Les négociations se limitent actuellement aux critères et principes généraux et l’accord prendra en considération les écarts de développement entre les deux parties

Prenant part au rassemblement organisé par l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche à l’occasion de la célébration de la Journée nationale de l’agriculture et de la pêche et du 55e anniversaire de l’évacuation agricole, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, s’est clairement prononcé sur la signature de l’Accord de libre-échange complet et approfondi avec l’Union européenne (Aleca). Pour lui, aucun accord ne sera signé sans que la Tunisie, ou l’agriculteur tunisien, n’en tirent profit.

« Trop d’incertitudes et de rumeurs planent autour cet accord », a souligné le chef du gouvernement dans son discours prononcé à cette occasion, affirmant qu’en effet, si la Tunisie, l’agriculteur tunisien, le secteur agricole et les autres secteurs concernés ne sortent pas gagnants de l’Aleca, il ne sera jamais signé. « Nous sommes dans les premières phases de négociations portant sur les grands principes, aucune première version n’a été présentée. Cet accord ne passera pas si la Tunisie n’en sort pas gagnante », a-t-il insisté, affirmant que cet accord sera signé seulement si tous les secteurs concernés, en particulier l’agriculture, sont mis à niveau et acquièrent la compétitivité nécessaire.

Si le chef du gouvernement a tenu à se prononcer sur cet accord, c’est parce que l’Aleca était au cœur de ce rassemblement organisé, hier, par l’Utap. Déjà, à l’entrée du Palais des Congrès de Tunis, lieu de cet événement, des banderoles hostiles à cet accord ont été affichées, dénonçant une nouvelle forme d’occupation. Dans ce sens, Abdelmajid Ezzar, président de l’Utap, a réitéré son refus de la signature de l’Aleca sous sa forme actuelle, affirmant que l’Union envisage une initiative pour rassembler toutes les forces de la société civile et des organisations nationales pour faire pression contre sa signature. « La signature de l’Aleca signifiera la destruction du secteur agricole tunisien, nous refusons avec insistance cet accord sous sa forme actuelle.  La réhabilitation du secteur agricole doit constituer une priorité nationale avant de réfléchir  au dossier du partenariat avec l’Union européenne », a-t-il précisé.

Même son de cloche chez Samir Majoul, président de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, (Utica), qui a appelé à la réhabilitation de tous les secteurs concernés avant la signature de cet accord. « Il est plus que nécessaire d’exiger une période de réhabilitation des secteurs concernés avant de procéder à la signature de cet accord », a-t-il tenu à préciser.

De bons indicateurs

Sur un autre plan, le chef du gouvernement a fait part de l’existence d’indicateurs positifs concernant les investissements agricoles privés et étatiques, ce qui résulte, selon ses dires, de la nouvelle loi sur l’investissement promulguée en 2017. « Depuis la promulgation de cette loi, 17 mille opérations d’investissement agricole ont été recensées,  et depuis le début de l’année, les investissements agricoles ont atteint 54 millions de dinars », a-t-il indiqué, se félicitant de la multiplication du nombre de projets agricoles qui misent sur la nouvelle technologie et l’énergie solaire. Le chef du gouvernement a annoncé également que, conscient des défis de la rareté des ressources en eau, le gouvernement a appuyé les projets hydrauliques en leur accordant la priorité de financement, affirmant que l’Etat est en train de réformer les textes législatif portant sur les ressources hydriques. Youssef Chahed a en outre souligné l’importance de la stratégie consistant à faire valoir et exploiter les terres domaniales en les mettant à la disposition des diplômés chômeurs, rappelant que pas moins de 10.000 hectares de terres domaniales non structurées ont été octroyées à des diplômés chômeurs et autres afin qu’ils les exploitent.

Il a également rappelé que son gouvernement a déjà pris plusieurs mesures pour promouvoir le secteur agricole et la pêche et ce en augmentant le prix du lait et des céréales au niveau de la production, outre la création d’un fonds pour lutter contre les changements climatiques et les catastrophes naturelles et l’augmentation des subventions destinées aux opérations d’irrigation, notamment dans les zones sèches. Evoquant le secteur de la pêche, Chahed a également annoncé que son gouvernement est en train d’étudier la mise en place d’un système de protection sociale, notamment pour les jeunes pêcheurs.  

Pour une révolution agricole

Pour sa part, Abdelmajid Ezzar, président de l’Utap, a déploré l’état des secteurs de l’agriculture et de la pêche en Tunisie, faisant part d’innombrables problèmes structurels, touchant notamment la dégradation de la production, le manque d’investissements agricoles, l’augmentation des coûts de production, la défaillance des mécanismes de contrôle, les changements climatiques… appelant à adopter une vision claire et une approche participative au profit de  ces secteurs. « Nous espérons une réelle révolution agricole qui mettra fin aux formes de discrimination dont souffre l’agriculture tunisienne. Bien qu’elle soit un secteur vital, l’agriculture ne bénéficie pas d’une vision et d’une stratégie claire », a-t-il estimé.

Ezzar a également fait part de son inquiétude concernant les produits agricoles importés, « ce qui nuit considérablement aux réserves nationales en matière de devises », appelant le gouvernement à réviser sa politique sur ce plan et à appuyer les exportations agricoles.

Il a également appelé à une étude nationale pour recenser et identifier les terres délaissées en vue de les exploiter dans des projets agricoles en les incluant dans les cercles de production, ce qui pourrait constituer une solution de plus pour ce secteur. Le président de l’Utap a finit par transmettre un message aux agriculteurs et pêcheurs tunisiens, les incitant à faire réussir les prochaines élections législative et présidentielle en choisissant des représentants qui peuvent apporter des solutions à leurs secteurs.

Présent également lors de ce rassemblement tenu à l’occasion du 55e anniversaire de l’évacuation agricole, Samir Taieb, ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, a exposé les projets de son département en vue de promouvoir les secteurs de l’agriculture et de la pêche,  axés sur plusieurs volets dont notamment la maîtrise des ressources en eau, l’exploitation des terres domaniales, l’adaptation aux changements climatiques,  la promotion de la production…

Notons-le, la Tunisie célèbre chaque 12 mai l’anniversaire de la fête de l’évacuation agricole qui constitue l’une des principales étapes de l’Histoire de la Tunisie, après l’indépendance, lorsque le nouvel Etat tunisien indépendant a nationalisé, en 1963, les terres qui étaient entre les mains  des colons français.

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