Le déficit cumulé de la société depuis 2010 a dépassé les 890 millions de dinars. Les mouvements sociaux qui se sont déclenchés entre 2012 et 2019 et qui ont perturbé le trafic ferroviaire ont engendré un manque à gagner estimé à 600 millions de dinars.


Depuis 2011, les résultats de la Sncft dévissent, son endettement grimpe et ses charges financières ne cessent d’augmenter. Malade d’une continuelle dégradation de ses équilibres financiers, la société doit entamer, immédiatement, des chantiers de réformes, principale issue pour sortir de l’ornière. C’est ce qu’a souligné, en somme, le PDG de la Sncft, Chiheb Ben Ahmed, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue hier au siège de la société, pour dresser un état des lieux de la situation financière de la société et présenter les grandes lignes de son  plan de sauvetage. “ La Sncft souffre d’un déficit structurel. Bien qu’elle ait  commencé à se dégrader avant 2010, la situation financière de la société a pris une tournure plus grave  après 2011, notamment avec le déclenchement répétitif des mouvements et des remous sociaux”, a expliqué dans ce contexte Ben Ahmed. 

A vrai dire, les données qui ont été communiquées brossent un tableau noir de la réalité du transport ferroviaire en Tunisie ainsi que de la situation financière de la compagnie nationale. En effet,  le déficit cumulé de la société depuis 2010, a dépassé les 890 millions de dinars, tandis que l’encours de l’endettement a atteint 300 millions de dinars. En 2019, la Sncft a enregistré un résultat net négatif d’environ – 120 millions dinars et prévoit de connaître une perte sèche qui dépasserait les 120,8 millions de dinars en 2020. 

Effondrement de l’activité économique de la compagnie

Une radioscopie de la situation financière de la Sncft montre que plusieurs raisons ont conduit à la dégradation de ses équilibres financiers. En effet, face à la continuelle  augmentation des charges financières, principalement due à l’accroissement du coût de l’énergie, la société n’arrive plus à couvrir ses dépenses en raison du gel des tarifs du transport pour les passagers mais également en raison  de  l’effondrement de l’activité économique de la Sncft, à savoir  essentiellement le transport des passagers et le fret ferroviaire. “Les charges financières ont grimpé de 6 millions de dinars en 2010 à plus de 17,8 millions de dinars en 2019 ”, a précisé, à ce sujet, le PDG de la Sncft. Il a affirmé, dans le même contexte, que les mouvements sociaux qui se sont déclenchés un peu partout entre 2012 et 2019 et qui ont perturbé, voire paralysé, le trafic ferroviaire ont engendré un manque à gagner estimé à 600 millions de dinars.  Le recours au transport du phosphate par la route qui a causé la chute de l’activité liée au transport ferroviaire du phosphate s’est répercuté sur les ressources financières de la compagnie. “ Le fret ferroviaire représente 3% de l’ensemble du marché du transport des marchandises, alors qu’il est de l’ordre de 40% en Europe et de 60% aux Etats-Unis. Quant aux activités de transport du phosphate, elles ont connu une chute drastique. La quantité de phosphate transportée par voie ferroviaire est passée de 7,3 millions tonnes en 2010 à seulement 2 millions tonnes en 2019. La suspension depuis 2017 de la ligne 15 pour le transport du phosphate a engendré des pertes estimées à plus de 18 millions de dinars. Cette ligne sera mise en exploitation à partir de janvier 2021 ”, a déclaré Chiheb Ben Ahmed. Et d’ajouter : “La société est prise dans un cercle vicieux où les mêmes causes produisent les mêmes effets : baisse des recettes, augmentation des charges financières, baisse de la part du marché, dégradation de la qualité des services fournis et augmentation des dépenses de maintenance et de réhabilitation”.

Restructurer la Sncft pour redresser l’économie nationale

C’est dans ce contexte, que le PDG de la Sncft a dévoilé les principaux axes des plans de sauvetage et de restructuration  de la compagnie. “ Le réseau ferroviaire est un vecteur de croissance et de développement économique. Il a un effet multiplicateur sur plusieurs secteurs, notamment le transport maritime et aérien, compte tenu de sa capacité d’interconnecter les villes, les ports et les zones logistiques”, a-t-il souligné à cet égard. 

Parmi les principales  mesures à prendre sur le court terme, Ben Ahmed a évoqué la maintenance des trains de la banlieue sud pour un montant de 20 millions de dinars et le remboursement de l’Etat de la prime de maintenance du réseau ferroviaire  estimée à 15 millions de dinars. Quant au plan de restructuration, il s’articule autour de six principaux axes, à savoir la restructuration financière, la mise en œuvre des programmes d’investissement à rentabilité directe, la révision des tarifs du transport, la révision du modèle de partenariat adopté par la société, l’accroissement des activités commerciales et l’assouplissement des réglementations liées à la gouvernance et à la structure organisationnelle.

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Un commentaire

  1. Liberte

    13/08/2020 à 10:14

    Un projet d’installation d’un tTGG entre Tunis et sfax est planifié, c’est une bonne chose pour réduire le nombre d’accidents et de morts sur la route, les louagistes ne vont être contents, bref trouvez l’argent c’est toujours un problème et trouver un crédit c’est possible. Toutes nos principales entreprises sont en faillites, tous les managers sont des des nuls pour delapider l’argent du capital avant d’avoir des bénéfices, on se sert d’abord et on attend la retraite dorée.

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