Un catalogue d’une chaîne de supermarchés s’est offert le luxe de légitimer une faute grammaticale sur «l’rentrée» associée à des mots du dialecte tunisien, à l’occasion de la rentrée scolaire. Très mal vu et carrément inacceptable.

«Mebbenha l’rentrée», tel est le slogan publicitaire lisible sur la couverture d’un catalogue de produits d’une chaîne de supermarchés, qui veut atteindre, prochainement, la centaine de surfaces de vente. Ce qui est sidérant dans cette histoire peu banale, c’est qu’on envoie aux jeunes enfants et élèves un message truffé de fautes et d’incohérences linguistiques. Mélanger le dialecte local au français « cassé », c’est le comble de la bêtise et un manque de professionnalisme. Les élèves, qui vont feuilleter ce catalogue, demanderont si on dit la rentrée ou pas à leurs parents, créant un doute dans leurs têtes.

Massacre de la langue

Bref, à ce rythme, le niveau du français en Tunisie va baisser lourdement, en espérant que la langue arabe soit épargnée du massacre que subit la langue de Molière. La langue française est constamment piétinée dans les différents usages dont on fait. Passons les cas de destruction collective du langage écrit sur les réseaux sociaux par la majorité des citoyens tunisiens et même étrangers, hormis la classe élitiste qui survole la masse.  Ou encore le langage SMS des messages de la téléphonie mobile, qui comportent les pires absurdités et aberrations grammaticales, de syntaxe et autres fautes d’orthographe, qui passent sous couvert de faute de frappe pour masquer la médiocrité. Un titre de mauvais goût, qui confirme la médiocrité ambiante et le manque de tact et de savoir-faire dans la profession. Ce n’est pas la première fois qu’on remarque ce phénomène, mais il aurait été plus judicieux de proposer un slogan «Pour une rentrée savoureuse et colorée ; une rentrée pleine de saveurs et de couleurs». A croire que ce genre de slogan marche à l’oreille des Tunisiens qui manipulent «à merveille» et quotidiennement le double langage arabe dialectal et français.   

Corriger les mauvaises habitudes

Depuis quelques années, notamment post-révolution du jasmin, une frange de Tunisiens s’est amourachée pour la langue française, parfois de façon maladroite et en maîtrisant très mal les us de la langue d’origine coloniale. Dans la rue, on entend des vertes et des pas mûres, ce qui fait grincer les oreilles de ceux qui maîtrisent davantage le français.

Au volant d’une bagnole, ce sera «Chbik, tu es devant moi ya madame?»  au marché «brabi, theletha kilos bananes», au travail «Khali ce papier lil demain»…

Une caricature est faite ici de la réalité de la communication en Tunisie et dans d’autres pays où cohabitent deux ou trois langues officielles. Les Tunisiens sont partagés entre deux langues quelque peu brimées, le dialecte plus acceptable dans son expression et le français «parlé» qui ne ressemble en rien au français que vous lisez dans les colonnes des journaux, des magazines ou des romans.

En fin de compte, certains messages publicitaires manipulés ont le don de passer à l’ouïe, notamment sur les ondes radiophoniques, même s’ ils sont grammaticalement faux et mal écrits. Cela, car ils sont tolérés par le langage de tous les jours, dans les rues, les souks, les commerces et administrations tunisiennes.

«On n’est pas sorti de l’auberge», dit un célèbre dicton français pour signifier qu’on est confronté à une situation dont il n’est pas aisé de se dépêtrer. Il est difficile de rétablir la langue française dans ses droits avec tous les torts qu’on lui cause dans la pratique.

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