Alors que la société civile à Tazarka était sur le point de trouver un compromis sur la dépollution de la lagune et la préservation de son littoral contre les rejets industriels, tous les efforts semblent demeurer vains et sans résultats à cause de l’instabilité politique qui règne dans le pays et qui a créé un climat d’incertitude auprès de nos décideurs. Au-delà de ce constat, qui pourrait effrayer tous les habitants de la région, des explications doivent être données lorsqu’un danger est recensé mais jugé non important.


Le dossier de la pollution à Tazarka (gouvernorat de Nabeul) ne cesse de préoccuper ses défenseurs à l’heure où les parties prenantes et les autorités concernées, à leur tête le ministère des Affaires locales et de l’Environnement, ont renoncé à leurs promesses antérieures de trouver une solution qui peut servir les intérêts de toutes les parties impliquées dans cette affaire.

Aujourd’hui, la situation de la lagune, connue pour sa diversité et son intérêt écologique, risque de se dégrader, à nouveau, au point qu’elle pourrait devenir un danger réel pour la santé des citoyens et une menace pour la biodiversité et les écosystèmes. Face à ce danger réel, et à ce défi, l’Association de l’environnement de Tazarka remet, aujourd’hui, le sujet sur la table avec des objectifs clairs : trouver des solutions durables qui peuvent satisfaire tout le monde et sauver une réserve naturelle classée «Ramsar» (selon la convention «Ramsar», la lagune est consacrée zone internationale humide protégée, destinée à l’habitat des oiseaux d’eau de diverses espèces).

Deux problèmes toujours d’actualité

Le président de l’Association de l’environnement de Tazarka, Anis Kacem, précise que la lagune, qui se situe devant une zone industrielle, abritant une nouvelle station d’épuration de l’Office national de l’assainissement (Onas), souffre de deux problèmes gravissimes. Il y a tout d’abord le rejet anarchique et non contrôlé : certaines usines, pourtant identifiées à maintes reprises par les services ad hoc, n’ont pas prévu au préalable l’installation de leurs propres stations de traitement de leurs eaux usées et polluées (notamment les abattoirs de volailles, les usines de production de textile et de transformation manufacturière). Par conséquent, les eaux usées déversées ne correspondent pas aux normes minimales requises par l’Onas pour être absorbées par la station. Ces eaux (mélangées avec du sang et des déchets des volailles, des produits chimiques) finissent par être reçues par la lagune.

L’autre problème qui persiste et qui inquiète les habitants de la ville porte sur le grand débit d’eau traitée et rejetée par la station d’épuration de l’Onas dans la lagune et qui provient des eaux usées des trois villes à savoir Tazarka, Maamoura et Somaa. Résultat inévitable, la lagune déborde sur la mer. Et voilà qu’une vraie catastrophe écologique pointe à l’horizon !

Des décisions sans lendemain !

Kacem indique que face à cette situation inquiétante, une alerte rouge qui correspond au troisième niveau (avant-dernier), appelé aussi niveau d’intervention et qui requiert la saisie du ministre en charge de l’environnement et la mobilisation de la société civile devant une menace environnementale imminente, a été lancée depuis un bon bout de temps pour sauver la lagune. Par ailleurs, plusieurs visites de terrain ont été effectuées par les autorités concernées et plusieurs réunions regroupant toutes les parties concernées ont été tenues, qui, enfin, ont abouti à des décisions importantes qui portent notamment sur la fermeture de 7 unités industrielles qui ne respectent pas leur devoir de traiter les eaux usées avant de les déverser dans la lagune.

Si elles veulent reprendre leurs activités, ces entreprises devraient mettre en place leurs propres stations de pré-traitement ; un investissement qui coûte une somme de 350.000 dinars, soit 50.000 dinars pour chaque unité. Pour sa part, l’Onas s’est engagé à lancer un appel d’offres afférent à la mise en place d’un réseau spécifique, avec un point de pré-traitement réservé aux 7 usines concernées.

A présent, quatre unités seulement se sont dites prêtes à collaborer avec les autorités concernées pour la construction de ces stations. De son côté, le directeur des affaires juridiques du ministère des Affaires locales et de l’Environnement est chargé d’effectuer le suivi des procès-verbaux dressés contre trois usines ayant refusé toute collaboration avec les autorités publiques en vue de la régularisation de leur situation.

Sur un autre plan, une contribution financière de 50.000 dinars devrait être débloquée pour la réalisation de la connexion en question, sans attendre la cosignature de la convention y afférente par le reste des usines. Mais cette décision a été critiquée et annulée sous prétexte de l’incapacité du ministère de la tutelle de financer ce projet. L’autre coup dur qui a reporté cette affaire à une date indéterminée est l’instabilité politique qui perdure et la crise étouffante que vit la Tunisie, empêchant l’économie de fonctionner.

Par ailleurs, la décision de l’élaboration d’une étude hydrogéologique sur la capacité d’accueil de la lagune de Tazarka, selon un spécialiste en matière d’écologie, est aussi un axe qui reste prioritaire et urgent. Cette tâche appartient à l’Agence de protection et d’aménagement du littoral (Apal) qui devrait suivre de près et au jour le jour ce sujet sous le contrôle direct du département ad hoc. Mais l’appel d’offres n’a pas été finalisé, puisqu’il n’a pas été effectué dans des conditions permettant sa réussite. L’association attend toujours le lancement du nouvel appel d’offres, en espérant que cette fois-ci, les choses bougent.

«Malheureusement, avec une scène politique non encore stabilisée, toutes ces décisions, à part la fermeture, sont en stand-by pour le moment. Chaque ministre qui passe efface l’ardoise et recommence à zéro : ou bien il modifie ces décisions, ou bien il les compléte, les précise ou en décide d’autres… Mais malgré tout, on ne compte pas baisser les bras afin de sauver la région d’une vraie catastrophe naturelle», souligne Kacem.

L’autre point noir

Avant la construction de la station d’épuration, l’Onas devrait réaliser des études qui portent sur le taux de la croissance démographique de la population de la région et sa consommation moyenne d’eau pour pouvoir déterminer le débit des rejets déversés dans la lagune de Tazarka (qui proviennent aussi de Maamoura et Somaa). L’eau rejetée, quoique traitée par l’Onas, contribue largement dans l’augmentation du volume d’eau de la lagune et du débordement de celle-ci sur la plage, surtout en temps d’abondantes pluies.

« Le vrai problème a commencé depuis l’entrée en exploitation de la station de traitement des eaux usées en 2016. Aujourd’hui, et en l’absence d’initiatives visant son entretien, la défaillance du réseau d’assainissement des eaux usées dégrade la situation environnementale de la ville à l’heure où chaque commune devrait prendre en charge ses propres rejets… Il est anormal que la commune de Tazarka continue à supporter un fardeau qui n’est pas le sien… A tout cela, s’ajoute le rejet incontrôlé des déchets industriels, lequel ne respecte pas les normes requises par l’Onas… Actuellement, on attend toujours l’étude de l’Apal pour l’élaboration de l’étude hydrogéologique en question», souligne-t-il.

Quelles solutions ?

Kacem indique que dans le cas de la lagune de Tazarka, trois solutions figurent parmi les meilleures. Les deux communes de Maamoura et Somaa pourraient utiliser Oued Dar el Wafa pour leurs propres rejets, ce qui permet de réduire le volume d’eau de la lagune, comme c’était le cas avant la construction de la station d’épuration de Tazarka. Une proposition qui est encore en cours d’étude en attendant l’accord total de toutes les parties prenantes.

L’association a également proposé à l’Onas de créer un canal sous-marin qui peut s’étaler sur 5 ou 6 km loin de la plage, ce qui permet de minimiser le niveau de la pollution dans la lagune. Mais cette solution n’est pas convaincante, puisqu’elle représente une menace pour la biodiversité et les écosystèmes.

Mais selon Kacem, la solution la plus adéquate et la plus appropriée consiste à procéder à un traitement tertiaire des eaux usées qui pourrait éliminer non seulement les métaux lourds comme le zinc mais aussi 95% des bactéries. Il est vrai que cette opération est coûteuse pour l’Onas, mais la valorisation des eaux usées traitées répond à un objectif de développement durable et représente une véritable opportunité pour relever les défis de l’eau du XXIe siècle. Il s’agit d’un projet de partenariat qui devrait regrouper le ministère de l’Agriculture et l’Onas pour l’exploitation des eaux usées valorisées dans l’irrigation. Il s’agit aussi d’une forme d’économie circulaire qui doit permettre de développer de nouvelles filières et chaînes de valeurs à partir des déchets et matériaux non valorisés. Cette proposition est encore en phase d’étude au niveau du ministère de l’Agriculture. 

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