Quand la sonnerie a retenti  et que les agents de la Steg sont apparus derrière la porte, c’était au départ un soulagement. Cela faisait plus d’un mois – le 13 mars exactement – qu’une demande avait été déposée au district de Bizerte afin que soit réalisée une opération de vérification du vieux compteur, devenu apparemment très fantaisiste dans sa façon de calculer les kilowatts… Mais non, déclaraient-ils : telle n’était pas leur mission. Quelle pouvait donc être leur intention, étant donné que les dernières factures étaient payées et qu’aucun avis, aucune mise en demeure n’avaient été émis pour prévenir d’une coupure ? Sans état d’âme, la réponse à la question était qu’il s’agissait bien de couper le courant. Et, pendant que la discussion se déroulait avec l’un des agents au sujet du caractère surprenant de pareille décision, l’autre procédait à la coupure. Du reste, y avait-il une utilité quelconque à discuter puisque l’argument essentiel des hommes de la Steg, répété à l’envi, était : «Nous avons l’ordre de couper !» Le temps de courir chercher les factures payées – dans une maison livrée désormais à la pénombre – et il n’y avait plus personne sur les lieux.

Il a fallu donc se rendre à nouveau aux bureaux de la Steg, non pas pour s’enquérir une fois de plus de cette opération de vérification — le délai annoncé au moment du dépôt de la demande était d’une semaine — mais pour demander le rétablissement de l’électricité et pour comprendre… Comprendre que les agents s’étaient basés sur un relevé de compteur réalisé dans des conditions qui le rendaient contestable pour plusieurs raisons, et qui avait d’ailleurs été suivi, et donc annulé, par une facture estimative, dûment payée il y a à peine un mois. Mais peu importe le quiproquo, si on peut vraiment parler de quiproquo… Comment une entreprise de service public comme la Steg peut-elle pratiquer une politique de coupure du courant à ses abonnés sans préavis, en réclamant des montants qui ne figurent sur aucun document palpable et sans se soucier au préalable de savoir qu’une demande de vérification du compteur est en cours – « Ce n’est pas notre problème !» ?

Personne n’ignore les difficultés financières de cette compagnie : des difficultés dues principalement à des défauts de gestion et, sans doute aussi, à une faiblesse du recouvrement. Mais user de l’arme de la coupure de façon inconsidérée ne permettra pas de rétablir la situation : cela risque surtout de faire passer l’état de détérioration de l’entreprise du terrain des équilibres financiers à celui de l’image, à celui de la légitimité à porter le titre d’entreprise de service public… D’autant que les délais d’intervention du «service laboratoire», en charge de la vérification des compteurs, sont à l’avenant.

Raouf SEDDIK
Agriculteur

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