Un tour dans les principaux espaces publics de la capitale nous a permis de constater le comportement de certains citoyens dans un contexte marqué par la propagation de la pandémie du Covid-19.

A 9h00, devant le guichet de la Sonede, de nombreux citoyens sont venus pour payer leur facture. Les files constituées devant le siège de la société semblent interminables. A l’entrée, un agent de la sécurité organise l’entrée des clients en prenant la température de chacun. Ilyes, la quarantaine, une bouteille du gel désinfectant à la main, se plaint des longues files d’attente : «Je suis ici depuis 8h00 pour payer ma facture et l’agent du guichet m’a répondu “reviens demain car le système est tombé en panne”; vraiment c’est une situation inquiétante».

Le non-respect du protocole sanitaire dans les espaces publics est remarquable. Il n’est pas étonnant d’apprendre à travers les médias, chaque jour, une évolution des cas atteints du Covid-19. Beaucoup de personnes sont inconscientes du danger encouru en faisant fi du protocole sanitaire. Et notre interlocuteur d’ajouter : «Ceux qui ne portent pas de bavette sont passibles d’une amende de 60 dinars. C’est inimaginable et inacceptable».

Attention à l’évolution rapide du coronavirus

D’un autre côté, Safa, une jeune rousse, semble respecter le protocole sanitaire dans la mesure où elle porte son masque et respecte la distanciation. Elle affirme d’un ton maussade que bien que les citoyens soient conscients de la gravité de la situation, ils n’ont pourtant cure de leur santé et de celle d’autrui. «Il faudrait rajouter des caméras de surveillance au niveau des guichets et sanctionner ceux qui ne respectent pas la loi. C’est un calvaire au quotidien», a ajouté la jeune fille.

Z., une autre jeune femme, sans bavette, a affirmé : «Je ne porte pas mon masque car j’ai une maladie chronique et je trouve des difficultés pour respirer». D’autre part, elle conteste les coupures de l’eau potable dans sa région qui sont fréquentes. «La Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) nous prive quotidiennement de l’eau même si les tarifs ont connu récemment une majoration. Les discours des responsables ne sont plus convaincants».

On a pu noter quelques scènes de tension devant les guichets où des citoyens ont voulu payer leur facture sans prendre auparavant le ticket de rang.

Forte poussée épidémique

De son côté, le Dr Habib Ghedira, professeur à la Faculté de médecine de Tunis et membre du Comité Scientifique de Lutte contre le Covid-19 a souligné que «la Tunisie connaît depuis quelques semaines une forte poussée épidémique de la maladie. Le nombre exact de sujets atteints par le virus est difficile à estimer avec précision en raison du changement de la nature du virus. Le remède se limite actuellement aux personnes symptomatiques. Cependant, une moyenne de 1.000 sujets positifs par jour indique une situation assez alarmante et augure d’un avenir incertain».

Les raisons de cette forte progression de la maladie sont multiples, mais tous les experts s’accordent à considérer que le non-respect du port des masques et de la distanciation dans les endroits publics fermés représentent le principal facteur qui accroît le risque de contamination par le coronavirus.

Beaucoup d’efforts de communication ont été déployés pour sensibiliser la population sur les mesures individuelles du port du masque, du lavage des mains et de la distanciation.

Cette sensibilisation semble avoir donné de bons résultats puisque l’on a constaté un début de changement positif du comportement au cours de ces derniers jours. Cependant, vu la forte propagation du virus et sa transmission, d’autres mesures sont nécessaires. Ces mesures devraient concerner le changement de la manière de saluer (sans embrassades ni contacts par la main). A noter qu’une mesure adoptée au début de la pandémie a concerné le confinement général mais cette dernière mesure ne peut plus être appliquée pour des considérations économiques.

Un couvre-feu nocturne a été également décrété avec interdiction des attroupements et des manifestations, et ce, pour limiter, dans la mesure du possible, la propagation du virus. Le protocole sanitaire devrait être respecté strictement dans les lieux publics en portant le masque ou la bavette et en se lavant fréquemment les mains en utilisant le gel hydro-alcoolique pour la désinfection.

Dr Samir Chtourou, Président du Syndicat tunisien des médecins libéraux, nous a expliqué que face à l’augmentation sensible des cas de Covid-19, les médecins libéraux et notamment les généralistes, les pneumologues, les infectiologues et les médecins anesthésistes réanimateurs sont mobilisés pour faire face à cette pandémie, avec beaucoup de réussite car, fort heureusement, la plupart des patients atteints guérissent en quelques jours après un traitement symptomatique et un suivi rigoureux de la part de leur médecin de famille.

«Peu de cas nécessitent une oxygénothérapie à domicile ou une hospitalisation dans les structures publiques ou privées. Toutefois, devant l’augmentation rapide des cas ces derniers jours, nous craignons que les cas nécessitant une hospitalisation n’augmentent de façon importante et dépassent les capacités d’accueil car nous sommes déjà proches de la saturation, notamment en ce qui concerne les lits de réanimation».

Le Syndicat tunisien des médecins libéraux appelle donc les autorités à sensibiliser davantage la population sur l’importance du respect du port de la bavette, les mesures d’hygiène (lavage des mains, désinfection et aération des locaux) et de la distanciation pour ralentir la progression de la pandémie et faire respecter la réglementation de façon plus autoritaire.

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