Les enseignants et les parents ne peuvent s’empêcher de s’inquiéter face à la hausse du nombre de contaminations observées dans de nombreuses villes et régions

La rentrée scolaire s’annonce difficile à plus d’un titre, notamment dans les villes et régions  où un nombre élevé de contaminations a été observé et où, chaque jour, de nouveaux cas sont testés positifs. La veille, des réunions se sont tenues avec les parents et le cadre éducatif pour mettre l’accent sur le respect du protocole sanitaire afin d’éviter que le virus ne se propage au sein du milieu scolaire.

Toutefois, instituteurs et enseignants craignent non seulement que le protocole sanitaire ne soit pas respecté au sein des établissements éducatifs, notamment en milieu rural, à cause du laisser-aller des élèves et des moyens financiers modestes mais, par ailleurs, la mise en œuvre des nouvelles mesures décrétées par le ministère de l’Education risque de compliquer la tâche des enseignants. Enseignante dans un collège situé dans le sud du gouvernorat de Médenine, H.H appréhende, en effet, les répercussions négatives que pourrait avoir éventuellement l’application du protocole sanitaire sur le bon déroulement de l’année scolaire.

Allègement du temps de présence

Tout en reconnaissant l’importance de veiller scrupuleusement à l’application de la stratégie de lutte contre le coronavirus dans les établissements scolaires pour protéger les enfants qui peuvent être des vecteurs de transmission, cette jeune professeur d’anglais redoute, toutefois, que la mesure adoptée pour éviter les regroupements et la promiscuité entre les élèves, à savoir l’enseignement par alternance et qui devra se traduire par un allègement du temps de présence et du nombre d’heures de cours pour les élèves, ne puisse pas permettre aux enseignants d’achever le programme.

«L’application de cette mesure permettra sûrement de renforcer la protection des élèves  qui vont assister aux cours, par groupes et par alternance, soit un jour sur deux, mais cela va poser un véritable casse-tête pour nous en ce qui concerne le programme, observe l’enseignante. Nous avons six semaines pour achever le programme du troisième trimestre de l’année passée avant de démarrer le programme de cette nouvelle année scolaire. Même si les vacances ont été raccourcies et l’année scolaire rallongée, je pense qu’avec cette obligation de terminer le programme du troisième trimestre de l’année dernière, nous allons prendre un peu de retard sur le programme de cette année. Le ministère de l’Education a bien évoqué l’éventualité d’alléger le programme. Ils reste que nous, enseignants, sommes confrontés au défi de terminer le programme cette année et la tâche ne sera pas facile». 

Les mesures barrières ont un coût

Par ailleurs,  selon l’enseignante, même si le ministère de l’Education cherche à se montrer intransigeant quant à la mise en œuvre du protocole sanitaire dans les établissements scolaires en débloquant et en mobilisant les ressources humaines et financières nécessaires, l’application de ce dernier dans les établissements scolaires ruraux pose problème au vu non seulement des moyens financiers qu’il nécessite mais également de l’état de l’infrastructure de base de certains établissements qui ne disposent non seulement pas d’eau courante mais dont les sanitaires sont, par ailleurs,  en très mauvais état. 

La mise en œuvre du protocole sanitaire implique, en effet, de procurer tout au long de l’année scolaire, des centaines, voire des milliers de masques de protection aux élèves, au personnel éducatif et administratif outre les gels hydro-alcooliques, les produits d’hygiène et de nettoyage (javel….) ce qui va impacter automatiquement sur le budget du ministère. D’où l’importance de l’implication des communes et des associations bénévoles qui sont appelées à appuyer les efforts du ministère de tutelle en fournissant gels hydro-alcooliques, masques, produits désinfectants aux établissements éducatifs qui n’en ont pas reçu, notamment en milieu rural. Le tissu associatif a commencé à s’activer dans ce sens, à l’instar d’une association qui a fourni, la semaine dernière, des équipements de protection à une école primaire de la délégation de Midoun. Il reste que, jusqu’ici, le nombre d’associations qui se sont mobilisées dans le cadre de la lutte contre le coronavirus est  encore faible. 

D’un autre côté, afin qu’elle soit efficace, la stratégie de lutte contre le coronavirus en milieu scolaire nécessite une intervention multidisciplinaire. Car protéger les enfants dans les établissements scolaires en veillant au respect des consignes barrières n’est pas suffisant. Pour freiner la propagation de l’épidémie et éviter que le virus ne se propage au sein des élèves  et des étudiants, le protocole sanitaire doit être scrupuleusement respecté au sein des moyens de transport en commun tout au long de l’année scolaire.

Situation alarmante

Or, les bus et les métros sont bondés aux heures de pointe sans qu’aucun agent ne veille ni au respect de la distanciation sociale ni au port de la bavette par les usagers à bord de ces moyens de transport. Cette situation risque d’empirer au cours de l’année scolaire dès lors que des centaines, voire des milliers d’élèves, empruntent tous les jours soit le bus soit le métro pour se rendre à leur établissement scolaire. Au vu de la situation alarmante et de la hausse quotidienne du nombre de contaminations qui coïncide avec le début de la rentrée scolaire, le ministère du Transport a-t-il veillé à l’augmentation de la fréquence des dessertes? Alors que les agents de la Transtu menacent de faire grève, cette mesure s’impose notamment dans des régions où plusieurs foyers de contamination ont été observés à l’instar de Ben Arous ou El Hamma.

Dans cette ville du sud de la Tunisie, l’inquiétude est perceptible chez le cadre éducatif qui craint un rebond des contaminations avec le retour des élèves à l’école. Dans l’école primaire «El Kasr» qui compte près de 700 écoliers, la direction a organisé, la veille de la rentrée, une réunion avec les parents d’élèves  pour les sensibiliser à l’importance du respect des mesures barrières. « Nous nous inquiétons car il est difficile d’empêcher les effusions chez des écoliers qui ne se sont pas vus depuis plusieurs mois, a relevé S.B, une institutrice de l’établissement  qui enseigne la deuxième et la troisième années de base. Le problème ce n’est pas eux car pour l’heure aucun cas grave n’a été détecté chez des enfants en bas âge.

Mais, ils sont, par contre, des vecteurs de transmission et ils peuvent contaminer les adultes et les personnes âgées. Au niveau de l’école, une mesure va être déjà être difficile à appliquer, à savoir celle de la prise de température car on compte sept cents élèves dans cet établissement. Une nouvelle mesure que nous devrons appliquer cette année dans le cadre du protocole sanitaire est, toutefois, rassurante, à savoir celle de l’enseignement par groupes et par alternance. Nous n’aurons plus des classes de 34 écoliers mais des classes de 17 écoliers.

Par ailleurs, pour éviter les pauses récréation entre les cours, il a été décidé de répartir les heures de cours entre les matinées et les après-midis. Les écoliers n’étudieront plus quatre heures à la file avec une pause récré. Afin d’éviter cette pause récré, ils auront deux heures au cours  la matinée puis rentreront chez eux et reviendront ensuite l’après-midi pour suivre deux autres heures de cours. Le seul hic concerne le rattrapage du programme du troisième trimestre de l’année passée. En ce qui me concerne, je n’ai aucune idée sur le programme de la première année de base, mais je reviendrai sûrement sur les chapitres les plus importants». 

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