« Votre gouvernement passera, mais vous en sortirez affaibli », avertit la présidente du PDL, Abir Moussi.

En guise d’entrée en matière, le Chef du nouveau gouvernement désigné Hichem Mechichi n’a pas trouvé mieux hier que de rappeler la conjoncture socioéconomique très difficile par laquelle passe le pays, exposant à cet effet des chiffres qui font froid dans le dos en matière d’augmentation de la dette publique, de taux de chômage. Mais il a évité de s’arrêter sur les réelles raisons qui ont conduit le pays à cette banqueroute et acculé le président de la République à s’attaquer à l’origine du mal et bouder les partis politiques dans le choix d’un gouvernement de compétences indépendantes, coupant ainsi court avec une  tradition séculaire à l’hémicycle.

L’ombre de Kaïs Saïed planait hier sur l’Assemblée des représentants du peuple à travers la nouvelle équipe gouvernementale et le speech de Mechichi nous renvoyait aux propos du locataire du Palais de Carthage, notamment quand le désenchantement post-révolution des Tunisiens est évoqué.  

Drôles de mensonges sur la Toile

Les rumeurs les plus folles, et les plus drôles aussi, ont couru sur la Toile la veille de la séance plénière pour le vote de confiance au nouveau gouvernement,  conduisant à une dramatisation excessive d’une situation politique inédite, faut-il le rappeler, après de longs mois marqués par les errements, les basses combines qui ont mis à nu le visage hideux de certaines coalitions politiques, les nominations et révocations de dernière heure à l’Inlucc comme dans d’autres départements. Le double échec du gouvernent Jemli,  la démission d’Elyes Fakhfakh sur fond d’une sombre affaire de conflit d’intérêts et sa sortie par la petite porte, les tensions créées par Rached  Ghannouchi depuis sa prise de fonctions à la tête de l’ARP et tant d’autres facteurs endogènes et exogènes n’ont fait que refléter un climat politique délétère et contribué  largement à créer un vif sentiment d’écœurement à l’égard  des politiques  dont certains ont toujours eu recours aux rumeurs  pour déstabiliser l’opinion publique.

Le président de la République aurait  formulé une demande bizarroïde qui consiste à faire tomber le gouvernement de Hichem Mechichi, a déclaré le président de Qalb Tounès Nabil Karoui, en guise de réaction à sa mise à l’écart lors des concertations de dernière minute tenues par Saïed avec les représentants d’Ennahdha, Tahya Tounès, le Mouvement Echaab et le Courant démocratique. Le nom de Nadia Akacha est sacrifié à la même occasion  sur l’autel des fake news. Le mensonge est très vite relayé sur les réseaux sociaux et comme tout le monde le sait, un mensonge peut faire le tour de la terre, le temps que la vérité mette ses chaussures.

Les politiques dos au mur

Si certains députés n’ont pas manqué lors de la séance plénière d’hier de qualifier le gouvernement proposé de celui du président de la République, reléguant ainsi Hichem Mechichi au rang de Premier ministre, rien de plus, et lui ont adressé des critiques acerbes quant à son programme annoncé lors de la plénière et ses présumées volte-face face aux pressions  de Kaïs Saïed, la  perspective de la dissolution de l’ARP selon l’article 89 de la Constitution et l’organisation de nouvelles élections législatives a constitué le pire scénario envisageable.

Placés devant ce dilemme cornélien, les partis politiques composant les blocs parlementaires majoritaires ont annoncé à la veille de la séance plénière qu’ils voteront pour le nouveau gouvernement.  Ennahdha a, comme de coutume, voulu entretenir le suspense et émerger du lot pour annoncer hier à l’aube, après la tenue de son Conseil de la choura, qu’il  ne fera pas obstacle durant le vote, mais avait-il d’autres alternatives.

Que cache la réunion de l’ultime heure?

En dépit du doigt accusateur pointé hier par plusieurs députés en direction de ce que les observateurs qualifient d’ingérence présidentielle, le temps n’était pas hier aux échauffourées et la plénière s’apparentait plutôt à une séance protocolaire. Il va sans dire que l’heure est bien grave et le pays ne supporte  plus les profondes divergences qui se sont accentuées depuis novembre 2019 suite à l’échec de la mise en place d’un nouveau gouvernement et la démission d’Elyes Fakhfakh. Tous les indicateurs sont au rouge et il n’est plus question d’opter pour une fuite en avant. Un moment de répit entre les principaux rivaux politiques et de paix sociale est urgentissime. Ce nouveau gouvernement est à coup sûr celui de la dernière chance.

La réunion de dernière heure tenue entre le locataire de Carthage et les représentants de certains partis politiques gardera apparemment ses  secrets, mais il est sûr qu’elle a apporté un nouvel élément qui a contribué à garantir ou plutôt forcer le passage de ce gouvernement, d’autant plus que  Kaïes Saïed a confirmé, au terme de cette réunion, qu’il n’est plus question d’introduire n’importe quelle modification à ce gouvernement après la séance de vote. Le message du Président de la République a été clair mais il faut aussi que ce dernier n’outrepasse pas ses prérogatives fixées par la constitution, comme lui ont lancé hier certains députés. «On ne vous a pas accordé notre confiance, on vous a  accordé nos voix», a souligné le député nahdhaoui Samir Dilou, au moment de son intervention d’hier. «Votre gouvernement passera,  mais vous en sortirez affaibli», a averti de son côté la présidente du PDL, Abir Moussi.

Pour le gouvernement Mechichi, c’est l’heure d’aller au charbon.

 

crédit photo : © Salma Guizani
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