Surpris, et c’est sans doute peu dire, par la façon dont la présidence de la République a choisi de célébrer la Fête de la femme, cette année.

Il y a la manière, dit la chanson. Celle-ci est mitigée, ambiguë, inattendue.

Le 13 août est une date de réjouissance, d’unité et de fierté, depuis 1956. 64 ans que les Tunisiens, d’une même voix et d’une même joie, s’honorent de l’émancipation de la femme. Un des grands acquis de la modernité.

Depuis ce 13 août 2020, spécialement, depuis le discours du Président Kaïs Saïed à Carthage, une ligne historique unanime est comme «invitée» à se rompre, néanmoins. Un doute est jeté sur l’acquis.

Une interrogation compte pour nous. Peut-être une «suspicion». Le président Kaïes Saïed a réservé l’essentiel de son discours au «rejet» de l’égalité dans l’héritage et à la critique de la procédure d’adoption du Code de statut personnel. Thèmes plausibles, mais pourquoi les soulever un jour de fête nationale, un jour de célébration et d’hommage à la femme tunisienne ? Pourquoi recevoir la femme avec les honneurs, pourquoi la décorer, la complimenter, et lui annoncer par la même, qu’elle n’est ni l’égale de l’homme dans l’héritage, ni «une bénéficiaire légitime du CSP» .

Comme rien ne pressait, comme rien n’incitait à le faire, il y avait donc raison. Empressement. Quelque volonté de sauter sur l’occasion.

Une intention de faire mal ? Non pas. Le mal n’est rien, professaient les Grecs. Mais derrière toute nuisance possible, il y a parfois une fausse interprétation du bien. Derrière le rejet de l’égalité dans l’héritage et la critique du CSP, Kaïes Saïed visait probablement « à réhabiliter en nous tous » deux de ses certitudes absolues : la suprématie du Droit et la sacralité du Coran. Bel idéal, belle intention, sauf, qu’en l’espèce et dans les deux hypothèses, l’erreur est toujours aux «aguets».

Il est peut-être juste de rappeler au «vice procédural» du Code du statut personnel il y a soixante ans, mais que de chemin, que de choses, accomplies depuis, reconnaissons! De même que rappeler à la sacralité du Coran. Jamais empiétée dans notre Histoire, dans notre tradition, mais qui ne s’est jamais opposée vraiment à l’«ijtihad». Pendant plus de douze siècles, à la relecture éclairante et progressiste des grands imams et penseurs  musulmans .L’omettre, ne pas en prendre compte,équivaut  presque toujours à se voiler la face. À baliser la voie à l’intégrisme, à la tyrannie. Le Coran s’ouvre foncièrement à l’«ijtihad». Cela a déjà pu se faire en maints sujets autrement pointus que celui de l’héritage. C’est se raidir dangereusement que se remettre à le nier aujourd’hui.

Le Président Kaïes Saïed nous a, jusque-là, habitués à l’image d’un homme intransigeant sur les droits et les institutions. Mme la professeure Sellini, ainsi que d’autres de nos éminents intellectuels, font bien de lui restituer «le rappel», de l’aider, en quelque sorte, à se raviser : le CSP a largement bâti  et mérité sa légitimité depuis Bourguiba ; quant au Coran, il emplit toujours les cœurs, et ne s’est jamais mieux porté sous nos cieux que quand ses relectures ont permis à nos peuples et à nos sociétés d’aller de l’avant.

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