Les malades insuffisants rénaux ont été nombreux, le dimanche 6 septembre, à manifester leur grande colère et sortir de leurs gonds après la décision de fermeture imminente d’une polyclinique à Korba comprenant une unité d’hémodialyse.

Après avoir transmis d’une manière civilisée leurs revendications au délégué de Korba, les sitinners sont rentrés chez eux sans perturber l’ordre public. Le gouverneur de Nabeul, M.Mohamed Mlika, a tôt fait de prendre en main l’affaire et prendre le taureau  par les cornes, cherchant à surmonter les formalités réglementaires non respectées par l’établissement pointé du doigt en collaboration avec le ministère de la Santé publique.

Détails.

La délégation de Korba vient de connaître un sit-in, ayant rassemblé, outre de très nombreux malades insuffisants rénaux, une immense foule de badauds cherchant à connaître le pourquoi de ce mouvement.

Surtout que l’événement s’est déroulé par une matinée dominicale où  l’énorme souk hebdomadaire envahissait d’une manière vertigineuse la plupart  des grands espaces libres longeant le littoral et les grandes artères de la cité.

Servi sur un plateau…

Un heureux hasard ayant voulu que je fusse présent au bon moment, près du théâtre de l’événement, sans rendez-vous préalable, je me suis vu  royalement servi sur un plateau. Et, pour un journaliste, en éternelle course derrière les nouvelles, cela, croyez-moi, n’arrive pas souvent.

J’ai alors tôt fait de m’infiltrer au sein de la foule, de plus en plus dense et immense, pour connaître les raisons de la furieuse «danse» et de la transe.

Un sit-in dans l’ordre

Il faut saluer d’emblée le caractère pacifique du mouvement. Où toute la foule, malgré sa colère noire apparente sur les visages, a su et pu respecter les règles du jeu. Criant leurs revendications sans, pour autant, perturber l’ordre public.

Et c’est le meilleur signe de bonne santé de notre démocratie naissante, si convoitée par les peuples opprimés et si redoutée par les pouvoirs totalitaires d’ailleurs…

Le mérite en revient aussi au délégué de Korba, M. Mounir Ghribi, qui a réussi à bien gérer la situation, calmer les esprits et «mettre de l’eau dans le vin» des sitinners, leur promettant d’activer la solution du problème au mieux des intérêts de tous.

Les entretiens qu’on a eu sur place avec les prestataires et le délégué de la ville et, par la suite, avec M. Taoufik Salhi, chef de la commission régionale de distribution des malades insuffisants rénaux (issue du ministère des Affaires sociales) et avec Dr Jameleddine Znaïdi, le maître de la polyclinique privée, objet de la controverse, m’ont permis d’établir ce qui suit :

Rentabilité oblige !

La polyclinique concernée, établie à Korba depuis belle lurette, comprend, outre un centre d’hémodialyse, un mini-pavillon de maternité et un autre de médecine générale. N’étant pas rentré dans ses frais et pour arrêter l’hémorragie des pertes financières, pour ce qui concerne les deux derniers secteurs d’activités,  il crut impérieux, depuis quelques années, de se contenter de maintenir en activité uniquement l’unité d’hémodialyse. Chose non conforme au cahier des charges en vigueur en la matière. Et, depuis, la probabilité de fermeture est envisagée par le ministère de la Santé publique, au cas où le propriétaire de la polyclinique pointée du doigt continuerait à exercer en marge des impératifs du cahier des charges.

Mesure impopulaire et… mouvement populaire

Du coup, le département de la Santé publique a saisi la Commission ad hoc au niveau du gouvernorat de Nabeul pour ne plus affecter de nouveaux malades insuffisants rénaux à la polyclinique reconnue défaillante. Pis encore, il a été question de réaffecter les soixante malades, mis régulièrement sous machine au sein du même établissement, vers d’autres unités opérant dans les périmètres administratifs de Nabeul, à savoir Menzel Témime, Kélibia et Nabeul.

Après l’ultimatum lancé au maître de la polyclinique en question, bonjour la levée des boucliers ! Et bonjour les protestations populaires contre la mesure impopulaire. Car, tout ce beau monde concerné a toutes les raisons du monde de revendiquer le maintien de l’unité d’hémodialyse de Korba pour éviter les déplacements fatigants pour des gens sévèrement éprouvés et affaiblis par la maladie et les revers d’un traitement périodique harassant.

Le gouverneur prend les devants

D’ailleurs, M. Mohamed Mlika, gouverneur de Nabeul, qu’on a failli ces jours-ci lui donner du Monsieur le ministre, n’a pas mis du temps pour prendre en main l’affaire. Puisque, dès le lendemain du jour du sit-in, il a présidé une grande réunion, ayant regroupé toutes les parties prenantes, pour prendre le taureau par les cornes en vue d’aboutir à la bonne solution «ménageant la chèvre et le chou». Le PV alors consigné par les interlocuteurs présents semble plus que rassurant pour la gent mécontente.

«Pour trois pelés et deux tondus»

Pour sa part, le maître de la polyclinique, vivotant sous la menace de faire du vide, semble fort convaincu de l’extrême inopportunité de faire tourner à trois cylindres deux pavillons, voués à recevoir trois ou cinq patients par mois. Pour éviter de reprendre l’expression péjorative de Rabelais disant : «Trois pelés et deux tondus».

La voix de la raison

Quant au chef de la Commission régionale de distribution des malades insuffisants rénaux, M. Taoufik Salhi, il m’a semblé acquis à la cause des intéressés, menacés d’être contraints de se prêter à leurs séances d’hémodialyse en dehors de Korba : le responsable régional estime que le gouvernorat de Nabeul mériterait l’ouverture de deux autres nouveaux centres, pour mieux servir les malades et leur épargner autant que possible les peines de déplacement. Le même interlocuteur s’est aussi dit convaincu que le gouverneur de Nabeul saurait user de tout son poids auprès du ministère de la Santé publique pour faire rectifier le tir et tendre la main à ceux qui en ont besoin.

Pour des règlements flexibles

Au final, j’estime, pour ma part, que la rigueur et l’orthodoxie administratives ne devraient pas prendre le pas et damer le pion aux intérêts des administrés qui demeurent la priorité des priorités de tout décideur.

Et que la réglementation devrait être, autant que possible, flexible dès lors qu’elle pourrait s’avérer nuisible au commun des mortels.

Aussi, avant de prendre hâtivement une quelconque mesure impopulaire, l’administration gagnerait au préalable, à bien réfléchir, en mesurer l’impact, pour en éviter les revers, parfois fâcheux… Cela ne ferait que la solidifier, renforcer sa crédibilité et préserver son prestige.

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