Entre innovation financière, digitalisation, alignement, notamment aux normes prudentielles et inclusion financière, les systèmes bancaires maghrébins, désormais bouleversés par la crise sanitaire du coronavirus, vont devoir faire face à de nouveaux défis durant la prochaine période de relance.  

La crise du coronavirus a imposé de nouvelles exigences à l’ensemble du secteur bancaire tunisien et d’une manière plus générale aux systèmes bancaires maghrébins. C’est ce qu’a affirmé, en somme, le président du conseil d’administration de l’Union des nanques maghrébines (UBM), Ahmed El Karam, lors de la séance de présentation du rapport annuel 2019 de l’UBM sur « les systèmes bancaires et financiers maghrébins », qui s’est tenue, avant-hier à Tunis, en présence du secrétaire général de l’Union du Maghreb arabe (UMA), Tayeb Baccouche. 

Mettant l’accent, dans son discours d’ouverture, sur les principaux changements survenus dans le monde de la finance, suite à la crise sanitaire du coronavirus, El Karam a évoqué les défis auxquels doivent faire face  les banques maghrébines, dans la période à  venir, une période de relance économique par excellence.  « 2019 c’est très loin. Le Covid-19 est venu pour gommer une grande partie de ce que nous connaissons auparavant. Nous ne pouvons pas parler de systèmes bancaires maghrébins sans malheureusement mettre au cœur de notre discussion, le Covid et ses effets sur les économies et les banques maghrébines », a-t-il souligné. 

Un effort supplémentaire d’approvisionnement et de consolidation de fonds propres

Selon El Karam, le financement des activités économiques dans un environnement morose est le premier défi à relever par les banques.  Il a expliqué, à ce sujet, que malgré l’architecture de soutien qui a été mise en place, respectivement par les Banques centrales et les Etats maghrébins,  les banques maghrébines vont prendre des risques supplémentaires, ce qui aura des incidences sur leurs performances. Dès lors, un effort additionnel d’approvisionnement et  de consolidation de fonds propres est inévitable pour que les banques puissent maintenir les ratios du capital  et l’approvisionnement à des niveaux adéquats comme l’exigent les standards internationaux. “Nous allons voir une grande dynamique en 2020 et 2021 et ceci met les banques face à un défi majeur”, a-t-il noté. 

Evoquant la question de l’innovation financière, le président de l’UBM a expliqué que la crise du coronavirus a fait naître un besoin d’innover. L’objectif est de faire en sorte que les mécanismes de financement soient adaptés au schéma d’évolution qui inscrit, notamment les start-up, les nouvelles technologies ainsi que les “nouvelles ambitions des populations” en tête des priorités des structures financières. “L’innovation financière doit être la règle au niveau du fonctionnement des banques”, a-t-il déclaré.  

40% de la population maghrébine n’est pas bancarisée

Outre la digitalisation qui “doit être  la préoccupation majeure des banques maghrébines pour parvenir à une meilleure efficacité”, pour El Karam, l’inclusion financière est également un enjeu fondamental dans la mesure où elle améliore la capacité des banques à financer l’économie. Il a précisé, à ce sujet, que 40% de la population maghrébine n’est pas bancarisée et est de ce fait “en marge de la modernité”. Il a ajouté, dans le même contexte, que le volume de la monnaie en circulation en dehors du circuit bancaire dans le Maghreb est “un record planétaire”. En Tunisie, il est estimé à 16,5 milliards de dinars de billets de banque.  

Par ailleurs, le président de l’UBM a fait savoir que les banques — qui sont accusées de financement d’activités polluantes — sont appelées à prendre en considération la question de la responsabilité sociétale afin “d’accaparer les enjeux de la transition énergétique”. 

Intervenant sur le sujet de l’intégration maghrébine, Taieb  Baccouche a souligné que l’UMA vient de lancer,  avec l’appui financier de l’UBM, un projet qui vise à former un réseau de recherche pour la promotion de la recherche académique dans le domaine de l’intégration maghrébine. Dans une première étape, il va permettre à cinq jeunes maghrébins  de mener des thèses de doctorat dont  les sujets seront identifiés en collaboration avec les cinq  administrations du secrétariat général de l’UMA. Ces thèses devront traiter des enjeux socioéconomiques à relever par les différents gouvernements maghrébins. A cet effet, des conventions  de partenariat entre respectivement  l’UBM, l’UMA et trois universités maghrébines ont été signées, avant-hier, à la fin de la séance de présentation du rapport. 

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