«D’Ames» est dans la même veine que «Fil de soi» (2018). Au risque de se répéter, Kaouther Jallazi continue à broder avec ses fils en plastique et à créer sa belle palette. Elle continue son ode à la féminité, à la sensualité. Elle continue son combat…

Le seuil de Musk and Amber franchi, à demi-masqués, nous pénétrons l’âme d’«Ame» de Kaouther Jellazi. Un univers de sensualité, de volupté. Des corps se dévoilent, se révèlent… Des corps inachevés comme pour marquer une postmodernité, comme pour se donner à voir dans leur fragilité, comme pour appeler à une immersion dans leurs intérieurs les plus intimes, à une introspection curieuse : des corps fragiles mais ô combien robustes. Des bustes en résine déchirés comme pour crier une condition humaine, un cri de l’âme, mais la dentelle est toujours là, même déchirée, elle sauve les apparences… Des corps sous plexi, enfermés dans leur bel écrin. Veulent-ils s’envoler comme des papillons ou rester protégés d’un extérieur incertain ? En fait, ces corps sont dans l’entre-deux. Lascifs pour la plupart, ils semblent se complaire dans un état paisible, entourés d’une végétation luxuriante, tout en aspirant vers une probable liberté émancipatrice. Ici, les corps se confondent avec la nature, dans une belle communion plastique transcendante.

Des corps en volume parés de dentelle.  Oui, avec son cher stylo 3D qu’elle qualifie pourtant de «jouet pour enfants», l’artiste tisse ses fils, fils de l’être, «fils de soi» et fait dans la dentelle pour sublimer une féminité revendiquée, dans un art pourtant sans sexe. «Je décide», «Je ruse», «Je m’abstiens», «J’ensorcelle», «Je m’exhibe», «Je promets», «Je flâne»,… c’est ainsi que Kaouther Jellazi a baptisé ses œuvres, des titres-verbes tous conjugués à la première personne du singulier. Dans tous leurs états, ses femmes s’assument ; imposantes, elles s’imposent et le crient haut et fort, tout comme le fait leur créatrice. Le «Je» triomphe, le jeu aussi…

Fragilité aérienne…

Dans la plupart des œuvres, la matérialité est double. Elle est pigments et structure, surface et volume. Dans un jeu visuel, l’acrylique se fait parfois aquarelle laissant transparaître des transparences colorées venant soutenir la fragilité aérienne qui se dégage de toutes les œuvres. Les couleurs chatoyantes tantôt monochromes tantôt polychromes ne sont pas que fonds, elles sont âmes, états d’âmes. Elles n’habillent pas des corps, elles les révèlent dans leur complexité labyrinthique, dans leur bouillonnement intérieur. Le noir et le blanc s’imposent également, comme des valeurs…sûres.

Certainement pour coller à la vocation de la galerie Musk and Amber, Kassou, comme on aime l’appeler, ne nous propose pas que des œuvres picturales, mais elle s’est amusée à créer des objets fonctionnels également, des luminaires surtout, toujours avec son stylo 3D. Elle fait désormais dans le design, elle, la plasticienne la plus proche de ses amis et collègues designers à l’Institut des Beaux-arts de Tunis où elle enseigne.

«D’Ames» est dans la même veine que «Fil de soi» (2018). Au risque de se répéter, Kaouther Jallazi continue à broder avec ses fils en plastique et à créer sa belle palette. Elle continue son ode à la féminité, à la sensualité. Elle continue son combat…Désormais, Kassou a réussi à imposer son empreinte, à créer son univers conjugué au féminin avec un fil d’Ariane connu et reconnu. Ce qui est intéressant dans son travail, c’est la singularité de sa démarche picturale, son extrême sensibilité artistique et la générosité qui transparaît de ses œuvres, à son image…

«D’Ames» de Kaouther Jallazi est une exposition qui vaut vraiment le détour !

 

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