Le plastique provoque des ravages à l’échelle planétaire, et plus intensément à l’échelle nationale. Hammadi Lassoued, journaliste, jeune reporter d’images et réalisateur, a braqué les projecteurs sur ce fléau à travers un film-documentaire titré « Plasticratie », présenté en avant-première à CinéMadArt et destiné à sensibiliser à son impact désastreux. Hammadi Lassoued a déjà à son actif deux films documentaires : «Deportato», qui traite de la situation des expulsés de Lampedusa, et le 2e «Non Grata», évoque la situation des Subsahariens en Tunisie. «Plasticratie», sa 3e réalisation, reconstitue le cycle de vie d’une matière plastique de sa fabrication jusqu’à… ce qu’elle devienne comestible par l’être humain.  Le film tire la sonnette d’alarme. Rencontre avec son réalisateur.

Pourquoi avoir opté pour la thématique du « plastique et de son impact sur l’environnement » ?

L’idée au départ, c’était de réaliser un documentaire sur le plastique et sa prolifération. On a pensé créer  un documentaire « sur la vie d’une bouteille ou d’un sachet ou des deux !». Le sachet a résisté bien plus que la bouteille dans la nature. Les usines de fabrication de bouteilles nous ont énormément mis des bâtons dans les roues. Il y en a beaucoup qui ajoutent des produits chimiques dans ces bouteilles. La Sfbt, par exemple, a le monopole des boissons gazeuses et de l’eau. On a eu du mal à les rencontrer et à même y accéder. L’administration et les sous-chefs étaient d’accord, le haut chef formellement contre. Les responsables doivent savoir que quand les gens finiront par parler de leurs produits, c’est forcément pour dire que c’est nocif et très polluant. Même si je ne pourrai pas réellement comprendre l’aspect scientifique de ce qu’ils font, le constat ne peut être que mauvais, mis à part les problèmes sociaux, comme les employés impayés et autres qu’ils ne veulent pas montrer. Les usines d’eau, par exemple, sont petites, à équipes réduites, mais restent très polluantes. Par ailleurs, le film est produit par Nawaat et soutenu par le Heinrich Böll Stiftung.

« Plasticratie », peut-on en savoir plus sur la genèse du titre ?

J’étais ouvert aux propositions. On avait longtemps cogité sur un titre original. C’est mon patron qui a finalement proposé ce jeu de mots et qui reflète le contenu du doc. Le mot n’existe pas. On l’a fait en s’inspirant d’autres termes, comme démocratie, bureaucratie, oligarchie … C’était pertinent, juste et je ne pouvais que l’accepter. Ce titre est révélateur : on est totalement gouverné par le plastique ! 

Pour le volet « recherches » et « statistiques », avez-vous eu des problèmes d’accès à ces données cruciales pour votre film ?

En ce qui concerne ce point, deux détails sont à souligner : toutes les recherches sont « Open Source », accessibles, faciles à consulter. On a eu du mal à accéder au dernier rapport, qui mentionne l’interdiction d’user des sacs en plastique. Pour les recherches, on s’est heurté à la bureaucratie. Rien de plus anormal… Sinon, globalement, les ministères étaient coopératifs, les autorités aussi. Tout s’est fait en règle. Il a fallu que je fasse une demande d’accès à l’information. Cela a pris du temps, mais sans plus. J’ajouterai en deuxième lieu, le délabrement total de l’archivage et de la documentation en Tunisie. C’est alarmant ! Sana Mzoughi a fait un travail énorme sur la documentation. Pendant le tournage, le hasard fait que nous tombions sur d’autres témoins, d’autres prises, au point de se retrouver devant des personnes connaisseuses en train de nous donner une quantité énorme d’informations : leurs recherches sont accessibles à l’étranger bien plus qu’ici. Il a fallu s’adapter.

Quelles sont les principales difficultés que vous avez eues ?

Le manque de temps. J’avais des deadlines. Cela m’a pris 3 mois en tout. J’ai travaillé dessus pendant le confinement. La recherche a demandé énormément d’efforts. On aurait pu étaler d’autres axes si la recherche a eu lieu jusqu’au bout. Les chefs d’usine n’ont pas été coopératifs. Dans l’administration, il y a ceux qui m’ont tendu la main. La bureaucratie m’a ralenti. La réticence des employeurs et de quelques témoins à visages découverts était tout le temps de mise.

Sur quels critères vous-vous êtes basé pour choisir vos intervenants ?

Des disciplines étaient déjà ciblées d’avance. Il y avait un producteur de plastique, une chercheuse / environnementaliste, expert en plastique et un «barbèch». Après, il a fallu chercher des noms pour chaque case. Sana Mzoughi m’a beaucoup aidé, et cela entrait dans le cadre de sa recherche. Des noms étaient étalés, proposés, pensés et, au fur à mesure, on se pliait à la disponibilité de chacune/chacun et à leur consentement. Certains ne voulaient parler que suite à d’autres interventions : il fallait synchroniser.

«Plasticratie » est un documentaire journalistique qui vise surtout à sensibiliser. Comptez-vous le rendre accessible et le faire tourner dans les salles,  les festivals ou dans les écoles ?

Initialement, le film est réalisé pour sensibiliser, effectivement. Je reçois de nombreuses demandes pour le montrer. Je ne crois pas aux projections privées, fermées. Je suis totalement pour sa diffusion sur Youtube et de permettre à tout le monde de le voir. Je le rendrai à la portée de toutes et de tous, sans restriction.

Quelles sont les solutions à appliquer, d’après vous, pour éradiquer ce fléau ?

Il n’y en a pas (sourire).Il n’y a pas que le plastique. D’autres produits sont tout aussi nocifs, toxiques et cancérigènes. Les gens ne cherchent pas de solutions, ils apprennent à vivre avec et sont indifférents même pour agir. Le capitalisme règne et tire profit avant la fin de la civilisation (rires). Les gens usent du plastique à tort et à travers. Heureusement, qu’il y a une partie de ce plastique-là recyclable. Pour le comportement des gens, ça demande beaucoup de travail pour le changer. Par contre, c’est à l’autorité et à l’Etat de réduire ce fléau en pensant à des textes de loi et en proposant des initiatives de fond. Cela pourrait réduire considérablement l’impact désastreux du plastique. Préparer à très long terme les nouvelles générations aux dangers … peut être. Et encore.

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