Entre les deux hommes, c’est la rupture totale, une situation qui ne cesse d’envenimer le paysage politique, alors que l’heure est à l’unité nationale. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Où réside exactement le mal et qui pourrait mettre fin à un conflit qui s’annonce interminable ?

D’une crise politique à une crise institutionnelle mettant à mal les relations entretenues entre les différents pouvoirs, la scène nationale se trouve encore une fois au cœur de la tempête. Et pour cause, une vive tension interminable qui s’est installée au sein du paysage politique marquée notamment par des différends opposant certains partis au président de la République dont le principal projet politique étant, selon les observateurs, de réduire l’hégémonie des partis politiques exercée depuis la révolution sur les différents pouvoirs.

Ces derniers moments politiques ayant conduit Hichem Mechichi à La Kasbah ont confirmé ce constat : la crise est si profonde entre l’institution de la présidence et certains partis que le confit est annoncé au grand public même dans ses plus petits détails. Cet épisode de flambée de tension s’illustre notamment par un affrontement déclaré entre le président de la République et le chef et fondateur du parti Qalb Tounès, Nabil Karoui. Hostilités, échanges d’accusations, messages et menaces implicites entre les deux hommes : la guerre est déclarée. Où va-t-on ? Où réside le conflit ? S’agit-il des effets de rancune et de conflits qui remontent à la période électorale ? En tout cas, une telle situation ne peut qu’envenimer davantage le paysage politique alors que l’heure doit être à l’unité nationale.

La situation est telle que Nabil Karoui, dont le parti Qalb Tounès mène une campagne médiatique contre le président de la République, est allé jusqu’à menacer par la carte de retrait de confiance au Chef de l’Etat, s’appuyant sur son alliance avec le mouvement Ennahdha dont les relations avec Kaïs Saïed ne sont pas également au beau fixe. «Retirer la confiance au Président de la République est une question possible constitutionnellement», affirme Nabil Karoui, avant d’expliquer que «nous sommes loin de cela et nous réclamons que le président remplisse son fauteuil, nous voulons voir une équipe intégrée de conseillers à la présidence de la République». Ce magnat des médias fraichement reconverti en homme politique a même accusé le Président de la République d’avoir manigancé un plan pour tuer dans l’œuf le gouvernement Mechichi.

Les réponses du président de la République n’ont pas tardé. Dans un discours incendiaire et inédit donné à l’occasion de la prestation de serment des nouveaux membres du gouvernement, le locataire de Carthage a tiré à boulets rouges sur ceux qui, «en plus du mensonge et de la calomnie, prétendent être des connaisseurs». Choisissant de répondre à sa manière et sans citer Nabil Karoui, le Président de la République a menacé de dévoiler toutes les vérités au peuple tunisien, notamment concernant «ceux qui se sont jetés dans les bras du sionisme et du colonialisme».

Aux origines du conflit

S’agit-il en effet des répercussions de la campagne présidentielle de 2019 tendue entre les deux hommes ? L’analyste politique et écrivain Slaheddine Jourchi estime que cette période électorale a bel et bien impacté les relations entre Kaïs Saïed et Nabil Karoui. «Il ne faut pas oublier le contexte de cette campagne électorale ayant opposé les deux hommes, les relations personnelles entre eux en ont été lourdement impactées», explique-t-il à La Presse.

Au fait, la relation entre Kaïs Saïed et Nabil Karoui n’a jamais été amicale. Les deux hommes ne semblent pas avoir dépassé les différends et les conflits de la campagne électorale ayant conduit Kaïs Saïed au Palais de Carthage. D’ailleurs, Nabil Karoui n’a été reçu à Carthage qu’une seule fois, dans le cadre de consultations protocolaires avec les forces politiques au lendemain de son ascension au pouvoir. Depuis, Nabil Karoui et son parti ont été exclus de toutes les réunions à Carthage. D’ailleurs récemment, à la veille du vote de confiance, aucun représentant de ce parti n’a été invité à la réunion du président de la République avec les chefs des partis politiques. A cet effet, Slaheddine Jourchi rappelle également que le parti Qalb Tounès conteste son exclusion de la formation du gouvernement Fakhfakh et semble exprimer cela par une campagne menée contre le président de la République. «Je pense que c’est une question de représentation, pour Kaïs Saïed le parti Qalb Tounès pourrait représenter la corruption, et pour ce parti, le chef de l’Etat est synonyme d’exclusion», a-t-il affirmé. Or, ajoute-t-il, «en politique, les relations sont bâties sur la base de l’intérêt général de l’Etat et non pas sur celle des appréciations et considérations personnelles et individuelles». Dans ce sillage, Jourchi estime que si le président de la République, en tant que rassembleur, invite Nabil Karoui au Palais de Carthage, une telle réunion pourrait apaiser toute la tension dans le paysage politique tunisien.

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Un commentaire

  1. takilas

    05/09/2020 à 20:49

    Unité nationale ? Sans nahdha impérativement.

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