Écrite par Tahar Radhouani, interprétée par Rym Abroug, Laïla Rezgui, Laïla Trabelsi, Abir Smidi et Kamel Kaabi et produite par la Troupe de la Ville de Tunis, la pièce théâtrale « Enfas » de Dalila Meftahi est une immersion dans l’univers abyssal de la nature humaine pour en explorer les recoins les plus sombres et les attitudes les plus complexes.

C’est une pièce théâtrale en  clair-obscur qui dépeint des personnages au bord de la folie, mais  qui, paradoxalement, sont lucides et se souviennent du plus petit détail de leur existence chaotique.

Sur scène, une reproduction sinistre d’une prison exiguë, comme toutes les prisons du monde, sans âme  et sans aucune ouverture sur l’extérieur, à l’exception d’une petite porte qui sert d’accès à leur geôlière. Dans cet espace de non vie, Dalila Meftahi réinvente la vie, une autre vie qui ne ressemble en rien à celle qu’on connaît, car trop étrange, voire insensée. La prison se transforme alors en un champ de liberté immense qui permet aux prisonnières de dérouler le long ruban de leur existence pas du tout rose, de laisser couler des larmes de désespoir et d’exprimer la profonde violence qui habite leur corps, agite leur conscience et provoque leur délire.

L’histoire, c’est celle de  quatre détenus, trois femmes et un homme, condamnés à 200 ans, à la perpétuité et à la peine capitale. Des personnages brisés, se souvenant, rêvant, se disputant, et se courtisant dans le sombre monde carcéral. Coupées du monde extérieur, elles sombrent dans leur intériorité, avec pour seul réconfort,  les rares conversations avec leur geôlière et le quatrième prisonnier qui a réussi à monter en grade pour devenir cuisinier.

Et c’est à travers cette gardienne  que  les échos des événements de janvier 2011, sont parvenus à leurs oreilles, en leur apportant les images  lointaines d’un monde oublié, leur propre monde, en convulsion extrême, lui aussi, même s’il leur offre l’opportunité d’une liberté retrouvée à travers l’amnistie de trois d’entre elles.

Mais le comble de l’ironie et de l’absurde aussi est que les trois prisonnières amnistiées  refusent de quitter leur prison, refusent cette liberté.

«Enfas» de Dalila Meftahi,  d’après un texte de Tahar Radhouani, est une œuvre d’humour noir, de paradoxe et d’absurde qui dissèque le social et le politique  avec la force des métaphores et un jeu d’acteur incroyablement bien ficelé qui s’ajoute à une mise en scène complexe qui accentue les paraboles d’un texte déjà fort.

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