Comment résoudre les problèmes de mobilité à Sfax, une ville malade de sa circulation et de son transport collectif. Faut-il interdire les voitures en ville ou instaurer des péages urbains ? Ce chantier est loin d’être une démarche évidente pour les différents gouvernements qui se sont succédé depuis la révolution, car beaucoup d’engagements ont été pris, mais les réalisations demeurent bien en deçà des besoins et des espérances.

La nature de l’urbanisation dans le Grand-Sfax et la forte concentration de l’offre d’emplois dans le centre-ville exigent des mouvements de circulation pendulaires très prononcés de type «domicile–travail ». L’encombrement s’amplifie d’une année à l’autre et se transforme en une véritable congestion au niveau des principaux carrefours à l’entrée de la ville. Le résultat: une circulation routière qui devient un véritable calvaire !

Le pourquoi

Avec un système faisant peu de place aux transports en commun clairement en perte de vitesse continue et qui s’appuie uniquement sur un système de bus, la ville ne cesse de rencontrer des problèmes considérables de mobilité. Ceci la est dû, également, à une flotte de voitures particulières en expansion et un transport de marchandises transitant par le centre-ville, contribuant à l’accentuation de tous les maux : pollution visuelle et olfactive, encombrement de la chaussée, congestion et ralentissement et perturbation de la circulation. La ville souffre, également, d’une infrastructure routière insuffisamment développée et mal entretenue et d’une gestion inadéquate du système de transport (encombrement persistant et congestion).

En outre, à l’instar de toutes les villes partout dans le monde, Sfax est touchée par des problèmes environnementaux à cause d’une pollution incontestée et incontestable (émission de CO2, bruit, vibration, impacts visuels) et d’autres problèmes de sécurité avec un taux élevé du nombre des accidents de la route. «malgré son poids économique important (2e ville et centre économique du pays après le Grand-Tunis), Sfax se révèle un espace limité et contraint où on enregistre une rareté relative des places de stationnement, notamment dans son espace central faisant en sorte que les piétons se retrouvent être les usagers de la chaussée quand les voitures squattent les trottoirs. Donc, le droit à la mobilité dans la ville n’est pas garanti… A tout cela s’ajoutent l’absence d’informations sur les déplacements et une mobilité urbaine critique, provoquant un report modal vers la voiture particulière de plus en plus important», précise Faika Skander Cherif, enseignante à la Faculté des sciences de Sfax (FSS).

Trois problématiques majeures

D’après Mme Skander, pour réussir un système de mobilité intelligente et durable, il faut faire appel et activer trois piliers importants qui posent un vrai problème, à savoir le social, l’économique et l’environnemental. Pour le premier, il permettra une accessibilité aisée et facile, une insécurité routière mieux maitrisée, un confort des usagers du système de transport garanti, un système de transport public offrant des services améliorés, une réduction significative des inégalités sociales en matière de mobilité, une sécurité des infrastructures améliorée (état, emprise, trottoir et occupation, signalisation). Pour le pilier économique, il garantira une réduction aux niveaux des coûts de transport pour les usagers, des coûts d’entretien pour les exploitants et des coûts supportés par la collectivité relatifs aux externalités négatives. Il permettra, également, un gain de compétitivité du transport conduisant à une amélioration de la compétitivité du système économique dans son ensemble. S’agissant du dernier pilier, il contribuera à une réduction de la pollution et de l’usage intensif des véhicules motorisés privés (pollutions olfactive, sonore, visuelle), une réduction de la consommation énergétique, une meilleure utilisation /exploitation de l’espace public et une meilleure connectivité entre zones d’activités, résidentielles et de loisir.

La mobilité intelligente pour un développement durable

L’enseignante assure que la réussite d’un système de mobilité intelligente implique, entre autres, la mise en place d’un système de transport intelligent (STI) grâce au recours aux TIC et la promotion des solutions numériques procurant l’information en temps réel sur les modes de transport requis (le trafic, les incidents, les travaux, sur la disponibilité de place dans les parkings intelligents), en termes de localisation et de traçabilité. Il est, également, indispensable de concevoir un système de gestion intégré des transports en exploitant les bases de données ad hoc créées (Big Data). Il faut, également, encourager la multimodalité pour les voyageurs (réalisation de la gare multimodale associant les trains, tramways, taxis et voitures particulières), créer et multiplier des parcs relais en coordination avec la société de métro, encourager le développement des transports publics et des modes verts, favoriser le report modal pour le transport des marchandises de la route vers les transports ferroviaires, proposer une articulation entre système productif et logistique pour le transport des marchandises…

Il est, donc, plus que jamais temps de cibler une mobilité intelligente pour cette ville de demain, et ce, afin de faire face à un ensemble de défis matérialisés par les émissions de CO2, l’épuisement et le renchérissement des énergies fossiles, et la résorption de la pollution atmosphérique et des bouchons (possibilité de voitures électriques). On a, également, besoin d’une mobilité se voulant aisée pour les actifs, les étudiants et ayant un retour en termes de rentabilité économique et sociale. Une promotion de l’auto-partage et du covoiturage pour réduire le nombre de voitures en circulation et leurs effets pervers (gaz à effet de serre ou GES, temps de déplacement et éliminer la congestion) est, également, recommandée pour aller vers une mobilité partagée…D’autres propositions sont possibles, à l’instar d’un contrôle plus fréquent de l’état des véhicules et de leurs émissions de GES, une permission de circulation alternée en fonction de l’immatriculation des voitures particulières pourrait être proposée et retenue, l’utilisation du vélo et lui redonner la place qu’il occupait… «Une réorganisation de l’usage de la voirie urbaine en matière de distribution de marchandises passe par un système de rotation alternée qui permettrait d’assurer une livraison silencieuse la nuit ce qui aurait pour effet de réduire la congestion au niveau de la circulation routière. Par ailleurs, il serait nécessaire à terme, pour ce qui est du transport des marchandises, de réviser les règlementations, et ce, afin de préserver notre qualité de vie et apporter notre petite contribution à la durabilité et à la sauvegarde de notre ville», affirme-t-elle.

Mais malgré la multiplicité des études, les problèmes de transport persistent et s’aggravent de plus en plus. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce constat, dont en particulier le lenteur du rythme de résolution de ces problèmes, l’insuffisance des ressources financières, l’accroissement plus rapide de la demande de transport par rapport à l’offre…  et l’absence de volonté politique nationale pour la mise en place des actions stratégiques recommandées à court, moyen et long termes pour avoir une mobilité intelligente dans la ville, basée sur l’identification des problématiques économiques, sociales et environnementales, et sur la création d’un axe primaire héliotropique comprenant les modes de transport collectif et intégrant les nouvelles technologies de suivi des performances.

Meriem KHDIMALLAH

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