à «dénouer». Le festival de la chanson a cessé d’exister voilà plus de treize ans. Suppléé, un court moment, par le festival de la musique tunisienne. Supplanté à partir de 2010, puis de 2016 à ce jour, par les JMC. A-t-on, au préalable, tout mis au clair, tout expliqué ? Pourquoi l’interruption d’il y a treize ans ? Puis, pourquoi le «supplétif», et puis «l’abandon» ? Pourquoi, enfin, le recours aux JMC ?

Il y avait des raisons à cela. En 2009, une commission réunie par le ministre Abderraouf El Basti les avait clairement délimitées. La pénurie créative, le désintérêt croissant du public, le faux bond des télés privées, entre autres. Le grave déficit moral du secteur, par-dessus tout. Ces régressions, ces entraves, ont-elles, toutes, disparu, aujourd’hui ? Les créateurs de chanson sont-ils redevenus doués, nombreux ? Le public du festival se reconstitue-t-il ? L’audiovisuel privé soutient-il la chanson traditionnelle ? Les professionnels ne se livrent-ils plus de guerres sans merci ?

Le ministère y a peut-être réfléchi. Mais il n’y a encore fourni réponses. Pour l’heure, il se suffit juste de l’annonce. Le festival reprendra son cours. Ni plus ni moins.

Mais il y a plus important, plus aigu : un tout autre monde musical, désormais. Autre contexte. Autre sociologie. Autres pratiques. Autres esthétiques. Le «classique vieux festival» y est-il approprié ? Pas sûr. Plus sûr. Le Mezoued et le Rap sont les musiques majoritaires, aujourd’hui ; et avec elles, la mixée et la jazzy. La wataria «peine» loin. Bien loin. Ces données étant, à quel public se vouer ? Le public du rap, du mezoued, des band’s et du jazzy couvre 65% de notre population. L’idée de lancer des «journées musicales de Carthage» était la plus réaliste, elle visait à regrouper les genres. Elle n’y a peut-être pas réussi encore. Mais replonger dans un festival de la seule wataria, de nos jours, c’est se contenter de peu. De bien peu.

Le sentiment, pour finir : ce festival qui saute brusquement d’époque est un festival en perte d’arguments. Davantage porté par la nostalgie que par le sens et le goût des réalités.

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