Recruter des diplômés au chômage depuis plusieurs années au sein d’établissements universitaires publics et privés ne semblerait pas être la solution idoine   

Une batterie de mesures ont été prises en faveur des titulaires de doctorat. Celles-ci se veulent une réponse au problème du chômage qui mine depuis de nombreuses années la catégorie des diplômés qui comptent le plus grand nombre d’années d’études à leur compteur, à l’exception  des médecins et des ingénieurs. Rappelons que ces mesures, qui s’apparentent surtout à un plan de sauvetage, se répartissent en trois catégories: les mesures immédiates qui prévoient, entre autres, l’ouverture d’un concours national pour le recrutement de 250 maîtres-assistants au titre de l’année universitaire 2020-2021, les mesures à court terme et les mesures structurelles et stratégiques.

Celles-ci, qui attirent tout particulièrement l’attention, se basent sur l’amendement du texte réglementaire régissant la profession du chercheur, afin d’élargir ses champs d’application aux différents secteurs, la mise en œuvre de nouveaux textes réglementaires pour pouvoir créer des cellules de recherche et de développement au sein des ministères et des entreprises publiques ,et ce, dans le but de valoriser le rôle de la recherche scientifique à l’échelle nationale et sur la réalisation d’une étude stratégique sur les besoins futurs des études doctorales dans toutes les filières et les spécialités et sur l’adaptation de la formation des doctorants aux besoins de l’économie nationale et du marché de l’emploi.

Des mesures sous pression

Ces mesures, qui auraient pu être prises bien plus tôt, soulèvent la question du retard observé dans la mise en œuvre de la réforme du système de l’enseignement universitaire et de la recherche scientifique. En effet, la question que tout le monde se pose est de savoir pourquoi avoir attendu que des diplômés doctorants au chômage s’engagent dans un sit-in ouvert qui a duré plus d’un mois et qu’une crise se déclenche pour annoncer par la suite une série de mesures afin de la désamorcer, alors que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique aurait pu s’engager bien plus tôt dans l’élaboration et la mise en œuvre d’une politique nationale qui s’articule autour de la mise en place de stratégies et de mesures visant la réforme de fond en comble de la formation doctorale, afin de l’aligner  sur les besoins du marché de l’emploi et d’améliorer ainsi l’employabilité des titulaires d’un doctorat.

Stratégie de rafistolage

Cette politique aurait pour objectif également de valoriser la recherche scientifique et de renforcer son intégration dans le tissu industriel, en stimulant davantage la collaboration et le partenariat entre les universités et l’industrie qui se trouvent au point mort aujourd’hui. Les nouvelles mesures, qui ont été annoncées, répondent bien à cet objectif, notamment les mesures structurelles et stratégiques, mais elles sont pourtant loin de faire l’unanimité au sein du syndicat des doctorants au chômage qui estiment qu’il s’agit-là d’une politique de rafistolage destinée à les faire taire ,plutôt que de solutions réelles visant à remettre sur pied un système à bout de souffle. Des enseignants universitaires en exercice voient, de leur côté, d’un mauvais œil la décision de recruter des diplômés au chômage depuis plusieurs années. Cette mesure  ne semble pas être pour eux la solution idoine, dès lors que le diplôme qu’ils détiennent a perdu de sa valeur car les connaissances, et le système d’étude et de formation universitaire ne cessent d’évoluer au fil des années au sein du système universitaire. Il faudrait plutôt réfléchir à leur reconversion et leur réinsertion dans le monde professionnel.

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