Conformément à un calendrier exceptionnel, nos élèves regagnent progressivement, à partir d’aujourd’hui, les bancs des écoles dans des conditions sanitaires redoutables. Alors que la propagation du coronavirus connaît en Tunisie un rebond inquiétant depuis la réouverture des frontières, pour certains la reprise des cours n’est qu’un choix hasardeux qui reste tributaire de la capacité du ministère de l’Education à appliquer un protocole sanitaire rigoureux en dépit des infrastructures défaillantes des établissements éducatifs. Mais pour les autorités, les élèves doivent pleinement bénéficier de leur droit à l’éducation. 

Nouveau calendrier, prolongation de l’année scolaire et raccourcissement des vacances, retour progressif aux bancs des écoles et protocole sanitaire imposé, la batterie de mesures prises par le ministère de l’Education, en coordination avec les différents autres départements, le ministère de la Santé en particulier, n’ont pas pour autant rassuré les parents, comme les syndicats de l’enseignement. Mais pour les autorités, il est  hors de question de reporter l’année scolaire et de priver les élèves de leur droit à l’éducation, c’est en tout cas ce que ne cessent de répéter les différents responsables des ministères de la Santé et de l’Education.

L’enjeu étant donc de réussir une rentrée scolaire risquée et qui intervient dans des conditions sanitaires exceptionnelles, d’autant plus que la Tunisie ne cesse d’enregistrer de nouveaux cas de contamination et de décès causés par le coronavirus. Sous le couvert de l’anonymat, un responsable syndical à la Fédération générale de l’enseignement a affirmé à notre journal qu’en effet, cette rentrée s’annonce sous haut risque, notamment compte tenu de la situation défaillante des infrastructures des établissements éducatifs, surtout à l’intérieur du pays et même dans certains quartiers de la capitale. « On s’attend à une situation catastrophique dans les zones intérieures du pays où les moindres produits nécessaires pour lutter contre ce virus ne sont pas disponibles, de nombreuses écoles sont même privées d’eau potable », explique-t-il, pour faire état de conditions lamentables dans nos établissements éducatifs ce qui risque d’aggraver la situation sanitaire.

D’ailleurs, c’est dans ce cadre que le Chef du gouvernement, Hichem Mechichi a multiplié, récemment, les visites dans des établissements éducatifs pour s’enquérir des préparatifs en prévision de cette rentrée, mais la surprise était mauvaise. En effet, Hichem Mechichi s’est rendu, dimanche dernier, dans plusieurs établissements scolaires de la capitale et des gouvernorats de Ben Arours et de Zaghouan, où il a constaté un nombre d’insuffisances qui, selon lui, ne sont pas «à l’image de la Tunisie de 2020». «Il est inadmissible aujourd’hui qu’un élève n’ait plus accès aux nécessités les plus élémentaires au sein de son établissement à l’instar de l’eau courante et des sanitaires», a-t-il déclaré. Et d’ajouter que «l’école publique doit retrouver son véritable rôle d’ascenseur social», soulignant que son gouvernement est résolu à redonner à l’institution publique ses titres de noblesse, en redoublant d’efforts pour remédier à ces défaillances.

Difficile accès à l’eau

Une simple observation des écoles, même dans certains quartiers du Grand Tunis, offre un révélateur aussi bien de l’état des infrastructures défaillantes mais aussi de celui des équipements, même en ce qui concerne les besoins de première nécessité. En effet, l’accès à l’eau potable pose encore et toujours des problèmes dans les établissements éducatifs, notamment à l’intérieur du pays. La situation est telle que le ministère de l’Education, en coordination avec d’autres départements, procédera à la mise en place de citernes d’eau dans certains établissements éducatifs. Le chargé de communication au ministère de l’Education, Mohamed Haj Taieb, avait révélé, dans ce sens que 461 écoles et lycées n’ont pas accès à l’eau potable dans différents gouvernorats. En effet, pour remédier à la situation, le ministère envisage de procéder à l’installation de citernes d’eau. C’est en tout cas ce qu’a affirmé récemment le ministre de la Santé Faouzi Mehdi, en annonçant que 300 citernes d’eau seront installées dans les établissements éducatifs privés d’eau.

Cette situation n’est pas sans conséquence sur l’état psychologique des élèves mais aussi de leurs parents. Ces derniers s’inquiètent quant au sort d’une rentrée scolaire qui s’annonce sous haut risque, ce qui a poussé les différents syndicats à menacer même de la boycotter avant de parvenir à un accord avec le ministère concerné. D’ailleurs, le secrétaire général de la Fédération générale de l’enseignement secondaire, Lassaad Yaâcoubi, avait souligné la nécessité d’assurer les conditions d’hygiène nécessaires pour les élèves et le cadre pédagogique. Pour lui, « il est hors de question d’opérer des choix hasardeux en ce qui concerne la sécurité des élèves et du corps enseignant ».

Assurer la continuité de l’apprentissage

Mais pour le ministère de l’Education, le droit à l’éducation est garanti pour tous les Tunisiens, son rôle étant donc de l’assurer, tout en veillant à ce que cette rentrée ne se transforme en un facteur de généralisation de la contamination. Le ministre de l’Education, Fethi Sellaouti, a affirmé dans ce sens que toutes les mesures ont été prises en coordination avec les différents intervenants en vue de reprendre les cours tout en minimisant les risques de contamination en milieu éducatif. «Pour les besoins de l’apprentissage, il est nécessaire de reprendre les cours même si cela se fait dans des conditions exceptionnelles, une longue rupture pourrait entraîner d’éventuels problèmes pour nos élèves», a-t-il expliqué. Cependant, s’exprimant dans des déclarations médiatiques, il a affirmé que son département n’hésitera pas de fermer tout établissement qui connaîtra des cas de contaminations. Se montrant optimiste, Fethi Sellaouti est allé même jusqu’à dire que si la situation sanitaire s’améliore, les cours seront assurés normalement et sans procéder aux mesures exceptionnelles telles que l’enseignement un jour sur deux. «A priori, on procédera à la fermeture de toute classe dès la contamination de trois personnes et de toute l’école en cas de contamination de trois classes», a-t-il ajouté.

Mais les décisions des autorités ne font pas l’unanimité. D’ailleurs, la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (Ltdh) a critiqué «l’insistance du gouvernement à imposer une rentrée scolaire et universitaire au cours de la seconde quinzaine de septembre» malgré la situation épidémiologique actuelle. Elle a mis en garde contre la possibilité de transmission du virus entre élèves et étudiants, et de là aux familles et aux quartiers populaires, «bien que les ministères de tutelle soient conscients des moyens limités et de l’impossibilité de prévenir et de protéger les établissements d’enseignement où les besoins les plus élémentaires manquent».

Rappelons que pour minimiser les risques de propagation du coronavirus en milieu éducatif, le ministère de l’Education a décidé de maintenir la date initiale pour la rentrée scolaire, tout en optant pour un système d’enseignement par groupes, un jour sur deux, et d’assurer un retour progressif des cours pour toutes les classes.

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