La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) ne connaît pas ses meilleurs jours, elle s’enfonce davantage dans une situation financière précaire menaçant même son activité. Dernièrement, le dossier des lourdes dettes de la Steg envers ses fournisseurs en gaz naturel a été rouvert suite à des informations provenant de l’Algérie laissant entendre que son principal fournisseur en gaz naturel a décidé de modifier unilatéralement leur contrat suite à l’accumulation des impayés. Mais actuellement et en dépit d’une conjoncture inconfortable, la Steg conserve toutes ses capacités à produire l’électricité nécessaire aux besoins nationaux. 

Des informations ont été rapportées par plusieurs médias algériens et tunisiens laissant croire que la Steg serait sanctionnée par son principal fournisseur en gaz naturel, la société algérienne Sonatrach, ce qui menacerait même son activité et sa capacité à produire de l’électricité. Car en effet, ces sanctions auraient prévu une réduction des quantités du gaz naturel fournies dans le cadre du contrat d’achat et de vente de gaz naturel liant l’Algérie à la Tunisie jusqu’en 2027, avec possibilité d’extension de 2 ans.

Ces informations ont été immédiatement démenties par le ministère des Energies, des Mines et de la Transition énergétique. D’ailleurs, il affirme, dans un communiqué rendu public hier, qu’il n’y a actuellement «aucun problème d’approvisionnement en gaz algérien conformément aux accords en vigueur entre les deux pays, et que tout ce qui circule sur la possibilité que l’Algérie cesse de pomper du gaz vers la Tunisie est inexact», pour faire taire la polémique.

Le ministère a rappelé dans ce sens que la Tunisie avait demandé aux «frères algériens», en juin dernier, d’augmenter la quantité de gaz dont elle s’approvisionne du gazoduc traversant le sol tunisien pour compenser le déficit de production locale dû à la crise de Kamour ainsi que l’insuffisance de la production du champ de Miskar. «La coopération des frères algériens a été très positive», a-t-on insisté. Par ailleurs, indique-t-on, la Steg a également remboursé l’essentiel de ses dettes envers Sonatrach depuis la mi-août.

En effet, une source auprès de ce département nous a également affirmé que la Steg, grâce à une intervention directe de la part de l’Etat tunisien et notamment la Banque centrale, a pu régler une grande partie de ces dettes envers cette société qui fournit la majorité des besoins de la Steg en gaz naturel. Notons que le coût total de ces dettes impayées s’élèverait à 400 millions de dollars, seulement auprès de ce fournisseur.

Risque-t-on des coupures d’électricité ? 

La Steg connaît bel et bien des difficultés financières considérables, mettant à mal le bon fonctionnement de son activité. Dans un précédent article publié par notre journal, nous avons souligné la nécessité d’appuyer l’activité de cette entreprise nationale qui monopolise la production d’électricité en Tunisie. Car la Steg a été doublement sanctionnée par cette conjoncture économique nationale mais aussi par la crise dans le secteur pétrolier et gazier, puisque le blocage de production de gaz et de pétrole dans le sud tunisien prive la société d’un taux de 10% de gaz nécessaire à la production de l’électricité.

La Steg est également sanctionnée par une hausse importante des impayés de l’électricité à usage domestique. Les impayés des clients de la Steg ont atteint, au 31 mai 2020, un montant de 2,157 milliards de dinars dont 1,020 milliard de dinars (47,3%) auprès des ménages et des petits métiers, 0,43 milliard de dinars (19,9%) auprès des établissements publics et 0,38 milliard de dinars (17,8%) auprès des administrations.

Mais en dépit de cette situation certes inconfortable, une source au ministère de l’Energie, des Mines et de la Transition énergétique nous a, dans ce sens, expliqué que le blocage de production de pétrole et de gaz dans le sud du pays impacte indirectement l’activité de la Steg. On affirme même que la difficile situation financière de la Steg ne menace pas, à court terme, son activité. «Même si le blocage se poursuit dans ces sites de production, la Steg conserve pour le moment sa capacité à produire de l’électricité mais à long ou même à moyen terme, elle pourrait arrêter ou limiter sa production au vu de ses problèmes financiers, mais aussi sous l’effet de toute la conjoncture économique et de blocage de production énergétique nationale, ce qui provoquerait des interruptions d’électricité», a-t-on expliqué.

Les gouvernements tunisien et algérien avaient parvenu, rappelons-le, à un accord à long terme qui accordera à la Tunisie une réduction de 10% des achats de pétrole et de gaz du voisin algérien jusqu’en 2027. Conformément aux dispositions de cet accord, la Steg a bénéficié d’une réduction de 10% du prix d’achat de gaz algérien par rapport à l’ancien prix contractuel. Mais le renouvellement de l’accord a coïncidé avec la crise du coronavirus durant laquelle la Tunisie a été incapable de régler certains engagements envers son principal fournisseur de gaz naturel.

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