Par Chokri BEN NESSIR

Depuis que l’homme a domestiqué le feu, il n’en a plus peur au point d’en faire un jeu! En effet, on voit chaque été des foyers de feu déclenchés un peu partout, par simple plaisir de voir les flammes, sans aucune réflexion ou idée de manipulation. Ce sont ce qu’on appelle les pyromanes «débiles» qui mettent le feu par légèreté et non par agressivité ou criminalité. Chaque été, ils sont la cause de la perte de milliers d’hectares qui partent en fumée. Certes, tous les incendies ne sont pas signalés par les médias, et bien souvent les «accidents» et concours de circonstance sont en réalité des actes de pyromanes.  En effet, le taux du couvert végétal en Tunisie (8,2%) compte parmi les plus faibles de la région méditerranéenne, dont la moyenne est de 20%. Malgré ce déficit naturel, l’ampleur des dégâts occasionnés à nos forêts ne cesse de croître chaque année à vue d’œil

Pour appréhender un tant soit peu l’étendue des dommages, il suffit de noter que, depuis 1985, chaque année, on dénombre entre 130 et 150 incendies, qui déciment de 1.500 à 3.000 hectares de forêt. Ce chiffre est en progression constante. Ainsi, en 2011, 220 incendies ont ravagé 1.700 hectares. En 2012, 405 incendies ont causé la perte de 2.400 hectares de forêt. Et rien qu’en 2019, près de 4.000 hectares de forêt sont partis en fumée.

Le coût de chaque hectare ainsi perdu s’élève à 9 mille dinars, alors que le couvert végétal et forestier met au moins 30 années pour se régénérer.

Certes, l’effort de reboisement que déploient chaque année en pareille période les citoyens et les collectivités est  un engagement et un acte envers l’environnement fort louables. Cependant, ce geste hautement symbolique ne peut enrayer de façon permanente l’élan criminel contre les arbres et les forêts.

Car, en plus de l’expansion des terres agricoles, de l’exploitation illégale du bois et du charbon à grande échelle, de la construction anarchique, des coupes d’arbres, des appropriations illégales des espaces naturels et des défrichements continus, un phénomène récent a vu le jour, c’est celui de l’utilisation de la forêt comme décharge à ciel ouvert pour nos déchets. Soit autant de facteurs qui viennent fragiliser notre écosystème et mettre en péril l’avenir des générations futures. Car ces agressions, associées aux effets néfastes du changement climatique que connaît la planète, font que notre pays souffre aussi de la déforestation, de la disparition du couvert végétal et des espèces rares, de l’avancée à grands pas du désert et de l’assèchement des plaines. Une chose est sûre, c’est l’homme qui sera indéniablement la première victime du fait des glissements de terrains, des inondations et d’autres catastrophes naturelles. Pour inverser la tendance destructrice et traiter avec efficacité les problèmes, il est grand temps de mieux sécuriser nos forêts.

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