Au mois de Ramadan, alors que les investissements publicitaires des grandes enseignes de l’industrie agroalimentaire et autres se multiplient, la consommation des émissions de divertissement, notamment les feuilletons, bat son plein. On assiste alors à des taux d’audience extrêmement élevés mais aussi à une « guerre » d’audience entre les chaînes concurrentes. Dès lors, tout est permis pour attirer le téléspectateur : violence, langage grossier et propos à connotation sexuelle… On ne se prive de rien…

En effet, ce mois de Ramadan est marqué par une concurrence acharnée entre les différentes chaînes de télévision tunisiennes. Chacune, cherchant à élargir sa part d’audience synonyme de revenus publicitaires, a investi dans la production de séries et feuilletons visant à séduire les téléspectateurs. Mais, malheureusement, ces contenus audiovisuels sont, en majorité, liés à l’excès de représentations violentes sur nos écrans. Meurtre, exécutions, violence physique et verbale, propos à connotation sexuelle… ces scènes pénètrent quotidiennement les foyers tunisiens, exposant les enfants, en particulier, à des formes de violence, parfois extrême.  

Consciente des dangers de cette exposition aux contenus violents, l’Organisation tunisienne pour l’éducation et la famille (Otef) a exprimé sa profonde préoccupation quant à la diffusion de programmes «contraires à une éducation saine et contribuant à la destruction de la famille tunisienne» durant le mois de Ramadan. «Les institutions constitutionnelles de l’État et de la société civile sont appelées à agir et à prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à cette hémorragie médiatique», a-t-on appelé.

L’Otef estime que «l’invitation de personnalités sans valeur à des émissions à forte audience et la diffusion de programmes de jeux qui favorisent le gain facile et de séries populistes sont susceptibles de porter un message éducatif malsain et d’encourager la désobéissance, la paresse et la détérioration de la moralité, outre le renforcement de la violence dans la société».

Idem pour le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, le constat est sans appel, la violence est omniprésente sur nos écrans, ce qui met en péril la société, la sécurité des enfants et des familles tunisiens. En effet, pour Naziha Laâbidi, ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, ces scènes violentes  «vont à l’encontre des valeurs familiales que doit promouvoir la Tunisie».  

«Nous appelons à lutter contre ces contenus médiatiques violents, la société civile doit y contribuer pour limiter leur pénétration dans les foyers tunisiens. Le gouvernement continue à prendre des mesures pour protéger l’enfance et la Tunisie a été parmi les premiers pays à voter la loi intégrale contre les violences faites aux femmes et la violence en général. Ces contenus n’ont rien à voir avec la société tunisienne et la Haica a aussi joué son rôle pour réduire ce phénomène», a-t-il souligné dans des déclarations médiatiques.

 Les enfants, les plus vulnérables

Les enfants et les adolescents semblent être les plus attirés par ces contenus inappropriés, mais aussi les plus vulnérables compte tenu de leur tendance à reproduire et imiter les scènes violentes. L’influence de la télé et des contenus médiatiques violents sur les enfants dépend, soulignons-le, de plusieurs facteurs : le nombre d’heures passées devant le petit écran, leur âge, leur personnalité, le fait de regarder la télé seuls ou avec des adultes et enfin les discussions qu’ils auront ou non avec leurs parents, leurs amis, leur entourage, sur le contenu visionné, outre le milieu social et les différentes situations de consommation de contenus médiatiques. Même si les différentes études réalisées ne parviennent pas à conclure à une relation de causalité directe entre l’exposition aux contenus violents et le comportement violent des enfants, il se dégage un consensus disant que les enfants peuvent être vulnérables aux images et aux messages violents. Mais ceci est particulièrement vrai pour les jeunes enfants, qui sont plus susceptibles d’afficher des comportements agressifs.

Et parce que la télévision est devenue omniprésente de nos jours, à cause de la banalisation des terminaux mobiles, dont notamment les smartphones, ces contenus parviennent aux enfants par tous les chemins, notamment par les réseaux sociaux, ainsi leur contrôle serait une simple illusion. En effet, de nombreux enfants et jeunes tunisiens consomment ces contenus audiovisuels à travers leurs smartphones, ordinateurs et sur les réseaux sociaux, étant donné que les chaînes de télévision offrent également ces contenus sur ces réseaux, c’est le phénomène de convergences des médias. La consommation devient alors une expérience collective, et des débats s’ouvrent autour de ces contenus, fait qui renforce leur mémorisation par cette catégorie d’âge vulnérable.

Ainsi il serait utile de signaler qu’à la télévision, nos enfants ne voient pas la même chose que nous et certaines images peuvent susciter chez eux des émotions, des représentations et des perceptions complexes et inhabituelles. Par ailleurs, accuser la télévision d’être la cause de la violence et de tous les maux de la société est un procès trop facile.

La Haica réagit

La question de la violence à la télévision relève, en Tunisie, de la compétence de l’autorité de régulation de l’audiovisuel, la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica), en vertu du décret-loi 116.

C’est dans ce sens que cette autorité de régulation a ordonné à la chaîne Elhiwar Ettounsi de diffuser le feuilleton «Awled Moufida» après 22h00. La chaîne a été contrainte d’indiquer clairement sur tout l’écran la mention «déconseillé aux enfants de moins de 12 ans», et ce, 10 secondes avant la diffusion de chaque épisode du feuilleton.

Elhiwar devra également faire défiler en bas de l’écran tout au long de l’épisode un rappel indiquant que le programme est interdit aux enfants de moins de 12 ans. Mais la chaîne a décidé autrement et a refait le montage de certains épisodes pour supprimer les scènes violentes et inappropriées, en vue de conserver l’heure de diffusion, le prime-time.

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