Les contaminations locales ont donc repris. Le Covid-19 circule de nouveau. « Hors traçage », bientôt, peut-être, hors contrôle. Pourquoi cette « replongée » possible dans la pandémie ?

Appelons les choses par leur nom. Rien ne certifie encore qu’il y a «une deuxième vague ».Ni que le virus a pu muter. Juste est de dire qu’il y a eu « erreurs d’hommes ». En plus simple et en bonne franchise, que nous l’avons, nous tous, plus ou moins,cherché.

Prime erreur : la réouverture des frontières. Les autorités ont eu beau assurer qu’elle se fera sous protocole sanitaire ferme, les fuites et autres « dérapages » n’ont pas tardé à se manifester. Manque de surveillance, manque de vigilance ? Non .Aucune frontière libre n’est jamais cadenassée. Ni imperméable aux virus et aux bactéries, a fortiori.

Voire, les gouvernants le savaient déjà. Nos gouvernants savaient parfaitement le risque couru. Simplement, ils sont comme la plupart des gouvernants du monde. Un temps, ils avaient opté pour la santé au détriment de l’économie. De cela, à présent, ils ne veulent plus. A croissance moins dix et plus, ils préfèrent « responsabiliser » les citoyens, leur demander, à la fois, de rattraper les pertes et d’apprendre à vivre avec « la maladie ». En somme, de supporter, seuls, l’essentiel de la crise. En France, en Europe en général, aux Etats-Unis, ce « débinement » de l’Etat libéral est quasiment acquis. L’idée que la Corona est un « virus comme un autre » a fait du chemin. Mais ici, de ce côté où l’on croit encore à la vocation protectrice de l’État, pareille « vérité » se dissimule sous le non-dit et le demi-mot. Les procédés varient en ce moment. Le plus courant est de séparer santé et économie. Indissociables pourtant.

Les responsables de santé se gardent bien de rappeler aux nécessités économiques. La réouverture des frontières révèle des fuites, accentue la contagion, mais il n’est jamais reconnu que c’est en lien direct avec un tourisme à 90% inactif.

Et l’inverse est vrai. Rare, de plus en plus rare, que le discours économique ou politique s’inquiète franchement de santé. L’impression est comme si les gens de pouvoir s’alignent sur la croyance actuelle de l’homme de la rue : « Plus de Corona, n’en parlons plus ».

Cette indifférence (décrétée) est notre autre grande erreur. Elle n’est sans doute pas aussi décisive que la réouverture brutale et totale des frontières. Mais elle pèse déjà, et, si elle n’est pas retenue, elle pèsera beaucoup encore. Le fait seul que les Tunisiens ont allègrement regagné les cafés, les bars, les restaurants, et sont appelés à réintégrer les stades, les théâtres et les cinémas, est perçu comme un droit acquis, définitivement reconquis. L’engouement sonne faux à l’heure où la planète entière compte et recompte ses morts. Et sa prétention augmente presque irrémédiablement ses risques.

Une solution, alors, à l’approche d’un Corona acte II ?

Les politiciens d’abord devraient tout mettre au clair. Haro sur les non-dits et les demi-mots. Si le confinement général ne résout rien, il faut le dire, surtout l’expliquer. Comprendre est toujours se mettre à l’abri. Se protéger.

Nos concitoyens, eux, devraient cesser de croire qu’ils sont inatteignables, qu’ils ont « la faveur des saints ». Dans un monde éthique, raisonnable cela s’appelle imprudence. Et cela attire bien des dangers.

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