Le forum ambitionne de mobiliser les acteurs et actrices gouvernementaux, et ce, afin d’évaluer les réalisations de la Tunisie en matière de protection de la femme et de renforcement de ses droits dans la lutte contre la pandémie Covid-19

Dans le cadre de la célébration de la Journée nationale de la femme, le 13 août de chaque année, les travaux du Forum international, intitulé « Les objectifs de développement durable du point de vue genre : les priorités de la Tunisie après la pandémie Covid-19 », viennent de démarrer à Tunis sous le patronage du chef du gouvernement et   du ministre de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Seniors, aux côtés des représentants des pays amis, des organisations et agences de la coopération internationale, des acteurs et actrices des institutions du secteur privé, de la société civile et des universitaires et experts de référence concernés directement.

Le forum ambitionne de mobiliser les acteurs et actrices gouvernementaux, et ce, afin d’évaluer les réalisations de la Tunisie en matière de protection de la femme et de renforcement de ses droits dans la lutte contre la pandémie Covid-19. Le but de ce forum est également de sensibiliser les partenaires sur les capacités, les connaissances et les mécanismes existants qu’ils peuvent mettre à profit afin d’apporter des solutions aux défis que représente la phase post-pandémie sur le développement durable.

Dans ce cadre des priorités du Plan de développement 2016-2020, le ministère de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Seniors a renforcé les mécanismes d’autonomisation socioéconomique des femmes et le socle de protection et de services pour les femmes vulnérables, les enfants et les seniors pris en charge par les institutions sous tutelle. De même, le ministère a engagé des initiatives qui tentent de renforcer le cadre légal d’appui au profit des populations sous son périmètre, comme il a adopté une approche basée sur le genre et l’égalité des sexes dans ses différentes interventions et programmes, en application de ce qui a été convenu dans le plan national de l’institutionnalisation de l’approche, élaboré par le Conseil des pairs pour l’égalité et l’équivalence des chances entre femme et homme et adopté par le gouvernement.

Le ministère de la Femme en première ligne

Dès les premières heures de la propagation de la pandémie, il était nécessaire de revoir les priorités, comme l’organisation gouvernementale en vue de répondre aux urgences et d’adopter une approche proactive en matière de prise en charge. Par décret présidentiel, en date du 22 mars 2020, la Tunisie a décidé de limiter la circulation des personnes et les rassemblements dans une approche voulue proactive, après la décision d’instaurer le couvre-feu en date du 18 mars 2020, vu la propagation de l’épidémie et la prise en considération des leçons apprises des pays voisins et leurs réponses à la crise. Cette décision fort engageante, au regard de l’impact socioéconomique d’un tel confinement, a fait l’objet d’un débat qui a abouti à la mise en place d’une stratégie prévoyant le confinement global et un engagement budgétaire pour la prise en charge médicale des personnes infectées, ainsi que la mise en place d’un cadre d’appui socioéconomique pour les plus vulnérables et les entreprises éventuellement impactées par la crise.  Le ministère de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Seniors, de par son périmètre d’action, se trouve en première ligne en réponse à la violation des droits et aux formes de violence qui touchent les plus vulnérables parmi les femmes, les familles sans soutien, les enfants et les seniors. La montée des violences enregistrées, lors de la première période du confinement, a exigé de renforcer l’ensemble du processus de prise en charge, et ce, dans une logique de renforcement du partenariat avec la société civile, et notamment l’extension des services de la ligne verte 1899, la mise en place d’un centre d’hébergement d’urgence dans une réorganisation du processus d’accès aux centres (associatifs ou sous la tutelle du ministère) protégeant les bénéficiaires, mais surtout de répondre à des défis en matière de droit, tels que l’accès à la justice sur les problématiques des violences, des procédures de divorce, de réclamation des pensions ou de droits de garde avec la fermeture des tribunaux,  ou la coordination multisectorielle pour la prise en charge. De même, la difficulté d’accès aux centres de soins de base, ou encore les centres dédiés à la prise en charge de la santé sexuelle et reproductive, ou encore le déficit d’approvisionnement en médicaments ont amené un renforcement de l’effort de coordination avec le ministère de la Santé, comme d’intervenir directement dans la prise en charge.

Faible présence des femmes dans les circuits économiques organisés

Par ailleurs, l’un des services qui a le plus impacté la famille est la fermeture des institutions d’éducation, notamment les jardins d’enfants. Ce fait a, de nouveau, soulevé le problème de l’inéquitable répartition  des tâches entre les femmes et les hommes en rapport avec les enfants et les obligations domestiques (la femme passe 8 fois plus de temps que l’homme dans les tâches ménagères et avec les enfants et les personnes âgées). Mais là encore, il est important de relever l’éventuel risque en lien avec l’abandon scolaire, alors que l’accès aux services préscolaires ne concerne que 50% des enfants, un taux qui descend à 17% pour les enfants des familles les plus pauvres. Sur le plan des impacts socioéconomiques, la pandémie a aussi permis de rappeler qu’au-delà de la faible présence des femmes dans la vie active (telle que définie par les normes internationales), celles-ci représentent, par contre, le maillon fort du travail informel et précaire. Ainsi, et sur la base des premières appréciations de l’impact de la pandémie sur les éventuelles pertes d’emplois, il est avancé une surreprésentation pour les femmes. En étant de l’ordre de neuf cent vingt-trois mille femmes occupées, elles sont de l’ordre de 31% dans l’industrie manufacturière qui est exposée avec la crise, et notamment le secteur du textile et de l’habillement, comme elles sont de l’ordre de 5% dans le secteur du tourisme. Nous rajouterons à cela le constat que les femmes sont fortement présentes dans des métiers précaires et non organisés, comme les aides-ménagères qui travaillent pour leur propre compte, la microentreprise (faisant travailler moins de 6 salariés) où les femmes sont à la tête de 22% d’entre elles et représentent 40% des salariés. C’est surtout près de 350.000 femmes qui travaillent dans l’agriculture, dont un nombre fort significatif ne bénéficie pas d’un système de sécurité sociale et de pension. Enfin, rappelons que si la présence de la femme devient prépondérante dans un nombre de métiers, citons à cet égard que plus de 65% des travailleurs dans le secteur médical, plus de 80% dans les médias  et près de 47% des membres élus des conseils municipaux sont des femmes. Il n’empêche que le taux d’activité est resté faible avec un taux de l’ordre de 27%, contre un objectif défini dans le Plan quinquennal 2016-2020 de l’ordre de 35%.

Agenda 2030

La Tunisie a réalisé des avancées dans son engagement par rapport au principe directeur du programme 2030 «Ne laisser personne de côté». Un ensemble de programmes et mesures en faveur des groupes les plus vulnérables — en particulier les femmes et les filles en milieu rural, les femmes victimes de violences, les enfants, les jeunes, les personnes en situation de handicap (PSH) et les personnes les plus pauvres —, ont été adoptés. Mais aujourd’hui, la pandémie de la Covid-19 est une épreuve pour l’humanité entière. Cette nouvelle donne nous rappelle le besoin de transformer cette crise en un élan planétaire pour atteindre les Objectifs de développement durable d’ici à 2030.  De ce fait, la proposition de ce Forum international, qui se déroule dans une phase cruciale, à savoir la préparation du nouveau Plan quinquennal (2021-2025), ainsi que le nouveau Plan Undaf de coopération entre la Tunisie et le Système des Nations unies, revêt une importance de taille, aussi bien pour la Tunisie que pour son gouvernement .

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