L’arrivée d’une personnalité imprévisible à la tête du gouvernement était quelque part attendue. Pour certaines parties, c’était déjà  une crainte explicite dans la mesure où elles savaient évidemment que le président de la République était capable à tout moment de prendre tout le monde de vitesse. Même ses propres conseillers. Il est de plus en plus décidé à ne pas laisser la décision, qui lui revient du reste de droit, entre les mains des groupes et des partis politiques, à intervenir aussi dans les périmètres sur lesquels ils s’activent. Une manière de montrer que, même en l’absence de prérogatives, il ne cède rien. Cette philosophie et cette manière d’agir introduisent, dans un contexte politique plus que jamais instable, une approche jusque-là interdite. Une véritable recomposition des priorités.

Si le paysage politique n’est plus cet exutoire de passions collectives, s’il est pratiquement impossible de faire revivre aujourd’hui l’enthousiasme des premières années de la révolution, tout ce qui entoure l’action politique s’est transformé en un incontournable conflit dans lequel le dérapage est devenu un fait ordinaire, tandis que le caractère prétendument exemplaire est ouvertement contredit. La majorité écrasante des intervenants ne parvient plus à faire face à un univers qui ne sait plus se montrer raisonnable, encore moins utile.

Kaïs Saïed a laissé de côté les candidats des partis, optant pour un profil apolitique. Le statut du chef du gouvernement désigné peut-il ainsi constituer  un atout majeur pour remettre les pendules à l’heure, ou bien risque-t-il de se heurter à l’opposition d’un parlement déjà fragmenté ? Réussira-t-il à obtenir la confiance des députés dont les candidats, présentés à travers leurs  blocs parlementaires, ont été tout simplement ignorés ?

Le système est certes complexe, le contexte difficile, mais la règle de base est pourtant simple : les différentes partie prenantes doivent respecter les exigences de l’étape, arrêter l’hémorragie avant qu’il ne soit trop tard.

Une exigence que certains n’ont pas manqué de prendre en considération, tels que le membre d’Ennahdha et ministre des Affaires locales dans le gouvernement sortant d’Elyès Fakhfakh, Lotfi Zitoun, qui appelle les partis politiques à appuyer Hichem Mechichi dans sa mission pour «composer un gouvernement de compétences capable de sauver le pays». Même son de cloche chez la présidente du PDL, Abir Moussi, qui annonce déjà le soutien politique de son parti à la formation du prochain  gouvernement. Oussama Khelifi, président du bloc parlementaire de Qalb Tounès, affirme quant à lui que son parti  n’a  aucune réserve concernant la désignation d’un candidat dont le nom n’a figuré dans aucune des listes proposées par les partis. Pareille position est aussi partagée par d’autres partis à l’instar d’Achaâb qui considère que le choix de Hichem Mechichi correspond au profil que le mouvement souhaite voir à La Kasbah. Quant au Courant démocrate, il  fera part de sa position officielle  après la rencontre qu’il aura avec le chef du gouvernement désigné. Mais au moment où Ennahdha tarde encore à révéler sa position officielle concernant le choix du président de la République et qui de toute évidence ne correspond pas aux profils présentés par le mouvement, Abdelhamid Jelassi, ancien membre du mouvement, dit craindre «une dérive vers un régime présidentiel».

De toutes les façons, dans le contexte actuel, les différents intervenants sur la scène politique ont un rôle déterminant à jouer. L’ambiance générale et tout ce qui en découle dépendent de leur mode d’opérer, de leur  réaction, de leur prise de position, de leur discours et de leurs actes. On ne doit jamais oublier que les bonnes volontés et les bonnes initiatives marquent les grands moments de l’histoire.

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