Cet ouvrage, issu du colloque international « Langue française, écrivains francophones », organisé en novembre 2019, à la Faculté des Lettres et des Sciences humaines de Sousse, sous la direction du Professeur Ridha Bourkhis, se consacre à l’étude de la langue française dans sa mise en œuvre par ces écrivains francophones.

Par Ridha Bourkhis

Des poètes, romanciers, conteurs et dramaturges des quatre coins du monde écrivent, depuis plus d’un siècle, dans la langue française qui n’est pas leur langue maternelle. Ce sont les écrivains dits francophones. Leurs œuvres littéraires, écrites directement en français, sont naturellement marquées, à des degrés divers, par des cultures, des imaginaires, des univers psychologiques et des visions du monde spécifiques.

Cet ouvrage, issu du colloque international Langue française, écrivains francophones, organisé en novembre 2019, à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse, sous la direction du Professeur Ridha Bourkhis, se consacre à l’étude de la langue française dans sa mise en oeuvre par ces écrivains francophones. C’est cette langue française, elle-même, qui y est interrogée et analysée dans les œuvres d’un grand nombre d’écrivains francophones qui, comme on le sait, s’expriment dans cet idiome qui n’est pas le leur pour dire des pays et des cultures qui sont bien les leurs, et qui s’approprient cet idiome de manière spécifique constituant en somme un style singulier et varié. Original.

L’ objectif prioritaire des communicants à ce colloque, devenu ouvrage, est de faire le point sur cette importante écriture littéraire, en tant que produit langagier, qu’une expression francophone. Il s’agit pour les auteurs de ces textes, tant multiples que divers, rédigés par des chercheurs de Tunisie, de France, du Maroc, d’Algérie, d’Albanie, d’Italie, de Belgique, d’Iran, de l’Equateur, du Portugal et d’Amérique, d’examiner la façon particulière dont les écrivains francophones, ceux-là mêmes qui ne sont pas natifs de la langue française, ordonnent les mots et la syntaxe du français investis dans leur création textuelle ne pouvant échapper aux cultures maternelles de ces écrivains. Cultures différentes arrimées à leurs êtres profonds qui, sans cesse, ressurgissent dans leurs productions verbales.

Il y a ici, somme toute, une entreprise de recherche et de réflexion sur le texte francophone où la langue française est tout à la fois un outil et une substance, le lieu où se croisent, tant au niveau dénotatif qu’au niveau connotatif, deux visions du monde se contredisant ou se complètant dans l’encre d’une plume qui « ne plonge que dans la mythologie personnelle et secrète » (Roland Barthes) de ces auteurs-scripteurs se cherchant ou se perdant, renaissant ou s’abolissant dans une langue étrangère qu’ils habitent en poètes, en romanciers, en conteurs ou en nouvellistes, tantôt douloureusement, tantôt avec jouissance, souvent passionnément. Une langue qui est en dernière analyse plurielle. Plurielle tel que Jean Genêt l’a signifié, en parlant de l’idiolecte d’un écrivain maghrébin de notoriété : «La langue qu’utilise Tahar Ben Jelloun (…) est tellement belle, tellement riche (…); c’est une des plus belles langues françaises qui existent. Cela mérite attention» (Actuels 4-5, 1977). Mérite attention en effet ce français qui n’est plus seulement celui de ses propres natifs et qui, sous ces plumes étrangères et créatrices, a éclaté, fructifié et s’est multiplié.

Plus de trente textes composent cet ouvrage et font leur objet des langues littéraires de plusieurs romanciers et poètes francophones de Tunisie, d’Italie, d’Albanie, de l’Equateur, du Québec, de Grèce, de Belgique, de Guyane, du Maroc, du Liban, du Cameroun, de l’Algérie, d’Iran, de Martinique et d’Afghanistan: Assia Djebbar, Bessa Myftiu, Vassilis Alexakis, Nina Bouraoui, Agota Kristof, Amin Maalouf, Giovanni Dotoli, Maherzia Amira Bournaz, Abdallah Taïa, Emna Bel Haj Yahia, Nahal Tajadod, Jan Baetens, Maria Zaki, Férydoun Rahnéma, Léon Gontran Damas, Souad Guellouz, Raphael Confiant, Mustapha Benfodil, Atiq Rahimi, Gilbert Naccache, etc.

Pour clôturer cet ouvrage, la parole à été donnée, dans son dernier volet à trois écrivains francophones différents, Abdelmajid Benjelloun (Maroc), Patrick Navaï (Iran) et Rocio Duran-Barba (Equateur) qui présentent dans cet ouvrage leur propre écriture en langue française.

Et voici enfin, pour leur rendre hommage, les professeurs-chercheurs ayant contribué à ce colloque et à cet ouvrage et sans qui cette entreprise d’étude et de recherche n’aurait jamais pu se réaliser : Hédia Abdelkefi (Tunisie), Ana Maria Alvès (Portugal), Alia Baccar- Bournaz (Tunisie), Thouraya Ben Salah (Tunisie), Abdelmajid Benjelloun (Maroc), Mohammed Benjelloun (Maroc), Charles Bonn (France), Ibtissem Bouslama (Tunisie), Ridha Bourkhis (Tunisie), Mohamed Chagraoui (Tunisie), Sharareh Chavoshian (Iran), Nahid Djalili Marand (Iran), Giovanni Dotoli (Italie), Rocio Duran-Barba (Equateur), Sabrina Fatmi (Algérie), Eglantine Gishti (Albanie), Marc Gontard (France), Ralph Heyndels (Amérique), Ardiana Hyso Kastrati (Albanie), Faten Laâtiri (Tunisie), Maria Leo (Italie), Najet Limam-Tnani (Tunisie), Adelouhad Mabrour (Maroc), Nesrine Nagla (Tunisie), Patrick Navaï (Iran), Thabette Ouali (Tunisie), Yosr Rezgui-Guetat (Tunisie), Robert Laurent (Belgique), Mokhtar Sahnoun (Tunisie), Abderrzak Sayadi (Tunisie), Laure-Anne Thevenet (France), Mohammad Ziar (Iran).

Langue française, écrivains francophones, sous la direction de Ridha Bourkhis, Paris, l’Harmattan, collection «Espaces littéraires», juin 2020, 371 pages, Format 16 X 24, ISBN 9 782343 202624. Illustration de la couverture : peinture de Najoua Belfekih Ghannouchi.

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