Dr Tahar El Almi : Economiste-universitaire

«Quand Sir Charles Spencer Chaplin montre la lune du doigt, les clowns regardent le doigt».

Une des idées fixes des «experts en économie», et ce n’est pas  la seule, c’est que la dette publique est un obstacle à la croissance.  Une idée fixe devenue « officielle » pour servir de fondement de la conduite de la politique d’austérité et à soutenir la nécessité de recourir aux politiques d’austérité budgétaire, quand la dette publique franchit un certain seuil ( ?). Un seuil, dans l’absolu, à partir duquel le rythme de la croissance de l’économie fléchit.  Pour un certain nombre de raisons (invérifiables empiriquement).  La principale raison est que pour financer son déficit, l’Etat va emprunter des fonds, ce qui va exercer une tension à la hausse des taux d’intérêt, via un accroissement de la prime de risque.  Résultat (global) des courses, le coût de la dette publique (et privée) augmente, le remboursement de la dette va capter une part croissante des recettes fiscales, accroît l’endettement global des agents privés, et exercerait un effet négatif sur l’investissement privé et sur la consommation des ménages.  Les adeptes de cette vision en concluent qu’il faille absolument maîtriser la dette publique.

Mais alors, à partir de quel seuil d’endettement la dette publique n’est plus viable ?

Une étude «Tendances et viabilité de la dette publique tunisienne» (Tribune de l’Itceq n° 14 novembre 2016) apporte un certain éclairage. Au-delà d’un seuil en % du PIB, les effets négatifs de la dette l’emportent sur ses effets positifs de soutien à l’économie.  L’étude, à cet effet, ne donne plus de réponse pour la Tunisie. Ni pour la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Irlande ou l’Islande…

Or, la nature de la crise actuelle, en Tunisie, est double : une crise transitionnelle (un choc d’offre), à laquelle s’est greffée une crise pandémique (un choc d’offre et un choc de demande).   En outre, la politique d’austérité mise en œuvre depuis bientôt cinq ans (hausse des taux d’imposition, réductions des dépenses d’investissements publics …) a montré qu’elle cassait la croissance sans réduire les déficits budgétaires, d’autant plus que la politique monétaire était devenue trop restrictive (hausse des taux d’intérêt), pour «maintenir la stabilité des prix». Par ailleurs, le faible montant de l’épargne nationale prête à s’investir et la politique monétaire restrictive de la BCT conduisaient à ce que les taux d’intérêt resteraient durablement élevés, accroissant le coût de la dette. Sur ce, la pandémie du Covid-19 est venue justifier que l’accroissement du déficit public, via un emprunt national (dette publique détenue par ses nationaux) orienté « investissements publics d’infrastructure et de soutien à l’entreprise et aux couches les plus vulnérables » représente l’arme absolue pour lutter contre les effets négatifs d’une économie confinée en phase de transition. Pour autant, le rendement (social) de la dette obligataire n’est bien maîtrisé que parce que les opérateurs eux-mêmes jouent à fond le jeu de la solidarité nationale. Ce n’est, effectivement, qu’à ce prix que la libéralisation financière peut réussir : grâce aux banques, aux assurances et aux entreprises.

Autrement, le plongeon de l’économie pourrait être bien pire sinon… Demain.

T.E.A.

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