En s’ouvrant sur certains accords et projets d’accord, l’impératif est de préserver les intérêts de la Tunisie, tout en évitant les tiraillements politiques et idéologiques pouvant empêcher la Tunisie d’accéder à des opportunités économiques d’envergure et à des coopérations internationales fructueuses.

La polémique autour des accords et des projets d’accords entre la Tunisie, d’une part, et la Turquie et le Qatar, d’autre part, ressurgit de nouveau. Si pour certains, ces accords constituent des opportunités d’investissement au profit de la Tunisie, pays livré à une crise économique interminable, pour d’autres acteurs politiques, on évoque même des «accords de protectorat». Au fait, les accords et les projets d’accords que conclut la Tunisie avec certains partenaires étrangers font toujours l’objet d’une controverse politique et alimentent une polémique citoyenne. En cause, ce que certains acteurs politiques et de la société civile appellent des intentions d’« accords de protectorat » et de nouvelles formes d’ingérence dans les affaires internes d’un pays dont la transition démocratique constitue un enjeu régional.

Récemment, le dossier a été rouvert par le Parti destourien libre (Pdl) qui a appelé le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, à retirer définitivement les projets de loi concernant les accords avec la Turquie et le Qatar et à réviser ceux qui ont été déjà signés avec ces deux pays. Pour le Pdl, ces accords dissimulent des intentions d’ingérence en Tunisie et de « nouvelles formes d’occupation », mettant en garde contre le fait qu’ils font fi de l’intérêt suprême de la patrie et à la préservation de sa souveraineté.

En effet, cette polémique remonte au mois d’avril dernier, lorsque ce parti s’est opposé à la tenue d’une plénière à l’Assemblée des représentants du peuple pour adopter deux projets d’accord avec le Qatar et la Turquie portant sur les investissements mais aussi sur le siège de «Qatar Fund for Developement» en Tunisie. L’ancien gouvernement avait donc appelé le Parlement à reporter cette plénière, mais, toujours selon le parti d’Abir Moussi, la présidence du Parlement tente de réintroduire ces accords sur ses agendas.

En effet, la discussion au sein du Parlement de ces deux accords avec la Turquie et Qatar, prévue initialement les 29 et 30 avril dernier, avait suscité une levée de boucliers de la part du Pdl qui avait crié aux « intentions d’ingérence » qui y résident, on évoquait même des « accords de protectorat ». Qalb Tounes s’était rejoint à la cause du Pdl en annonçant déjà qu’il voterait contre ces accords, le Parlement avait alors reporté la séance, sur proposition du gouvernement.

Rappelons que le premier projet de loi concerne l’approbation de l’accord de l’encouragement et de la protection mutuelle des investissements entre la Tunisie et la Turquie, visant essentiellement à impulser le rythme du partenariat économique entre la Tunisie et la Turquie, en attirant les investissements turcs en Tunisie, tout en encourageant les Tunisiens à investir en Turquie. Mais pour le Pdl, cet accord porterait atteinte à « la souveraineté et à l’indépendance de la Tunisie et frapperait le système économique national en faisant de la Tunisie une plateforme au service d’agendas étrangers ».

Idem pour le deuxième accord portant sur le siège de Qatar Fund for Development en Tunisie, dont le Pdl soupçonne « une tentative de faire passer un agenda politique dans le cadre d’un projet de conquête des Frères musulmans ».

La plainte déposée

Les deux projets de loi portant sur l’ouverture d’une section du Fonds du Qatar pour le développement et sur l’encouragement de l’investissement avec la Turquie ont même fait l’objet d’une plainte déposée par le Pdl auprès du Tribunal administratif pour suspendre leur transfert à la séance plénière de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).

Mais pour ceux qui soutiennent ces projets de loi portant sur ces accords, dont notamment le parti Ennahdha et la Coalition Al-Karama, ces accords constituent une mine d’opportunités pour la Tunisie, pour les investissements et pour l’économie et l’employabilité. D’ailleurs, pour Mohamed Goumani, député du parti Ennahdha, « l’inauguration du bureau du Qatar Fund for Development en Tunisie n’aura aucun impact financier sur le budget de l’Etat, mieux encore il contribuera à consolider les relations bilatérales avec le Qatar, l’un des principaux investisseurs en Tunisie ». Pour lui, la situation est telle que la Tunisie est empêchée d’accéder à des opportunités d’envergure à cause de simples tiraillements idéologiques.

Au fait, les accords que conclut la Tunisie avec certains partenaires étrangers font, effectivement, polémiques et ne cessent de diviser la classe politique comme l’opinion publique. Si l’impératif étant de préserver les intérêts suprêmes de l’Etat, ces accords vont souvent dans le sens de tiraillements idéologiques qui mettent parfois à mal ces intérêts, inutile de rappeler les multiples polémiques qui ont accompagné les négociations d’accords avec différents partenaires internationaux.

N’empêche que l’enjeu étant de négocier ces accords tout en tenant en considération les besoins du pays, notamment dans cette conjoncture économique extrêmement difficile et éviter tout risque d’ingérence étrangère. Sauf que pour la Tunisie et en dépit des allégations d’une coopération fructueuse proposée par différents acteurs internationaux, la situation économique laisse le pays dans un état de dépendance le privant de marges de négociation assez confortables avec ces partenaires économiques.

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