L’Etat commence à subir les conséquences de ses tergiversations, de sa politique de fuite en avant et de son dilettantisme dans la gestion de la pandémie qui a fait monter en flèche le nombre de cas de contamination et de décès. 

Au moment où le pays connaît une propagation accélérée du coronavirus et que le ministère de la Santé multiplie les alertes ainsi que les démarches et les recommandations de prévention et de protection à suivre, rien ne semble contredire une amère et atterrante constatation observée par tout le monde: l’Etat ne fait rien sur le terrain  pour mettre en application ces mesures et endiguer la grave évolution de la situation pandémique. S’adapter ou mourir, croyons-nous entendre de la bouche de nos décideurs.

Le Chef du gouvernement a déjà exclu un reconfinement général. L’évolution de la gestion de la pandémie impose une coexistence avec le virus, argue-t-il, tout en ajoutant  que cela est tributaire de l’application d’une série de mesures préventives. C’est là où réside tout le problème. En effet, trop en retrait sur  la question de l’application de la loi ces dernières années, l’Etat a fini par se retrouver  dans une situation velléitaire, incapable  d’appliquer les mesures annoncées, même le port obligatoire du masque.

La Tunisie a atteint la phase de danger

De nouvelles mesures annoncées par les ministères de la Santé, de l’Intérieur ainsi que des Affaires locales sont venues confirmer la gravité de la situation et la nécessité de stopper l’évolution alarmante de la pandémie compte tenu de l’incapacité du ministère de tutelle à faire face aux cas nécessitant  des soins urgents de réanimation.  Parmi ces mesures, figure justement  le renforcement des opérations de contrôle de l’application du protocole sanitaire dans les lieux et espaces de rassemblement. Mais sur le terrain, aucune partie n’est aujourd’hui en mesure  de mettre à exécution les  mesures annoncées. Les unités de la police nationale ont d’autres chats à fouetter. La lutte contre le crime prime après la montée des actes de braquage et des atroces assassinats, ainsi que la lutte contre l’hydre du terrorisme. Les unités sécuritaires ne peuvent être au four et au moulin. La police municipale et la police de l’environnement, manquant toujours d’effectifs et de moyens, ne sont pas, à leur tour, en mesure de s’acquitter de cette importante tâche. Comment alors pourra-t-on renforcer les contrôles autour de l’application du protocole sanitaire dans les lieux publics, notamment les cafés bondés dans les quartiers populaires, les souks  et les étalages anarchiques de friperie qui ont fait leur grand retour juste après la  fin du confinement sanitaire obligatoire.

La porte-parole du ministère de la Santé, Nissaf Ben Alaya, a par ailleurs confirmé cet état de fait en déclarant sur le plateau d’une télévision privée que moins de 10% des Tunisiens appliquaient les mesures sanitaires préventives, dont le port du masque et la distanciation physique. N’y allant pas par quatre chemins, elle reconnaît que la propagation du coronavirus dans le pays se poursuit à un rythme accéléré».  La Tunisie a atteint la phase de danger », alerte-t-elle.

A chaque  crise qui frappe le pays, une panoplie de mesures est annoncée par les décideurs. Et puis plus rien. Rien que de la poudre aux yeux, mais les incidences et les résultats sont déjà là. L’Etat commence à subir les conséquences de ses tergiversations, de sa politique de fuite en avant et de ses erreurs dans la gestion de la pandémie qui a fait monter en flèche le nombre de cas de contamination et de décès. Il est vrai qu’on ne pouvait éternellement garder les frontières fermées, mais nos décideurs auraient pu éviter la grave et inquiétante situation actuelle en mettant en application les mesures et recommandations annoncées qui sont restées lettre morte.

Désarroi des médecins

Ils sont souvent en première ligne face à un ennemi invisible, mais n’hésitent jamais, serment d’Hippocrate oblige, à braver tous les dangers et les risques de contamination, en dépit d’un manque flagrant de moyens et de soutien. La présidente du Conseil régional de l’Ordre des médecins de Tunis, professeur Lamia Kallel, confirme à La Presse que «c’est une situation de crise jamais vécue et qui ne fait que commencer». Et d’ajouter : «Nous sommes sollicités par nos confrères aussi bien de libre pratique que du public».

Le décès de certains soldats en blouse blanche dans l’exercice de leurs fonctions, dont le Dr Haithem Chamchik, médecin anesthésiste réanimateur qui nous a quittés à l’âge de 44 ans, est édifiant à plus d’un titre. A ce propos, professeur Lamia Kallel souligne à La Presse que  d’autres médecins sont actuellement sous machine, dans un état très critique, après avoir sauvé des patients de la même maladie. «C’est affligeant et enrageant», commente-t-elle.  A son tour, elle pointe du doigt le non-respect du protocole sanitaire par les citoyens, ce qui met en péril la santé des autres dont les médecins en première ligne. Avec 48% de plus de décès et 140% de plus de cas positifs en une semaine, le pire est à craindre en Tunisie, ajoute-t-elle. Et de conclure que plusieurs  structures hospitalières sont déjà sérieusement touchées.

Notons que Slim Gharsallah, médecin de 48 ans, est décédé lui aussi le 12 septembre à Tunis, des suites de ce damné virus ainsi que le père de l’ophtalmologie moderne, Mohamed Kammoun  (le 21 septembre). 

Les milieux carcéral et sportif touchés par le virus

Dans les milieux carcéraux, 34 détenus et 5 agents ont été testés positifs dans la prison d’El Mornaguia (gouvernorat de Manouba). La source de contamination n’a toujours pas été identifiée, annonce  le porte-parole de la direction générale des prisons, Sofiène Mezghich.

Dans les milieux sportifs, plusieurs joueurs, arbitres, staff technique et entraîneurs n’ont pas été épargnés par le coronavirus. Il va sans dire que la reprise de l’épreuve du championnat national de football et celle de la coupe de Tunisie, au moment où le taux de contamination ne cesse de grimper, n’a pas été accompagnée par  le respect de certaines consignes sanitaires, surtout en dehors des compétitions.

A la date du 30 septembre 2020, le nombre  de contaminés est de 17.405, celui des décès 246. Le mois de septembre a battu quasiment tous les records  avec des pics qui n’augurent rien de bon en l’absence d’une application plus sévère des dernières mesures sanitaires prises.

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