Quel message le président de l’Assemblée veut-il transmettre ? Pour quelle raison a-t-il opté pour une ancienne figure du RCD dissous ? S’agit-il d’une manœuvre politique ciblant la présidente du Parti destourien libre, Abir Moussi ? La décision prise par Rached Ghannouchi de faire appel au dernier secrétaire général de l’ex-RCD, Mohamed Ghariani, ne passe pas inaperçue.

La nomination, qui n’a pas été encore officialisée, intervient dans un contexte politique et national délicat, où toutes les manœuvres sont soigneusement calculées. Dimanche dernier, les Tunisiens ont su, à travers les médias, que le président de l’ARP, Rached Ghannouchi, a décidé de désigner Mohamed Ghariani, ancienne grande figure du régime Ben Ali, en tant que son conseiller chargé du dossier de la réconciliation nationale.  Ce dernier n’a pas nié cette nouvelle, affirmant qu’il a donné son accord de principe pour assumer un tel poste, en attendant l’approbation de l’Assemblée.

Au fait, Ghariani, l’homme lige de Ben Ali, n’a jamais caché sa proximité avec le chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi. Depuis qu’il était à la tête de l’ambassade de Tunisie à Londres où se sont réfugiées la plupart des figures islamistes, il aurait entretenu de bonnes relations avec le parti Ennahdha. Après la révolution, il s’est rapidement reconverti en un grand défenseur de la réconciliation nationale mais aussi en un allié non annoncé du parti de Montplaisir. A maintes reprises, il avait montré ouvertement son soutien à Rached Ghannouchi, affirmant même qu’il était un homme d’Etat.

Mais pour certains observateurs, de toute évidence, cette probable nomination de Mohamed Ghariani au poste de conseiller spécial dans le cabinet du président de l’ARP est destinée avant tout à déstabiliser Abir Moussi, son ennemie jurée. Le «Cheikh» veut-il narguer sa plus grande adversaire ? Est-ce une façon de lui transmettre des messages implicites et même explicites? En tout cas, contactés par notre journal, plusieurs députés du PDL ont refusé de commenter cette éventuelle nomination avant son officialisation.

Pas le bienvenu !

Sauf que visiblement, et au vu des premières réactions à cette éventuelle nomination, Mohamed Ghariani n’est pas le bienvenu au Parlement. Le député indépendant, Mongi Rahoui, a tiré à boulets rouges sur les deux nouveaux alliés. Il a affirmé dans ce sens que les «figures de la corruption» ne sont pas les bienvenues au Parlement. «Même si le cheikh de la destruction de la Tunisie veut t’imposer à l’Assemblée, nous refusons toute réconciliation venant de toi», a-t-il menacé.

Même son de cloche chez le député d’Attayar, Hichem Ajbouni, qui a exprimé son refus de la désignation de l’ancien secrétaire général du RCD dissous. Pour lui, cette désignation est un simple «gaspillage d’argent public à des fins politiques». «Il est clair que Rached Ghannouchi veut désigner le dernier secrétaire général du RCD, Mohamed Ghariani, dans le cadre de son conflit politique avec Abir Moussi», a-t-il expliqué.

Pour sa part, le député de la Voix des agriculteurs, Fayçal Tebini a appelé, hier lors d’une séance plénière, le bureau de l’Assemblée à renoncer à cette nomination. «Ghariani croit-il vraiment à la réconciliation nationale et à la Révolution. Si Ghannouchi  tient à lui qu’il l’emmène à Montplaisir!»  s’est-il indigné.

Sur son compte Facebook, Seifeddine Makhlouf, président de la Coalition Al-Karama et principal allié d’Ennahdha, a également fustigé cette éventuelle nomination, affirmant qu’il s’opposait «fortement» à l’implication d’une telle figure dans le traitement des dossiers des martyrs et blessés de la révolution.

Au vu de cette tension qu’a suscitée son éventuelle nomination et ces refus annoncés, Ghariani réussira-t-il dans cette délicate mission une fois officialisée ? Pas si sûr, face à un Parlement régi par des conflits interminables. Il est à rappeler que Ghariani avait été arrêté le 11 avril 2011, aux motifs de «détournement et extorsion de fonds, de malversation, de spoliation et d’abus de pouvoir ayant porté préjudice à l’administration». Deux ans plus tard, il a été libéré sous le gouvernement d’Ali Laârayedh. Blanchie par la justice, l’ancienne figure majeure du RCD a fait son come-back politique par la porte de Nidaa Tounès. En effet, en intégrant le parti de feu Béji Caïd Essebsi, en tant que membre de l’exécutif, Ghariani espérait relancer en vain sa carrière politique.

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Un commentaire

  1. Mohamed Karim

    22/11/2020 à 12:08

    Fare plaire avec unvisage ippocrita.abir moussi est dangereuse,elle represente en democratie une figure politiche autoritarie.Elle jouit des armaches e charlatants comme le vieux renard Bourguiba et le loup ben ali

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