Dr Tahar El Almi : Economiste-universitaire


«E

n attendant Godot» est une pièce de théâtre de Samuel Beckett, datant de 1953 (RIP : 22 décembre 1989 à Paris). Le caractère absurde et décalé qui se dégage de la pièce personnifie un style de théâtre qui émerge alors à l’époque, celui du «théâtre de l’absurde». Composée de deux actes, la pièce ne comporte, en effet, aucune scène (politique ?), et voit ses personnages (gouvernants ?) errer sans but ni fonction propre. Ainsi, aucun sujet précis n’est abordé, et le cadre spatio-temporel lui-même n’est pas défini. (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/En_attendant_Godot, commentée par l’auteur-entre parenthèses-)

Au deuxième trimestre 2020, c’est-à-dire au 30 juin 2020 :

• Le PIB s’est contracté de 21.6%.

• La croissance s’est affichée à -21.6% en glissement annuel et à -20.4% par rapport au premier trimestre de cette année.

• Le taux de chômage a poursuivi sa hausse au deuxième trimestre pour atteindre 18%.

• La population occupée a diminué de 161 mille occupés en moyenne sur le trimestre.

• Le profil mensuel des indicateurs conjoncturels disponibles avait suggéré «une amélioration progressive depuis le creux d’avril», sauf que cette amélioration ne s’est pas concrétisée, au contraire, l’activité économique s’est déprimée suite aux lenteurs constitutionnelles relatives au changement de gouvernement, et en prime, la saison des inondations est au rendez-vous.

Aujourd’hui, après le vide politique effectif, l’hypothèse de l’effondrement du système économique semble de plus en plus évoquée au moment où la pandémie prend de l’ampleur.

Un effondrement économique, d’autant plus évident que ce sont les entreprises qui évoquent cette perspective. Elles attendent un plan de relance et de soutien à l’entreprise et à l’emploi. Elles attendent le règlement des factures impayées, une détente des taux d’imposition et des taux de l’intérêt

Un effondrement économique, d’autant plus évident que ce sont les ménages dont la demande de consommation file au plus bas d’un pouvoir d’achat ténébreux et dont l’épargne fond au fil des jours. Ils attendent un plan de soutien social au profit des couches les plus défavorisées par une crise transitionnelle et par une crise pandémique amplifiée.

Dès lors, des réponses du nouveau gouvernement à cet état de fait avéré, on retiendra notamment comme objectifs très louables:

– Arrêt de l’hémorragie des finances publiques

– Réformer le secteur public

– Regagner la confiance et appuyer les investissements

– Maintenir le pouvoir d’achat des citoyens

– Protéger les catégories vulnérables

Autant de vœux pieux, dans la mesure où ils ne sont pas assortis de mesures concrètes chiffrables, selon un plan dynamique souple, que d’aucuns espèrent depuis dix ans.

Aujourd’hui que la pandémie renoue avec un cycle plus accéléré, avec ses effets négatifs sur les plans économique et social, le plan de sortie s’avèrerait, d’autant plus vigoureux que la montre joue contre nous. S’il faillait 25 milliards de dinars pour rouvrir la porte de sortie de crise, à la date du 30 juin 2020, il faudra beaucoup pour l’enfoncer à la date de 30 septembre… voire au 31 décembre 2020. 

Or, le «Nouveau Gouvernement de Compétences» ne semble pas «plus pressé que ça», pour aller vers la porte de sortie et encore moins pressé de l’ouvrir. C’est l’impression que les observateurs ont depuis deux mois.

Avec une saison touristique au plus bas, une activité industrielle nulle (ou presque), pour le pétrole, le gaz, les mines de phosphate, un secteur manufacturier au bord de l’asphyxie et un secteur des services comateux, le «Nouveau Gouvernement de Compétences» attend… GODOT…

Sauf que, aux dernières nouvelles, GODOT ne viendra pas… Il a beaucoup plus à faire, ailleurs.

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