Le Chef du gouvernement désigné, Hichem Mechichi, a décidé de maintenir le suspense jusqu’au bout. En annonçant un gouvernement dit indépendant et loin de toutes les couleurs politiques, il s’attendait certainement à une rude épreuve, celle des réactions et même des critiques et hostilités des partis politiques. Entre refus annoncé, soutien conditionnel et positions méfiantes, le gouvernement Mechichi est passé au crible.

Les dés sont jetés, le sort du gouvernement Mechichi sera scellé mardi prochain à l’issue de la plénière consacrée au vote de confiance pour ou contre cette formation gouvernementale. L’exercice ne passera pas comme une lettre à la poste, même si Hichem Mechichi garde l’espoir de voir son équipe passer par crainte de dissolution du Parlement. C’est dans ce contexte que la majorité des partis politiques représentés dans le Parlement ont brisé le silence pour exprimer une position quant à ce gouvernement, mais certains préfèrent aussi connaître son programme avant de trancher. Si pour certains partis la décision est prise, le parti majoritaire, Ennahdha, a décidé de laisser planer le doute et de suivre de près les rebondissements de dernière minute pour se maintenir dans une position de force qu’il a toujours cherchée.

En prenant connaissance des intentions de Hichem Mechichi pour former un gouvernement de «compétences totalement indépendantes de tous les partis politiques», Ennahdha a, dès le début, annoncé son refus clair et net à une telle alternative. Mais progressivement et au vu des derniers développements politiques, dont notamment le dévoilement de la composition gouvernementale, le parti de Rached Ghannouchi a décidé de temporiser et d’adopter une position méfiante, en dépit de nombreuses réserves émises par ses leaders. Dans des déclarations médiatiques dont une accordée à La Presse, Khalil Baroumi, membre du bureau exécutif d’Ennahdha, a affirmé dans ce sens que son parti «n’a pas encore tranché la question du vote de confiance au gouvernement et que le Conseil de la choura qui se tiendra incessamment déterminera la position définitive du parti à cet effet». Expliquant que même si Ennahdha émet des réserves sur certains noms proposés d’autant plus qu’ils ne sont pas complètement indépendants, la décision n’est pas encore prise.

Cependant, le leader très médiatisé d’Ennahdha Samir Dilou a insinué que son parti voterait pour ce gouvernement. Lui qui rappelle que le gouvernement Mechichi est celui du «fait accompli», laisse entendre, dans des déclarations médiatiques, qu’Ennandha appelle explicitement à «réviser certains noms qui posent problème».

Attayar et Echaâb ont-ils tranché ?

Contre toute attente, les réactions hostiles à ce gouvernement parviennent des deux partis Echaâb et Attayar qui ont, pourtant, toujours soutenu les choix du Président de la République, Kaïs Saïed, premier responsable de la désignation de Hichem Mechichi. Même avant l’annonce de la composition du gouvernement, le Conseil national du parti d’Attayar avait décidé de ne pas voter la confiance au gouvernement Hichem Mechichi. Dans une déclaration rendue publique à l’issue de la réunion de son conseil national tenu dimanche, Attayar avait affirmé son «engagement à jouer son rôle de supervision dans l’opposition de manière constructive et responsable», s’opposant à la mise en place d’un «gouvernement de technocrates non politique» et dénonçant le fait que Hichem Mechichi avait engagé des «concertations fictives et floues».

En réaction à cette composition gouvernementale, le leader du parti précité et actuel ministre des Domaines de l’Etat, Ghazi Chaouachi, a estimé même que ce gouvernement constitue une menace pour le processus de transition démocratique en Tunisie. «C’est un gouvernement sans programme ni identité, son passage est une menace pour la transition démocratique», a-t-il dénoncé. Et d’ajouter, dans des déclarations aux médias, que ce gouvernement n’est pas en mesure de répondre aux exigences du pays ni aux attentes des Tunisiens.

Le parti Echaâb, principal allié d’Attayar, est également mécontent des choix opérés par Hichem Mechichi. Le secrétaire général du mouvement, Zouhair Maghzaoui, a noté que son parti émet des réserves sur plusieurs noms proposés au sein du gouvernement Mechichi, ainsi que sur «la structure de l’équipe dans son ensemble». Le premier responsable de ce parti a rappelé que le Conseil national du mouvement Echaâb avait pris une position de soutien de principe au gouvernement Mechichi, « étant donné que le pays ne tolérait pas plus de vide ». Toutefois, pour ce mouvement, la décision finale n’a pas encore été décidée.

Qalb Tounès veut en finir avec Elyès Fakhfakh

Certains partis redoutent la dissolution du Parlement, ainsi le passage du gouvernement Mechichi serait, pour eux, le meilleur scénario. C’est dans ce contexte que le parti Qalb Tounès a exprimé sa position quant à la nouvelle composition gouvernementale. Oussema Khelifi, président du bloc parlementaire du parti, a appelé à donner une chance au gouvernement Mechichi rien que pour en finir avec le règne d’Elyès Fakhfakh. «Au sein du parti, nous sommes tous d’accord pour mettre un terme au gouvernement Fakhfakh visé par un conflit d’intérêts et d’aller vers un nouveau gouvernement», a-t-il affirmé. Pour lui, certes certains noms proposés font l’objet de réserves, «mais il est temps de passer à un nouveau gouvernement», rappelant que son parti était toujours en train d’étudier la liste des ministres proposés.

Pour sa part, le député de la coalition Al-Karama, Abdellatif Aloui, a laissé entendre que sa «coalition s’oriente vers la perspective de ne pas voter la confiance au gouvernement  Mechichi». «La coalition refuse le choix d’un gouvernement de technocrates», a-t-il déclaré aux journalistes, appelant à un gouvernement politique qui assume ses responsabilités.

En tout cas, si pour l’instant, ce gouvernement proposé ne fait pas l’unanimité des partis politiques, Hichem Mechichi garde en main la carte du scénario de dissolution du Parlement que de nombreux partis politiques appréhendent. Le bureau de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a décidé lors de sa réunion, mardi dernier, de tenir le 1er septembre 2020 une séance plénière pour le vote de confiance au gouvernement Hichem Mechichi. Le Chef du gouvernement désigné devrait prononcer un discours pour présenter son équipe et notamment le programme du gouvernement, une majorité absolue de 109 voix est nécessaire pour le passage du gouvernement.

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