D’après M. Moez Hammami, Chief executive officer (CEO) de « Quantylix », le début de la deuxième vague du Covid-19 coïncide avec une contamination locale non identifiée.

La seconde vague du  Covid-19, qui semble fondre sur la Tunisie, serait-elle plus grave que la première ? Est-ce que l’absence du confinement est dangereuse ? Quels sont les scénarios possibles pour cette seconde vague ? Combien de décès pourrions-nous enregistrer ? Autant de questions auxquelles M. Moez Hammami, CEO  de « Quantylix », essaie d’apporter des réponses afin d’avoir une projection de la seconde vague du Covid-19 en Tunisie.

Le 24 juillet reste une date sensible

Lors de son passage mardi sur les ondes d’une radio locale pour parler de l’étude de « Quantylix » sur l’évolution de la seconde vague du Covid-19 en Tunisie, M. Moez Hammami a indiqué que le début de la deuxième vague coïncide avec le fait d’avoir décelé une contamination locale non identifiée. « A partir de la fin de la première vague et jusqu’au  24 juillet 2020, on a enregistré zéro cas local, dont la source n’est pas identifiée…Jusqu’à cette date, on avait des cas venus de l’extérieur, c’est-à-dire importés et qui ne sont pas dangereux en soi, parce qu’ils sont bien identifiés et on peut, donc, les isoler… Même si on avait 10.000 cas importés et isolés, la situation reste toujours maîtrisable et il n’y a aucun souci. Mais tout cela a changé lorsqu’on a enregistré un cas local, dont la source de contamination est non identifiée. A cet égard, le 24 juillet 2020 marque le début de la seconde vague du Covid-19 avec l’enregistrement d’une contamination locale non identifiée. C’est le point de départ de  la seconde vague », a-t-il expliqué.

Par comparaison avec la première vague, M. Hammami a affirmé que les gens ont peur de la deuxième vague plus que de la première, dans le sens où nous sommes en train d’avoir des chiffres ‘’différents’’ qui reflètent l’évolution de la situation épidémiologique du Covid-19 en Tunisie. Aujourd’hui, on entend parler de 200 cas par jour, alors que pendant la première vague, le maximum était de 100 cas annoncés par jour. En outre, depuis l’ouverture des frontières, le 27 juin dernier, la Tunisie a enregistré plus de 3.000 cas confirmés de coronavirus, dont 44 décès, alors que pendant la première , on n’a pas dépassé les 1.000 cas. « Certes, les gens ont raison d’avoir peur, mais il ne faut pas s’affoler du nombre des cas, car pendant la première vague, le nombre des cas déclarés en Tunisie était sous-estimé. Le gouvernement a mis en place une stratégie de test qui ne permet pas de reconnaître le plus grand nombre de personnes infectées, puisqu’on n’a testé que les gens qui sont dans une situation de santé préoccupante ou qui sont venus de l’étranger. Donc, pendant cette période, on était en train de ne tester que le haut de la pyramide. Aujourd’hui, cette stratégie a été modifiée et on a agrandi la base des tests et, donc, automatiquement, on va avoir plus de cas», a-t-il souligné.

Où allons-nous ?

M. Hammami a précisé que, pour identifier les scénarios possibles pour cette seconde vague, deux éléments importants devraient être pris en considération : l’évolution de la vitesse de propagation de la pandémie et l’évolution dans le temps du nombre de décès en Tunisie. « Pendant la première vague, on avait le luxe d’avoir un confinement sanitaire total. Ce freinage ABS a permis de minimiser et de maîtriser la vitesse de la propagation du virus et donc de renforcer le sentiment de sécurité chez le citoyen. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, car on ne peut plus se permettre d’arrêter tout le système et de décréter un second confinement. Tout au long de cette deuxième vague, ce freinage va dépendre des personnes et de leur comportement…Il faut apprendre à vivre avec… Il faut prendre et respecter toutes les précautions nécessaires : distanciation  sociale, le port du masque (le porter correctement), se laver les mains régulièrement…Ces trois critères sont importants pour freiner la propagation de la pandémie », a-t-il souligné.

Il a ajouté que, selon la vitesse de propagation, on peut avoir trois scénarios possibles et plausibles : le premier correct (vert), le deuxième mauvais (oranger) et le troisième très mauvais (rouge). Plus la vitesse de freinage est faible, plus la durée de la pandémie va être plus longue. Si le dimanche 13 septembre, on n’a pas dépassé les 70 décès, on va considérer que la vitesse de propagation du virus est en baisse, que la situation sanitaire est maîtrisée et qu’on est sur le bon chemin. Donc, d’ici au 13 septembre, si on ne dépasse pas les 4 morts par jour, on est dans un scénario qui est ‘’correct’’, bon et vert. Pour le deuxième scénario, si le dimanche 13 septembre, on enregistre entre 70 et 75 décès, on est dans un scénario ‘’mauvais’’ avec une vitesse de propagation du virus stable,  alors que si on dépasse les 75 décès, avec une vitesse de propagation du virus en hausse, on est dans un scénario ‘’très mauvais’’.

Graphique

« Si nous ne dépassons pas les 70 décès d’ici au 13 septembre, tout en sachant que nous sommes arrivés à 44 décès jusqu’au mardi  8 septembre, nous pouvons considérer que la vitesse de propagation du virus est maîtrisée et que nous sommes sur le bon chemin. Mais il est important de souligner qu’aujourd’hui, nous sommes dans un état où les contaminations sont dans des clusters (familiaux, dans des usines…). Mais si ça va se propager davantage en dehors de ces clusters, ça va être plus compliqué à isoler ces cas et, donc, la propagation va être plus forte. Donc, si on va dans un sens ou dans un autre, il faut réagir en fonction de la situation…», a affirmé M. Hammami.

A quand la fin de l’épidémie ?

Pour le scénario vert, M. Hammami estime qu’on peut terminer cette deuxième vague vers la fin du mois d’octobre 2020, avec une moyenne de 150 décès, alors que le pic est prévu vers le 12 septembre. Pour le deuxième scénario, on peut atteindre jusqu’à 250 décès et la fin de la vague est prévue vers mi-novembre avec un pic  le 14 septembre. Finalement pour le scénario rouge, il a indiqué qu’on peut dépasser les 430 décès et que la fin de la vague est prévue pour la fin de décembre 2020, alors que le pic est prévu pour le 19 septembre. « A mon avis, le pic n’est pas le point le plus important, car on le connaît après l’avoir dépassé. Ce qui signifie qu’on est arrivé à une phase où la propagation n’est plus à la hausse et qu’on va entamer la phase de la baisse qui va perdurer généralement plus que la phase de la hausse. Du coup, il ne faut pas trop se focaliser sur le pic », a-t-il souligné. M. Hammami a ajouté que ces scénarios dépendent des décisions gouvernementales et il invite les autorités à revoir leur classification des pays pour éviter le pire. « Il est impérativement urgent d’arrêter de faire une classification des pays à risques d’une façon «politique» et de la faire réellement «scientifiquement’’», a-t-il affirmé.

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