Intelligence et prévoyance sont les maîtres-mots d’une relance artistique à la manière d’El Hamra. Une stratégie imposée par la pandémie, mais qui s’est montrée fertile en créations. Contourner les obstacles et faire en sorte que les contraintes deviennent un moteur est une qualité qu’on reconnaît à Cyrine Gannoun. El Hamra entame sa nouvelle saison, même sous la Covid-19, avec trois nouvelles créations en plus de « Bloody Moon» créée en début d’année et qui a soif de diffusion. Bon vent !

Suite à la pandémie de la Covid-19, le Théâtre El Hamra, comme la plupart des lieux de culture, a dû interrompre sa belle lancée et se devait de changer le fusil d’épaule. «Toute notre stratégie réfléchie et mise en place sur cinq années ne pouvait plus continuer sous la Covid-19. Le centre arabo-africain de formation et de recherche théâtrale, qui a vu naître de nouvelles perspectives avec une formation en management culturel et une formation tuniso-tunisienne, a dû arrêter ses sessions. Et puis, nos créations et nos coproductions ont été mises en veille ; sans parler du festival Ezzedine-Gannoun qui s’est vu aussi ajourné», nous déclare Cyrine Gannoun, comédienne, metteuse en scène et directrice du théâtre El Hamra.

Faudrait-il rappeler que le Théâtre El Hamra n’a jamais été une simple salle de spectacles ; c’est un lieu de formation, de création et de production et c’est aussi une plateforme pour la visibilité et la diffusion, avec la récente création du festival qui porte le nom de son fondateur «Ezzedine Gannoun».

Et justement, El Hamra, qui a bien entamé sa vitesse de croisière avec une stratégie claire et clairvoyante axée comme toujours sur la formation, la production, la coproduction et la diffusion, a vu interrompre sa marche. «Nous avons renforcé la stratégie avec plus d’ambition et perspective et, du coup, le coronavirus vient briser cet élan avec les deux grands piliers qui sont en panne :  la formation et le festival tous les deux reportés à 2021».

Que faire alors quand la machine se grippe, il faut savoir huiler et rebondir et «j’ai choisi de tout miser sur la production et la coprod, consacrer les mois post-confinement à la création et rassembler nos productions qui sont 100% El Hamra. Pour, qu’en arrivant à 2021, on se consacre à la diffusion». 

Outre «Bloody Moon» de Moez Mrabet, créée en début d’année et qui n’a pas eu le temps d’avoir la diffusion qu’elle mérite, El Hamra a mis en route, en juillet une création de danse théâtre interprétée Achref Belhadj Mbarek, mise en scène et dramaturgie Cyrine Gannoun qui ouvrira la saison début octobre prochain.

«Le cours de chant» est une autre création lancée, cet été, avec une résidence de développement de texte en équipe qui réunit Hela Ayed, Rim Haddad et Cyrine Gannoun. Voilà que les répétitions ont bien commencé début de septembre, une mise en scène de Cyrine Gannoun avec une belle brochette de comédiennes : Chekra Rammeh, Najoua Zouhaier, Rim Hamrouni, Souhir Ben Amara et Mariem Ben Hassen et dont la première est prévue pour le mois de décembre 2020.

Côté coprod, El Hamra s’ouvre à de nouvelles propositions et se lance dans un autre travail. «Ils auraient pu naître demain» un texte écrit en langue française par l’auteure et poétesse Amina Azouz, adapté au tunisien par  Haythem Lahdhiri, est une création nourrie par l’originalité de ces deux auteurs qui assurent tous deux la mise en scène. Le travail a commencé dans le cadre d’une lab-rencontre avec le texte et elle réunit sur scène Bahri Rahali, Hamdi Hadda, Basma Baazaoui, Imen Ghazouani et Ghassen Ghadhab et les répétitions commencent en novembre.

Avec humour et beaucoup de détermination, Cyrine Gannoun nous révèle : «Finalement le corona nous a permis de faire 3 nouvelles créations, en plus de “Bloody Moon“ qui n’a pas encore eu sa chance en diffusion» dit-elle amusée.

Forte de sa casquette d’experte et formatrice en management culturel, cette jeune femme entreprenante déteste baisser les bras et à chaque problème elle se doit de trouver une solution pour que la dynamique ne s’interrompe pas : «Bien évidemment que le ministère de la Culture continue à nous soutenir en tant qu’espace, mais cela n’est pas suffisant pour rebondir surtout en ces temps de crise. Travailler sur la levée de fonds nous a permis d’être dans cette autonomie et d’arriver à faire ce choix stratégique et c’est grâce à Afak et le programme Tfannen, qui nous ont soutenus et suivis dans nos choix, que cela est rendu possible. Même quand tout s’arrête, la création n’arrête pas sa marche».

Début octobre, l’ouverture de la nouvelle saison d’El Hamra toute l’équipe reprendra aussi les préparatifs pour les prochaines formations du centre arabo-africain et bien entendu du festival. Mais les risques restent réels et la vigilance est de rigueur. «Malgré notre soif de créer et de continuer notre travail dans le respect de toutes les normes sanitaires, nous vivons dans la crainte des possibles décisions d’arrêts et de fermetures qui peuvent toucher notre si fragile métier», conclut-elle.

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