Rebelote : non, les propriétaires des cafés basés dans le Grand-Tunis n’ont pas eu le droit, cette année encore, d’exploiter leurs terrasses au profit des amateurs des jeux de cartes. Ainsi en ont décidé les autorités régionales et locales, à l’occasion du mois de Ramadan, version 2019 (1440 de l’Hégire). Impopulaire, la décision l’est assurément. D’abord aux yeux des mordus de ces jeux qui sont, veillée ramadanesque oblige, en quête d’un cadre plus aéré pour s’adonner à leur passion loin de la fournaise de l’intérieur du café où le «surbooking» le dispute non seulement aux odeurs étouffantes du tabac et du narguilé, mais aussi au bruit assourdissant des gens attablés et du volume de la télé. La décision est évidemment impopulaire aux yeux des cafetiers qui évoquent, à l’unisson, un manque à gagner certain, sachant que, de tradition, les joueurs de belote, de rami et autres chkouba et rounda payent pour chaque partie («torh», dans leur jargon) une taxe qui varie de deux à cinq dinars, selon le standing de l’établissement. Multipliez cela par des dizaines de parties disputées durant la soirée qui se prolonge parfois jusqu’à deux heures du matin et vous saisirez l’ampleur de la déception et du désarroi des «victimes»! «Quel mal y a-t-il à nous autoriser la terrasse?», s’interroge l’une d’elles, visiblement abattue. Et d’ajouter : «Si les autorités prétendent que cela gêne les piétons, c’est faux, car ces derniers ne s’y amènent pas, et je dirai qu’ils ne s’y amènent jamais, la nuit». Pour un autre gérant d’un café au ras-le-bol facilement vérifiable, «si nous n’avons pas bronché le reste de l’année face à l’application de cette loi, je me demande pourquoi elle reste en vigueur au cours du mois saint qui  constitue pour nous la haute saison par excellence, celle-là même qui nous permet d’éponger nos dettes et de  juguler les effets de la morosité commerciale de 11 mois».

Le rêve d’une faveur
Le mal est-il fait? Pour la plupart des cafetiers interrogés, la réponse est non. En effet, ils s’accordent à dire que la «levée de l’embargo» demeure encore possible. Et cela en leur accordant une faveur pour cette année. Une «grâce» qu’ils estiment réalisable, rien qu’en se référant à celle dont viennent de bénéficier les propriétaires des étals anarchiques et autres charrettes et marchands ambulants, à l’occasion de ce mois de Ramadan. Le rêve sera-t-il réalité?

Mohsen ZRIBI

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