Il n’y a pas affaire plus importante pour le Tunisien que son pouvoir d’achat et sa capacité à faire face aux dépenses, en général, ainsi que les dépenses qui sont conjoncturelles comme c’est le cas pour ce mois. Car, depuis 2011, il ne cesse de voir ce pouvoir d’achat s’éroder au point qu’il a abandonné des habitudes et des traditions de consommation vieilles de plusieurs décennies.
Il ne s’offre plus certains fruits (bananes, poires…), certaines autres friandises et fruits secs (chocolat, amandes, pistaches…), laitages (fromages…) sans parler des autres besoins comme les vêtements ou les loisirs.

Opposition systématique
On a trop souvent dit qu’il n’y a plus de classe moyenne en Tunisie. Il n’y a plus que des riches et des plus riches (les nouveaux riches surtout) ainsi que la classe des démunis. Un déséquilibre social flagrant caractérise, désormais, notre pays et le place parmi les pays qui se paupérisent à une vitesse incroyable.
Le tableau, ainsi fait, semble d’une noirceur insupportable mais, malheureusement, on ne peut que se rendre à cette évidence amère. Les réformes nécessaires pour redresser la barre ne viennent pas ou sont empêchées par des intérêts corporatistes ou égoïstes. Des syndicats et des organisations professionnelles s’opposent systématiquement à toute tentative visant à apporter des changements au mode de développement sans rien proposer comme solutions de rechange réalistes et sincères.
D’où le sentiment qu’il s’agirait, beaucoup plus, de mettre des bâtons dans les roues de ceux qui cherchent à aider le pays à sortir de la crise. Ils nous sortent, alors, des solutions venues d’un autre âge et qui n’ont pas le profil requis, notamment, quand il s’agit de s’adapter à une réalité internationale. On refuse, donc, tout. Pas de réforme de la Fonction publique, pas de réforme du système de sécurité sociale, pas de restructuration des institutions économiques, pas de privatisation, pas d’Aleca, pas d’accords avec l’environnement économique mondial…

Ouvriers engagés
Par contre, on n’hésite pas à exiger que l’Etat subvienne à toutes les exigences socioéconomiques sans aucune contrepartie. Les organisations agricoles demandent qu’il lui soit accordé des prêts sans compter (pour demander, ensuite, que l’Etat efface ces crédits), d’autres exigent des créations d’emplois à gogo même si la nécessité ne s’impose pas (on se rappelle les recrutements massifs depuis 2011). La «régularisation» de plusieurs secteurs tels que les ouvriers engagés dans le cadre de la sous-traitance à l’instar des agents de gardiennage ou de nettoyage exerçant dans de grandes sociétés (Steg, Sonede, CPG…) et qui sont devenus des agents de ces institutions économiques à part entière sans, pour autant, donner, en retour, ce qui leur est demandé.
Des centaines de milliers de ces personnes remplissent nos établissements et nos sociétés nationales sans apporter cette plus-value qu’on est en droit d’attendre d’eux. En parallèle, ceux qui ont tenu bon à ce que nous soyons dans cette situation se félicitent de leur exploit sans se soucier, outre mesure, des dégâts irréparables qu’ils ont causés à notre économie et dont les retombées se font sentir dans le quotidien difficile des Tunisiens.

Pour qui roulent-ils ?
Ce qui est encore pire, c’est que ces organisations professionnelles font toujours de la surenchère sans tenir compte de ce que cela peut entraîner sur les équilibres économiques et sur la pérennité de nos entreprises. Le sort réservé aux grandes sociétés nationales est des plus pitoyable. Qu’on regarde dans quel état elles sont, aujourd’hui ? Des pertes et des déficits à n’en plus finir sont leur lot quotidien. On pourrait citer celles qui ont, toujours, constitué la fierté du pays comme les trois grandes sociétés déjà mentionnées ou, encore, Tunisair, Télecom, la Cnam, la Cnss, les banques d’Etat …
En somme, là où ces redresseurs de torts sont présents c’est le chaos et l’anarchie qui s’installent. D’ailleurs, on ne les voit si actifs que lorsqu’il s’agit de faire front à des mesures officielles souvent bien réfléchies ou à des projets. Au contraire, ils s’illustrent par leur mutisme (souvent complice) dès qu’il s’agit d’insuffler une dynamique de développement dans les régions. Ils sont aux premières lignes pour freiner tel projet dans les zones où des usines causent des problèmes environnementaux. Ils invoquent, alors, les intérêts des citoyens et veulent, immédiatement, la fermeture de ces institutions qui existent depuis des décennies et qui ont fourni et fournissent des milliers de postes de travail.

Destruction d’un symbole
Mais quand il s’agit de défendre les intérêts de la région du Bassin minier face à la prolifération des lobbies qui cherchent à s’accaparer les richesses minières ils brillent par leur absence sur la scène. Ils se complaisent à assister à la destruction d’un symbole de l’économie et oublient que c’est grâce à lui que cette région dispose d’une infrastructure industrielle.
L’histoire du blocage de la ligne de chemin de fer n° 13 est on ne peut plus convaincante de l’inertie de ce qu’on appelle «les forces sociales». Comment peut-on concevoir qu’une poignée d’individus imposent leur loi à l’Etat pendant plusieurs années et empêchent la circulation des trains en toute impunité ? Le droit de circulation et la liberté des citoyens ne sont-ils pas bafoués ? Où sont ces défenseurs de la liberté dans ce cas ? Y a-t-il deux poids deux mesures ou ces personnes craignent-elles pour l’image populiste qu’elles veulent préserver ?
Ces députés (représentants du Peuple !) hargneux et rageurs se transforment en agneaux devant ces mouvements dits «sociaux» dont le but n’est que de bloquer un projet d’autoroute, de chemin de fer, de construction d’écoles ou de lycées… Tous les prétextes sont bons pour mettre des freins devant la réalisation de ces programmes. Ils caressent les protestataires et les manifestants de tous types dans le sens du poil. Pourvu qu’ils paraissent «sympathiques» et «proches des préoccupations du peuple». Après, ils auront tout le loisir de faire des déclarations tonitruantes selon lesquelles ce gouvernement (ou n’importe quel autre en place) est incapable d’assumer son rôle !

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