La Banque centrale de Tunisie a publié, récemment, une note sur les évolutions économiques et monétaires qui font ressortir une situation économique défavorable due à plusieurs facteurs, dont principalement le Covid-19 et les protestations sociales qui ont bloqué la production sur certains sites comme ceux du phosphate.

Aux prix constants de 2010, l’activité économique a subi une forte contraction sans précédent durant le deuxième trimestre de 2020, avec une baisse plus aiguë que prévu de l’ordre de -18,9% en variation trimestrielle (V.T) et de-20,8% en glissement annuel (G.A), et ce, après avoir reculé de -2,4% en V.T et -2,0% en G.A au cours du premier trimestre de 2020.

Cette évolution est principalement attribuable à la chute de la VA des services marchands, ainsi qu’à la contre-performance des industries manufacturières, des industries non manufacturières et des activités non marchandes, particulièrement la branche de l’Administration publique.

Contre-performance des branches exportatrices

Sur l’ensemble du premier semestre, la contraction était de l’ordre de -11,4% (contre +1,2% enregistré au premier semestre 2019). Sur les huit premiers mois de l’année 2020, le secteur des industries manufacturières a été marqué par la contre-performance des principales branches exportatrices du textile, habillement et chaussures et industries mécaniques et électriques  (THC & IME), suite au quasi-arrêt du commerce mondial et à la contraction de l’activité industrielle européenne sur fond de propagation de la pandémie de la Covid-19 depuis mars 2020.

S’agissant du secteur énergétique, la situation ne cesse de s’aggraver, avec la poursuite des protestations sociales, notamment, dans la région d‘ El-Kamour. D’ailleurs, sur les sept premiers mois de 2020, la production nationale de pétrole brut a accusé une baisse de -0,9% après -6,6% en 2019 et -0,2% en 2018, et a porté la marque des arrêts récurrents de la production dans les principaux champs pétrolifères, à l’instar de Nawara, suite aux pannes techniques.

Toutefois, la production nationale de gaz a affiché un léger mieux,  +0,5% sur la même période (contre -12,4% en 2019 et +0,5% en 2018). Notons que les exportations des produits énergétiques ont augmenté, de +8,6% (après +4,2% en 2019), suite à la reprise de l’activité dans la raffinerie Stir après un long arrêt de plus de 10 mois pour maintenance.

Production du phosphate paralysée

Quant aux secteurs extractifs, le bilan demeure négatif en 2020. Rappelons que le deuxième trimestre 2020 a été particulièrement marqué par l’accentuation des protestations au niveau du bassin minier, ce qui a paralysé la production du phosphate brut, ainsi que son transport vers les usines des industries chimiques. En effet, la production du phosphate a atteint 2.427,700 tonnes durant les huit premiers mois de 2020, après 2.656,100 tonnes en 2019, soit une baisse de -8,6%. D’ailleurs, les problèmes de production de phosphate au niveau de la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) ont poussé le Groupe chimique tunisien (GCT) à importer une quantité importante de phosphate afin de constituer un stock et assurer la production d’engrais.

Du côté des services marchands, les branches du tourisme et du transport ont été les plus touchées par la pandémie, en dépit de l’ouverture, à partir du 27 juin 2020, des frontières aériennes et maritimes. D’ailleurs, les derniers indicateurs disponibles, sur les huit premiers mois de l’année 2020, affichent des baisses importantes des entrées des non-résidents, des nuitées hôtelières et du nombre de passagers aériens, de l’ordre de -76,8%, -74,0% et -72,9% respectivement, et ce, comparativement à la même période de l’année.

La crise sanitaire n’a pas manqué de se répercuter sur les indicateurs du transport aérien et ferroviaire, ainsi que ceux de la consommation des produits pétroliers qui ont connu une chute drastique, durant les sept premiers mois de 2020, et ce, par rapport à la même période de l’année 2019.

Après le rebond conjoncturel enregistré durant la période de confinement (6,2% en mars 2020 et 6,3% en avril et mai 2020), le taux d’inflation a emprunté une tendance baissière à partir du mois de juin, pour se stabiliser à 5,4% en G.A, en septembre, contre 6,7% enregistrés une année auparavant. Cette évolution porte la marque du ralentissement de l’inflation sous-jacente et de l’atténuation du rythme de progression des prix administrés, lesquels ont contrasté avec l’affermissement des prix des produits alimentaires frais.

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Un commentaire

  1. ALAIN CORBIZ

    16/10/2020 à 18:08

    Nous étions parmi les plus gros exportateurs de phosphate au monde.
    Nous venons depuis la 1ère fois de notre histoire en importer cette année.
    On ne rentre pas de devises et on en utilise pour payer cette dépense qui n’existait pas ce n’est donc pas étonnant que les indicateurs soient dans le rouge

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