«Ghannouchi rappelé à l’ordre», «Qui sont les cent rebelles qui veulent la tête de Ghannouchi ?», «Ghannouchi dans la tempête», etc. Ce sont là les manchettes des principaux médias tunisiens accompagnant la fronde qui s’est installée au sein d’Ennahdha, à la suite de la publication d’une lettre ouverte (dite interne mais fournie par ses auteurs aux réseaux pour publication) adressée par une centaine de responsables nahdhaouis de haut rang (membres du bureau exécutif, du bureau politique, du Conseil de la choura et des membres de la coalition parlementaire) à Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, l’exhortant à ne pas se porter candidat à la présidence du parti à l’occasion de son prochain congrès prévu pour décembre prochain et à respecter le règlement intérieur du parti, en particulier son article 31 qui stipule qu’il est interdit de postuler à la présidence pour un troisième mandat consécutif de quatre ans.

Le président actuel d’Ennahdha, ayant déjà occupé le poste de président durant deux mandats successifs (2012-2016 et 2016-2020), doit donc s’abstenir de se porter candidat à la présidence lors du futur congrès et laisser le poste à un autre candidat que les congressistes devraient choisir et ce au cas où les tentatives de certaines parties visant à amender l’article 31 dans l’objectif de baliser la voie à un troisième, voire un quatrième mandat présidentiel successif, seraient rejetées au cours du congrès.

Sauf que la polémique s’est déjà installée avant que Rached Ghannouchi n’exprime dans la transparence absolue et la clarté totale sa position personnelle et ne réponde clairement à ceux qui l’implorent de rester à la tête du parti «parce que la Tunisie a encore besoin de sa sagesse, de son expérience et de son leadership» et à ceux aussi qui le poussent «à agir en démocrate authentique, à respecter le règlement intérieur du parti et à baliser la voie à la réussite de l’expérience démocratique nationale, en démocratisant, d’abord, les structures du parti et en faisant en sorte qu’Ennahdha se sacrifie, encore une fois, comme il l’a toujours fait, pour que la Tunisie accède irréversiblement au concert des nations démocratiques».

Et Ghannouchi et Ennahdha de se trouver à la croisée des chemins et dans l’embarras de répondre aux questions brûlantes que plusieurs analystes, observateurs et aussi des personnalités nahdhaouies se posent et peinent à leur trouver les réponses appropriées.

Ennahdha peut-il préserver sa position de première force politique du pays au cas où Ghannouchi tournerait le dos à ses partisants et déciderait de se soumettre au réglement intérieur du parti et mettrait son veto aux tentatives de son amendement ?

Ghannouchi pourra-t-il accepter un poste à caractère honorifique à la direction du parti et se comporter en conséquence en laissant le nouveau président agir comme le voudront les congressistes qui devraient le porter à la tête du parti ?

Qu’en sera-t-il, enfin, de la position de Ghannouchi à la présidence du Parlement pour les années à venir au cas où, à l’issue du congrès d’Ennahdha en décembre prochain, il prendrait la présidence ?

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