La précarité semble gagner en chronicité dans les régions du Nord-Ouest et du Centre-Ouest.
Des délégations dans les régions de l’Est n’en sont point moins menacées !

Statistiques Tunisie et la Banque mondiale viennent de publier un document référentiel portant sur la Carte de la pauvreté en Tunisie. Il s’agit d’un rapport détaillé, examinant de près les données sur la précarité selon les régions, les gouvernorats et les délégations. Ce rapport repose sur les données recueillies via le Recensement général de la population (2014) et celui portant sur la consommation et les dépenses des ménages (2015). Il couvre les 24 gouvernorats, soit 264 délégations.  Le présent document montre, encore une fois, la discrimination régionaliste d’une politique qui, en dépit des revendications sociales incessantes, fait la sourde oreille, mettant au pied du mur le droit au développement pour une bonne partie de la population tunisienne. Les régions de l’Ouest et du Centre continuent à être boudées par les grands investisseurs, et ce, à défaut d’une volonté confirmée d’instaurer un climat propice à une dynamique économique et développementale qui se laisse toujours attendre… 

Dynamique socioéconomique

Aussi, les taux de pauvreté les plus élevés en Tunisie concernent-ils les régions du Nord-Ouest et du Centre-Ouest, sans pour autant occulter des taux aussi prépondérants dans les régions côtières. En effet, les délégations de Hassi Lefrid, de Jdelyène et de Laâyoun se distinguent, hélas, par les taux de pauvreté les plus élevés à l’échelle nationale, ce qui en dit long sur l’absence de sources de revenus et de mécanismes de développement durable, à même de répondre favorablement aux besoins socioéconomiques de habitants de ces régions. Commençons, tout de même, par le commencement et plus exactement par le Nord. Au Grand-Tunis, qui compte 48 délégations réparties sur quatre gouvernorats, notamment Tunis, l’Ariana, la Manouba et Ben Arous, l’on constate que les taux de pauvreté les plus élevés sont relevés dans les délégations de Tébourba ( 15,2%), El Battane ( 14,5%) et Kalaât Landalos ( 12,5%). Même au sein desdits gouvernorats, des disparités colossales caractérisent la cartographie de la précarité, vu que dans les villes balnéaires et autres, à forte dynamique socioéconomique, les taux de pauvreté n’excèdent pas les 1,3%. Ce taux concerne l’Ariana. A la Goulette il est de seulement 1,1%. Et à El Menzeh, il se limite à 0,2%. Pour être réaliste, les taux précités constituent, indéniablement, les plus rassurants à l’échelle nationale, car les plus faibles. Le pire reste à venir…

En effet, dans la région du Nord-Est, la pauvreté semble être imposante avec des taux assez élevés qui atteignent, dans les délégations situées à l’ouest du Nord-Est,  une moyenne de l’ordre de 11,9%. Des taux alarmants ont été relevés dans plusieurs délégations, dont Sejnane( 39,9% ), Joumine ( 39,6%) et Ghzela ( 34%). En s’approchant de la partie Est du Nord-Est, le taux de précarité chute sensiblement pour se limiter à 5,3% à Bizerte-Nord, à 4,9% à Dar Chaâbene Fehri et à 4,7% à la délégation de Nabeul.

Nebr : près de 50% des habitants sont démunis

Cela dit, les régions du Nord-Ouest et du Centre-Ouest sont placées sous le signe d’une précarité récalcitrante, qui persiste depuis des décennies et qui semble échapper à tout système de sauvetage. En effet, les gouvernorats de Béja, de Jendouba, du Kef et de Siliana représentent 25,8% de la population nationale démunie. En examinant de près le taux de pauvreté dans certaines délégations relevant desdits gouvernorats, l’on s’arrête net face à des taux exorbitants  voire catastrophiques. Et pour preuve : près de 50% de la population de la délégation de Nebr sont des personnes vivant dans la nécessité ! La délégation d’Errouhiya n’en est pas loin avec un taux qui s’élève à 40,7%. Le taux de pauvreté relatif à la  délégation de Sakiyet Sidi Youssef étant de 39,7%. Le pire, c’est que les délégations qu’on estime moins désavantagées que les autres comptent des taux de pauvreté excédant les 10% ! C’est le cas de Jendouba ( 10,7%), de Boussalem ( 16,6%), de Siliana-Nord ( 16,8%) et de Tabarka ( 16,7%). 

Hassi Lefrid, Jdelyène et Laâyoune : les taux de pauvreté les plus élevés…

Et plus l’on s’enfonce à l’intérieur du pays plus le taux de précarité s’avère être effarant. Dans la région du Centre-Ouest, laquelle compte trois gouvernorats à savoir Kairouan, Kasserine et Sidi Bouzid, le taux de pauvreté frôle les 30% de la population. Les délégations de Hassi Lefrid, de Jdelyène et de Laâyoune correspondent aux taux de pauvreté les plus élevés à l’échelle nationale ; des taux qui dépassent les 50% des populations puisqu’ils y sont respectivement de 53,5%, de 53,1% et de 50,1%. Il s’agit, non seulement, d’une injustice sociale et économique mais d’un véritable scandale, qui met à nu le laxisme des décideurs à doter ces populations tunisiennes d’une infrastructure, de mécanismes et de stratégies à même de les sauver de la précarité devenue chronique et dont elles sont victimes depuis des lustres ; une précarité qui semble être un maudit héritage ou une damnation infligée par un modèle socioéconomique discriminatoire par excellence. D’ailleurs, les délégations relevant des trois gouvernorats et qui correspondent à des taux de pauvreté moins élevés par rapport aux délégations précitées gémissent, elles aussi, sous l’effet impitoyable de la pauvreté puisque cette dernière s’accapare de 20,8% des habitants de Souk Jedid, de 18,9% des habitants de Kasserine-Nord et de 17,4% de Sidi Bouzid-Est.

Centre-Est : un taux de pauvreté de 11,7%

Le présent rapport montre aussi qu’au niveau des gouvernorats du Centre-Est, les données sont loin d’être moindres puisque la moyenne de la pauvreté relevée dans 56 délégations relevant des gouvernorats de Sousse, Monastir, Mahdia et Sfax est de 11,7%. Parmi les 56 délégations figurent trois dont le taux de pauvreté est jugé comme alarmant, à savoir Chorbane( 36,9%), Ouled Chemakh ( 35%) et Hbira ( 33,4%).

Le sud sinistré…

Quant aux gouvernorats du Sud-Est, à savoir Gabès, Médenine et Tataouine, ils endurent, eux aussi, le fléau d’une pauvreté croissante. La moyenne de la pauvreté dans cette région s’élève à 17,8% avec des pics de 36,9%, de 33,6% et de 33,4% dans les délégations de Béni Khedech, de Menzel Habib et de Sidi Makhlouf. Le Sud-Ouest représente 18,2% de la population nationale précaire. La délégation de Belkhir correspond à 31,2% de la population démunie du Sud-Est. Elle est suivie de Snad( 27,2%), puis de Douz-Sud ( 25,9%). Le taux de pauvreté le plus faible dans cette région correspond à la délégation de Douz, soit – tout de même- 10,3% des habitants.  Manifestement, la lutte contre la pauvreté nécessite, de la part des décideurs, d’être prise au sérieux afin de freiner un fléau intriguant, susceptible, non seulement de contrecarrer tout droit du citoyen à une vie digne, mais aussi d’être à l’origine de grands mouvements de protestations et de revendications sociales et économiques plus que légitimes. Seule la répartition équitable des richesses du pays et l’aménagement d’une infrastructure favorable à l’investissement et à la création d’un climat économique qui urge surtout dans les régions de l’Ouest seraient le plus grand acquis d’une révolution datant de dix ans et dont les slogans scandés réclamaient « travail, liberté, dignité ».

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