La santé avait toujours une place de choix dans la politique tunisienne dès les premières années de  l’indépendance et sauf les ingrats demeurent insensibles et non reconnaissants à cet égard.

Et la sécurité médicale, comme un but escompté, n’est pas l’apanage de médecins seulement mais de tous les acteurs de la santé et même les intervenants étrangers au corps médical stricto sensu. C’est-à-dire la sécurité médicale incombe aux soignants que ce soit médecins ou autres, ainsi qu’aux distributeurs de produits pharmaceutiques et à ceux qui commercialisent les dispositifs médicaux.

En outre, l’administration médicale doit être attentive au niveau du contrôle et sévère à l’égard de la déficience et de la corruption.

Le secteur de la santé représente une chaîne formée de plusieurs maillons et chaque maillon a son rôle et son importance d’où la nécessité de mettre en place un contrôle rigoureux à travers des mécanismes appropriés.

Cependant, abstraction faite de l’indignation qu’a suscitée le secteur dernièrement suite à la mort de quatorze nourrissons à l’hôpital de La Rabta pour des causes qui restent encore suspectes, je le dis haut et fort que le personnel de la santé accomplit sa besogne dans des conditions très dures et parfois lamentables essentiellement pour carence ou absence de dispositifs adéquats. L’adage dit «à l’impossible nul n’est tenu».

Certainement, le secteur de la santé connaît un malaise structurel et organisationnel, comme tous les autres secteurs de l’État, sachant que les anomalies de la santé ne  passent pas inaperçues vu l’importance du secteur pour les citoyens. Rien ne vaut la santé.

Toutefois, il faut dire aux tenants de la perfection que la médecine n’est pas une science exacte, au contraire, c’est l’art de l’incertain, car dans tout acte médical il y a toujours une part d’aléa or le risque zéro ne figure pas en médecine.

De surcroît, les infections nosocomiales sont fréquentes et omniprésentes dans tous les établissements de santé, même en Europe et en Amérique.

En France, à titre d’exemple, près d’un million de Français contractent une infection due, dans la plupart des cas à des défauts d’organisation et au non-respect des règles d’hygiène.

Est-ce tolérable ou non, voilà le hic?

Cela dit, la règle déontologique qui régit l’éthique du métier est que le malade doit être traité avec égard sur le plan corporel et moral tout en respectant son intégrité physique et son intimité.

Mais, il ne faut pas nier qu’il y a des mauvaises pratiques dans nos établissements hospitaliers qui dénotent manifestement un déficit d’humanité à l’égard des usagers de la santé et surtout à l’égard des personnes les plus démunies.

Un tel comportement, bien qu’il soit professionnellement et moralement inacceptable, peut dans certains cas faire l’objet de poursuites pénales pour non assistance à personne en danger.

Cela dit, vu que la vie humaine est primordiale et d’importance capitale, l’obligation pesant sur les soignants est d’ampleur et de gravité exceptionnelle et pas une simple «obligation de moyens» bien qu’elle soit légalement de cette nature.

Aujourd’hui, on parle d’une «obligation de sécurité» pesant sur l’administration de santé publique ou privée. Une telle obligation est de nature objective, c’est à dire sans faute. Or le patient n’est pas tenu d’administrer la preuve de la faute incombant au soignant. La simple réalisation du dommage, surtout corporel, donne lieu automatiquement à la réparation du dommage.

En tout état de cause, j’accuse la nonchalance des soignants dépourvus de valeurs morales dans nos établissements de santé publique vu le danger encouru par les patients, bien que cela n’ôte rien à la noblesse du métier.

En dernière analyse, le secteur de la santé nécessite un redressement radical.

Par Taher Ben TURKI
(Président de la chambre criminelle à la Cour d’appel de Tunis)

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