C’était le 23 octobre 2019 que Kaïs Saïed a été investi comme nouveau président de la République tunisienne. A l’issue d’une année d’exercice du pouvoir, qu’a changé l’arrivée de Kaïs Saïed à Carthage? Ses promesses pourraient-elles résister à l’épreuve de la réalité qui est loin d’être simple, marquée notamment par un contexte économique, social et sanitaire particulièrement difficile ? La Presse revient sur cette première année de mandat et les réformes économiques et sociales revendiquées par le président de la République. Elles sont évaluées au regard de ses promesses de campagne électorale.

Le début de mandat n’a pas été facile pour Kaïs Saïed, qui a promis de faire renaître l’espoir chez les jeunes longtemps exclus et marginalisés. Elles étaient nombreuses les promesses auxquelles il s’est engagé : s’intéresser au dossier social, inverser la tendance en matière d’économie. Reste à savoir s’il parviendra à honorer tous ces engagements, dans un contexte qui demeure incertain ; une lourde responsabilité pour répondre à une population aux attentes aiguisées!

Une économie qui se cherche

Pendant ces dernières années, le pays a connu une situation socioéconomique défavorable, due à plusieurs facteurs, dont notamment les protestations sociales, la poussée du chômage, l’exode à l’étranger des jeunes… La plupart des indicateurs n’étaient pas favorables et l’économie nationale a connu un fléchissement de l’activité dans les principaux secteurs. La crise du Covid-19 ne fait qu’empirer la situation socioéconomique du pays déjà fragile, pour parvenir, aujourd’hui, à une situation où pratiquement rien n’avance avec une économie qui bat de l’aile. Mais malgré cette situation qui persiste, Kaïs Saïed a misé sur les atouts existants pour relancer les grands projets promis (mais qui sont à l’arrêt) et a donné le coup d’envoi à d’autres nouveaux projets.

Tout d’abord, il y a le projet de construction d’un train à grande vitesse (TGV) devant relier le Nord et le Sud de la Tunisie. Un tel projet aurait un impact significatif sur la Tunisie au niveau social et surtout économique en participant au désenclavement du Sud tunisien. Il s’agit d’une avancée majeure pour les chemins de fer tunisiens puisqu’il va permettre à la Tunisie d’être le 2e pays d’Afrique après le Maroc à intégrer le club fermé de la grande vitesse ferroviaire.

Saïed a, également, ordonné de relancer le projet de la plateforme de production du centre à Om El Adham à Sidi Bouzid-ouest, après sa suspension depuis 2012. Il s’agit là d’un projet important, capable de valoriser le produit agricole de la région, d’élever le niveau de développement et d’offrir d’importantes opportunités d’emploi dans la région. D’un coût d’environ 20 millions de dinars, une fois réalisé ce projet (d’une superficie de 20 hectares) permettra d’organiser les réseaux de distribution de la production agricole, la création de 700 postes d’emploi directs et le renforcement de la dynamique économique dans la région de Sidi Bouzid.

La Cité médicale à Kairouan, un projet d’avenir !

Kaïs Saïed a ordonné la mise en place des premiers éléments constitutifs de la Cité médicale à Kairouane. Considérée comme le projet du siècle, la Cité médicale aghlabide, dont l’architecture sera inspirée de l’histoire de la ville des Aghlabides, répond à un besoin de développement de notre pays. Capable de créer environ 50.000 emplois, ce projet sera bâti sur environ 300 hectares sur un terrain d’une superficie globale estimée à 550 hectares et sera suivi d’autres projets similaires qui seront réalisés l’un dans le Sud tunisien et l’autre dans le Nord du pays.

En effet, après avoir développé le concept général de ce projet, le Président Saïed a donné le feu vert pour passer à l’étape de la réalisation après que de nombreux pays et organisations internationales ont déclaré être prêts à lui fournir les financements nécessaires. Dans sa forme finale, le projet de la Cité médicale aghlabide multidisciplinaire comprendra plusieurs spécialités médicales, des espaces universitaires et un espace industriel dédié au secteur de la santé, outre un espace pour la production d’énergies renouvelables et une unité d’évacuation sanitaire aérienne, conformément au programme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il abritera également un espace de services sanitaires avec un centre médical, un pôle psychiatrique, un centre d’autisme, un centre d’assistance médicale d’urgence, une clinique militaire multidisciplinaire et deux unités hôtelières. La Cité médicale comprendra également un complexe universitaire qui compte une académie militaire de médecine, où l’enseignement sera dispensé en trois langues (arabe, français et anglais), outre des foyers résidentiels dédiés à l’Institut supérieur de la santé, au centre de simulation, à l’école d’ingénierie biotechnique, en plus d’un institut supérieur pour les sciences de la santé et une cité résidentielle pour les cadres. La Cité médicale comptera aussi un espace résidentiel de 53 hectares, un espace touristique, un complexe commercial, des terrains de sport multidisciplinaires et un complexe de loisirs et culturel avec un théâtre couvert, un théâtre en plein air, des clubs et des salles de cinéma. Le projet comprend également un espace consacré aux services publics avec un parcours de santé, des jardins d’enfants, des crèches, une école primaire, un collège, un lycée secondaire, des points sécuritaires, un bureau unique de services administratifs, une mosquée, des banques, des pharmacies et autres services.

Ce projet contribuerait à l’incarnation du droit des citoyens à la santé et à consacrer le principe de discrimination positive stipulé dans la Constitution, ainsi qu’à sa contribution au développement de l’économie régionale et nationale, au développement du tourisme médical et de la recherche scientifique dans le domaine de la santé, ainsi qu’à la création de nouveaux marchés d’exportation pour des produits innovants dans le domaine. Notons que de grands efforts ont été déployés par l’institution de l’Armée nationale pour l’achèvement de ces études préliminaires en un temps record et passer, aujourd’hui, à la seconde étape de sa réalisation.

Garantir le droit au travail et à la dignité

Depuis sa prise de fonctions à Carthage, le Président Saïed ne cesse d’afficher son attachement à la dignité humaine et ce souci de la vie de l’avenir. Dans ce cadre, il a reçu les blessés de la Révolution et a exhorté la présidence du gouvernement à accorder à ce dossier l’attention nécessaire. Il a, également, assuré le suivi de nombreux dossiers sociaux afin de permettre aux citoyens d’accéder à tous les attributs nécessaires à une vie décente, dont l’eau potable et l’électricité, ainsi que leur droit à vivre dans un environnement sain.

Sur un autre plan, et afin de garantir le droit au travail dans ce contexte particulier, il a signé la loi relative aux dispositions exceptionnelles de recrutement dans le secteur public, qui cible les diplômés qui ont passé une période de chômage de 10 ans. A cela s’ajoute la création d’emplois à travers de grands projets programmés.

Marginalisation à l’intérieur du pays et stratégies de résistance

Cet angle s’avère important pour Kaïs Saïed, qui ne cesse de multiplier les efforts pour en finir avec la marginalisation des régions intérieures. Pour ce faire, il a pris une série de décisions à l’instar du forage d’un puits profond à ChtaitiaI (délégation de Cebbala, gouvernorat de Sidi Bouzid) pour un coût de 1,5 million de dinars, à l’occasion du premier anniversaire de l’accident des travailleurs de Cebala. Il a, également, ordonné la distribution des fournitures scolaires promises aux élèves de l’école de la défunte Maha Gadhgadhi à Feriana, gouvernorat de Jendouba (emportée, en 2019, par les eaux de pluie alors qu’elle essayait de rejoindre son école) et la construction du pont adjacent à l’école, assurés par le ministère de la Défense nationale, pour permettre aux élèves de traverser en toute sécurité et de ne pas connaître le même sort de Maha. Et dans ce contexte sanitaire particulier, il a ordonné la distribution des colis alimentaires à des familles nécessiteuses dans un certain nombre de gouvernorats pendant la période de Covid-19.

Sur un autre plan, Saïed a suivi de près la question de la migration irrégulière et a ordonné l’adoption d’une nouvelle approche qui se base sur les vraies raisons qui poussent des jeunes à partir moyennant les embarcations de la mort, puisque la seule solution sécuritaire n’est pas la meilleure.

Renforcer les acquis des femmes

Le Président Saïed ne cesse de répéter et d’insister sur la nécessité de donner à toutes les femmes leurs droits, en particulier les droits économiques et sociaux. Dans ce cadre, une série de mesures au profit des femmes rurales ont été prises à l’instar du creusement de puits profonds pour l’approvisionnement en eau potable à Cebala (gouvernorat de Sidi Bouzid) pour leur permettre d’avoir une indépendance économique en travaillant sur leurs terres au lieu de travailler sur les terres des autres, en faisant la navette et en étant exposées aux accidents de la route.

On cite, également, le financement de projets au profit des femmes rurales, en coordination avec le ministère de la Femme dans la région d’Ain Al-Kadiya – Haffouz, pour assurer leur indépendance économique. A cela s’ajoute une grâce pour les femmes détenues à l’occasion de la Journée de la femme et une série de rencontres avec des ouvrières agricoles des diverses délégations des régions défavorisées.

Les enfants à besoins spécifiques sont également dans le viseur de Kaïs Saïed. Dans ce cadre, il a insisté sur la nécessité d’intensifier les efforts diplomatiques pour faciliter le retour des enfants tunisiens bloqués en Libye. Ces derniers sont orphelins et ont besoin d’un encadrement psychologique. Pour ce faire, il insiste sur le renforcement de la collaboration avec les organisations de la société civile pour fournir l’assistance psychologique et des soins de santé à ces enfants et leur assurer l’encadrement nécessaire.

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