Le spectacle est garanti entre deux formations maghrébines historiques dont les palmarès constituent une véritable fierté pour l’une comme pour l’autre.
Bien sûr, pour les deux équipes en présence, les choses ne sont pas aussi faciles à dire qu’à faire. Pour espérer garder son trophée, l’Espérance Sportive de Tunis sait fort bien qu’elle aura affaire à un grand d’Afrique. Une équipe marocaine qui a fait ses preuves et qui a attendu, dans la douleur de la phase de qualification ce tour ultime. En plus de cette attente, les Marocains ont, en fin de compte, tout misé sur cette phase finale pour remporter le titre le plus envié du continent. Ils ont considérablement renforcé leurs rangs et ont surtout misé sur l’expérience du vieux briscard qu’est Faouzi Benzarti.
Un homme qui bénéficie de la confiance de ses joueurs en dépit de son caractère quelque peu rugueux et de ses dirigeants. Les deux parties sont, en effet, d’accord pour ce choix qui se répercute sur le moral des joueurs et sur le fol espoir que nourrissent des dirigeants, qui ont déployé de grands moyens pour que la conquête se concrétise.

Le juste milieu
Tout au long de la phase éliminatoire, nous avons vu évoluer les deux équipes. Elles évoluent d’ailleurs dans des volets différents, mais chacune maîtrise convenablement le style de jeu adopté, parce que imposé par les deux entraîneurs. Il n’en demeure pas moins que sur le plan du réalisme et de la fougue maîtrisée, les deux adversaires se valent.
La discipline règne sur le terrain et l’application des consignes a permis aux deux formations de s’en sortir lorsque les choses paraissaient bien compromises. C’est, d’ailleurs, cette maîtrise des nerfs qui a permis cet aboutissement. Il n’y a que de se souvenir de la pression subie face aux Congolais qui ont tout fait sur le terrain, sauf pouvoir marquer. Dans les rangs de l’Espérance, il y avait certes la présence d’un grand gardien en pleine possession de ses moyens, mais le dispositif mis en place pour contrecarrer cette furia a été bon. Les nerfs n’ont pas lâché et la concentration a été totale.
Dans ce duel à deux épisodes, les deux équipes seront donc, forcément, dans l’obligation de trouver le juste milieu entre la rigueur, le savoir-faire, la malice et la concentration.
Et c’est pour cela que, parallèlement à l’évolution des deux équipes sur le terrain, tous les observateurs se demandent ce que sera le duel entre les deux entraîneurs. Deux techniciens qui ont travaillé (et réussi) côte à côte et qui ont démontré que leur «boîte à malices» était encore bien fournie.

Plein de joueurs fétiches
Dans ce genre de rencontres, en effet, tout peut changer en une seconde. Au moment où on s’y attend le moins, sous l’effet d’un tour de main qui s’avère décisif.
Au sein des deux formations, nous relevons la présence d’éléments rompus aux grandes manœuvres, à la faveur des chevauchées entre jungle et steppes arides, et qui ont appris ce que représente la pression dans un match à haute intensité, où on risque de payer une erreur cash.
C’est dire que c’est à ce niveau que la rencontre risquera de basculer d’un côté ou de l’autre, sous la poussée des joueurs fétiches qui garnissent aussi bien l’Espérance que le Widad.
Les Marocains sont réputés très bons tripoteurs de balles. Leur technique raffinée, leur sens du jeu et leur «grinta» les ont sauvés tout au long de leur parcours. Il faudrait aussi relever que la présence de Benzarti les a aidés à reprendre en main des situations difficiles et que le bagout de cet entraîneur les a poussés à fond pour arriver à cette phase finale de la compétition. Une compétition qui était en fait leur objectif, mais qui les met en présence d’un tenant qui sait qu’il ne lui reste qu’un pas à faire pour garder son titre et continuer à vivre son rêve au-dessus de ce nuage centenaire qui semble tenir toutes ses promesses.

Le poids de l’expérience
L’Espérance, parfois, n’est peut-être pas convaincante. Elle donne l’impression de se chercher, mais ses réveils brusques et sa mobilisation collective sont impressionnants. Elle sait, elle a appris à laisser passer l’orage pour attendre le bon moment pour sortir de sa coquille et faire douter ses adversaires. Elle sait aussi, et c’est extrêmement important dans ces finales, attendre tout en observant ses adversaires. Son entraîneur a jusque-là réussi à diriger ses troupes tout en donnant les consignes qu’il fallait pour ne jamais se faire déborder.
Une qualité qui vaut son pesant d’or dans des rencontres de ce genre, où il ne suffit pas de monopoliser la balle ou de multiplier les assauts pour s’en sortir. L’Espérance a plié dans bon nombre de ses rencontres, mais n’a jamais rompu cet équilibre entre ses lignes qui fait en fait sa force. La richesse de son effectif et la bonne utilisation de ses disponibilités humaines, la bonne concentration de ses éléments clefs, l’excellente ambiance générale qui règne au sein de toute l’Association lui ont régulièrement ouvert le chemin pour poursuivre son rêve : remporter deux fois de suite, garder, son trophée. Un bien qu’elle a conquis de haute lutte et qui lui a insufflé le courage, l’obstination pour s’imposer et arriver à ce stade.
Mais indépendamment de tous ces pronostics et estimations, nous pensons que les deux déclarations de Klopp, l’entraîneur des Reds après l’exploit de Liverpool, face au Barça «les joueurs ont fait ce qu’il y avait à faire. Ce sont des géants du point de vue de la mentalité» et celle de Mourinho «il ne s’agit pas de tactique, ni de philosophie, mais de cœur et d’âme», sont des sources d’inspiration pour les joueurs qui sont, depuis des semaines, soumis à un rythme d’enfer.

Dans quelle ambiance ?
Reste l’ambiance dans laquelle se dérouleront ces deux rencontres et la façon dont elles seront dirigées. Avec la fraîche expérience vécue par le CSS en terre marocaine, il est à craindre que des contestations viennent ternir cette phase finale. Il est donc à souhaiter que les différentes parties prenantes prennent les dispositions qui s’imposent pour que le champion futur le soit avec fierté et honneur.
Nos frères marocains sont capables de prévenir ces regrettables débordements du public. La CAF est en mesure de s’éviter les reproches, en donnant des consignes fermes et énergiques pour que le meilleur le soit de manière effective, sans jeu de coulisses ni tour de passe-passe.
Encore faut-il que les uns et les autres veuillent bien s’investir pour l’honneur du football africain, mis à mal par le comportement répréhensible d’un certain nombre d’arbitres qui ont manifestement agi sur les résultats d’un bon nombre de matches.

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