Cette fois, les frondeurs qui ne cachent plus leur opposition déclarée au président du parti, Rached Ghannouchi, refusant qu’il brigue un troisième mandat, changent de tactique et s’adressent directement aux militants de base nahdhaouis et aux cadres régionaux pour les sommer de sauver leur parti, de préserver son image de l’un des temples du militantisme pour la démocratie et aussi pour «accompagner le président de leur parti dans la préservation de son prestige personnel et son passé militant».

Quand Mohamed Ben Salah, l’ancien ministre de l’Agriculture à l’époque de la Troïka I et II et l’un des présidents du mouvement Ennahdha lors des années de braise, parle de la nécessité absolue pour Rached Ghannouchi, président du parti nahdhaoui et président du Parlement, de déclarer publiquement qu’il ne se portera pas candidat à un troisième mandat présidentiel à la tête du parti, mandat que l’article 31 du règlement intérieur du parti interdit textuellement et le plus clairement du monde, et quand le même Ben Salem déclare qu’il plaint son chef Rached Ghannouchi pour son intention de souiller sa réputation de «grand militant pour la démocratie qui a passé cinquante ans de sa vie à combattre Bourguiba et Ben Ali pour leur propension à présider à vie la Tunisie et qui aujourd’hui commet les mêmes erreurs que les deux présidents défunts», il faut comprendre que, cette fois, la fronde et la grogne au sein du parti de Montplaisir ne vont pas connaître le même sort que la colère manifestée jusqu’ici, à titre d’exemple, par Hamadi Jebali, Zied Laâdhari, Abdelhamid Jelassi, Hichem Laârayedh ou Riadh Chaïbi (avant qu’il ne réintègre le parti et ne soit désigné récemment conseiller auprès du président du parti en remplacement de Lotfi Zitoun qui se contente, désormais, de son statut de membre du Conseil de la choura et qui s’exprime  via des statuts qu’il publie régulièrement sur facebook).

Cette fois, Mohamed Ben Salem, Noureddine Arbaoui, Imed Hammami, Samir Dilou, Abdellatif Mekki, les signataires les plus médiatisés de la fameuse lettre des 100 contestataires exhortant avec insistance Rached Ghannouchi à déclarer publiquement son intention de respecter scrupuleusement l’article 31 du règlement intérieur du parti lors de son 11e Congrès national dont les travaux sont prévus d’ici la fin de l’année 2020 ne sont pas décidés à lâcher prise ou à revenir à de meilleurs sentiments (comme La Presse l’a évoqué dans l’une de ses précédentes éditions quand Ghannouchi aurait laissé entendre qu’il était pour le retour des dirigeants auto-exclus comme Hamadi Jebali dans l’objectif de trouver une solution consensuelle qui satisfaisse, à la fois, les frondeurs et garantirait au président du parti un poste au sein de la direction lui permettant de continuer à tout gérer à Montplaisir).

Et au moment où plusieurs observateurs croyaient que la fronde était en voie de s’estomper (voir La Presse du mercredi 14 octobre) et que les voix des contestataires commençaient à se tasser, surtout après leur défaite lors de l’élection du président du Bloc parlementaire quand leur représentant Féthi Ayadi a été battu par Imed Khemiri l’un des lieutenants les plus fidèles du président du parti, on découvre qu’ils n’ont pas lâché prise et qu’ils viennent d’envoyer une nouvelle lettre, cette fois, aux militants de base et cadres nahdhaouis dans laquelle ils dénoncent les réactions du président Ghannouchi à leur première lettre, révèlent les pratiques honteuses de harcèlement et de pression dont font l’objet des signataires de la première lettre, annoncent que Ghannouchi aurait l’intention de briguer non seulement un nouveau mandat à la tête d’Ennahdha, mais envisage aussi de se porter candidat à la présidence de la République pour le mandat 2024-2029. Et pour finir, les signataires de la deuxième lettre ouverte (dont on peut consulter sur les réseaux sociaux les quelque sept pages) font part de leur engagement renouvelé «à déployer tous les efforts nécessaires» afin de dissuader Rached Ghannouchi de — comme le souligne Mohamed Ben Salem — préserver son image de grand militant démocrate, de sauvegarder l’unité du parti et de faire en sorte qu’Ennahdha donne l’exemple en matière de consécration de la démocratie au sein de ses structures de base et de direction, condition sine qua non de la réussite de la transition démocratique sur le plan national».

Et comme on attendait avec impatience la réponse de Ghannouchi aux auteurs de la deuxième lettre, celui-ci n’a pas tardé à préciser, à Bizerte, lors de la célébration du 57e anniversaire de la fête de l’Evacuation que la question de sa candidature pour un nouveau mandat à la tête d’Ennahdha est «prématurée», ajoutant qu’«elle sera tranchée lors du prochain congrès».

Et le président d’Ennahdha de faire remarquer qu’il respecte le règlement intérieur du parti et  l’avis de certains dirigeants qui s’opposent à sa candidature.

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Un commentaire

  1. David Kacem

    17/10/2020 à 12:23

    Quand un Arabe prend le pouvoir, il veut mourir sur la chaise. C’est encore pire pour Ennahtha, qui n’est là que pour se venger! 😀

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