Avec toutes les terres domaniales que l’on dit avoir récupérées, et avec tout ce qui existe déjà, l’agriculture tunisienne est en mesure de passer la vitesse supérieure.

Il ne s’agit nullement de tourner la tête, de porter une visière ou de prononcer des discours qui se veulent apaisants et de circonstance : le tourisme et son délabrement, au niveau de tous les pays du monde, à la suite de cette pandémie Covid-19, inquiètent. On cherche des solutions pour aider (encore !) les hôteliers à s’en tirer. Bien entendu, un pays dont l’économie tourne à plein rendement ou qui dispose de ressources importantes est en mesure d’assister tous les secteurs qui peinent, à l’effet de leur permettre de traverser le gué.

Ce n’est pas le cas de la Tunisie qui connaît des soubresauts sociaux mobilisant aussi bien les élites que la simple main-d’œuvre : on peine à trouver de quoi payer la pléiade de fonctionnaires, dont le nombre a doublé en quelques années, à redresser  une bonne partie des sociétés nationales déficitaires et qui se permettent encore certaines largesses, à boucler un budget figé par les grèves, les conquêtes des trublions qui empêchent la production et par l’insouciance des élus à tous les niveaux qui ne semblent intéressés, en ce bas monde, que par ce qu’ils peuvent arracher  et à mettre à leur compte.

La Tunisie doit développer la production et l’exportation d’huile de qualité et de dattes pourvoyeuses de recettes en devises précieuses. Le manque de financement est insuffisant pour ce secteur porteur. Mais il n’y a pas que cela.

Il y a lieu de signaler que ce secteur manque de financement.

L’agriculture : à encourager

Les dernières statistiques publiées font état d’une baisse extrêmement importante des recettes en devises. Les recettes provenant du tourisme ont chuté de 56%. Elles ne dépassent pas le 1,2 milliard de dinars, contre 2,8 milliards de dinars, durant la même période de l’année dernière.  On parle de la fermeture de 50% du nombre des hôtels.

Les lobbies sont si puissants que ces aides que l’on est encore en mesure de programmer vont  pour alléger le fardeau de ceux qui, certes, ploient sous le joug de l’inactivité, mais négligent un secteur  actif en toutes saisons, prodigue et en mesure d’assurer l’autosuffisance au niveau de bien des secteurs, et qui est capable  de relancer sérieusement l’économie. C’est le secteur de l’agriculture. Avec toutes ces terres que l’on dit avoir récupérées, et avec tout ce qui existe déjà, l’agriculture tunisienne est en mesure de passer la vitesse supérieure.

Combien y a-t-il d’ingénieurs agronomes au chômage ?

Cette force de travail et  de production, à la condition de lui donner les moyens de le devenir est sous-sollicitée, sous-employée, souvent ignorée, réduite à l’inactivité en dépit de ce qui a été dépensé pour la former.

Trêve de slogans et de politique

Ces terres récupérées, au rythme où va l’administration tunisienne avec ses décrets d’application et ses barrages, obstructions, barricades, verrouillages et autres barrières successives sur la voie de l’initiative,  risquent de retomber en friche, se désertifier, et être livrées à l’abandon avant que l’on décide de les transformer en force de production. Des centaines de bras, spécialisés sont capables de leur éviter ce sort, si l’on prenait la peine de simplifier les procédures, en les confiant à un genre d’office qui leur permettra de passer directement au stade de l’exploitation et de la production. La formule de la cession est à trouver, mais le plus important est bien d’éviter la rupture et la déperdition de cette richesse.

La création de ce genre d’institution dans les régions intéressées, facilitera l’acquisition du matériel qui sera collectif, des engrais dont l’achat sera  groupé et de la production qui sera acheminée vers les véritables opérateurs économiques et non pas devenir la proie des trafiquants de tous bords.

Il est bien entendu que l’expérience des offices n’a pas toujours été positive. Ceux qui ont eu à veiller sur ces organismes les ont plongés dans les dettes et les déficits au point de devenir des fardeaux pour l’Etat. En associant les exploitants des terres récupérées  à la direction de ces offices, on sera en mesure, grâce à cet intéressement direct, de poser les jalons d’une gestion efficace et rentable.

L’exemple de Rjim Maatoug

Nous  avons eu l’exemple de Rjim Maatoug où l’armée tunisienne a pu transformer ces terres désertiques en oasis florissantes où poussent des palmiers dattiers qui sont actuellement en plein rendement.

Ces terres ont été arrachées au désert. On en a fait une richesse qu’on a mise à la disposition des futures générations.

«Rjim Maâtoug est la plus belle illustration de ce que l’impossible n’est pas tunisien», avait écrit notre excellente consœur Alya Hamza, à La Presse, en évoquant le livre consacré par le général de brigade, Mohamed Meddeb, à ce projet pionnier, «Là fut la plus belle bataille engagée par notre armée dont la première mission est, depuis toujours, d’apporter aide et soutien aux populations. Là fut sa plus belle victoire: défier les aléas de la nature, transformer en trente ans un environnement hostile en un jardin fleuri.

Faire de Rjim Maâtoug une zone agricole et urbaine, des oasis, des villages. Pour parler en chiffres, le complexe agro-urbain est composé essentiellement de six oasis, d’une superficie totale de 2.500 hectares de dattiers, chacune jumelée avec un village doté des infrastructures de base. 7.000 habitants, dont la majorité sont des nomades, sédentarisés. Aujourd’hui, on y cultive les meilleures qualités de Deglet Ennour, mais on y parle de tourisme saharien, et de plus en plus d’énergie solaire.

Un sénateur américain en visite dans la région avait un jour rendu hommage à cette réalisation: «Alors que toutes les armées du monde sont engagées dans une course aux armements, et rêvent de victoires, l’armée tunisienne est en train de remporter des victoires sur le désert».

Un défi pour ces jeunes

Ces jeunes que l’on recrute un peu partout dans le cadre de ces « sociétés de l’Environnement » pourraient faire la même chose. Le salaire qu’on leur verse sera dès lors  fortement mérité et on risque de les voir s’attacher à ces sols qu’ils s’atteleront à faire fructifier.

Bien sûr, il faudrait leur éviter les lenteurs administratives et leur donner des moyens (forages, moyens de transport et manutention, logistique etc…)  et les encadrer.

La prochaine fête de l’Arbre pourrait déclencher une opération de lancement de ce genre de projet rentable. Ces terres, qui appartiennent à l’Etat, devraient être boisées de manière utile : figuiers, palmiers, figues de Barbarie, caroubiers et bien d’autres plants, qui n’exigent pas de grands moyens, pourraient leur redonner vie et valeur.

Il ne s’agit pas de les céder, mais de  les mettre en valeur, quitte à décider,  plus tard, de leur sort en les mettant à la disposition de ceux qui sont capables de les transformer en outils de production.

Le mépris d’une certaine élite à l’égard de l’agriculture est perceptible, alors que de nombreux jeunes semblent se contenter de vivoter dans les villes plutôt que de retirer un meilleur revenu sur leurs terres.

Des jeunes à l’horizon bouché

Des milliers de jeunes Tunisiens ne rêvent que d’appliquer ce qu’ils ont appris à faire, de  créer leur entreprise.  Il leur manque les moyens et la confiance qu’on devrait leur accorder pour se lancer et devenir productifs.

En agriculture, le créneau du bio est en train de gagner du terrain. Les demandes parvenant de l’étranger sont de plus en plus pressantes. L’agriculture tunisienne, qui  a prouvé qu’elle était en mesure d’y répondre favorablement, intéresse de plus en plus les consommateurs étrangers (et même tunisiens).

Les  superficies de l’agriculture biologique sont en nette  progression. Le nombre d’opérateurs, de 481 en 2002, frôle actuellement les cinq mille.

Ce secteur contribue aujourd’hui à la régression du déficit de la balance commerciale à l’échelle nationale. Les exportations des produits biologiques sont en croissance continue.

C’est donc un créneau capable d’offrir du travail à des centaines de techniciens et d’ingénieurs agronomes, et de caser une bonne partie de cette main-d’œuvre inactive, tout en renforçant les moyens de production de cette agriculture qui est en mesure d’offrir des milliers de véritables postes d’emploi.

Les légumes miniatures

Autre créneau qui marche et dont le marché est fort demandeur, surtout à l’étranger, celui des légumes miniatures.Les  grands restaurants  du monde entier les demandent pour leur allure et pour la variété qu’ils représentent dans le dressage des plats. Les gamins qui, généralement rechignent à consommer des légumes, les adoptent  pour leur petite taille et ils sont appréciés par les  jardiniers pour leur rapidité de croissance. Ces mini-légumes s’invitent partout !

Cela ne devrait pas être génial d’en produire et d’en exporter.

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